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La béatification préparatifs et solennités

La béatification préparatifs et solennités LETTRE DE M. L. BOULANGER Directeur au Séminaire des Missions Etrangères. Je vous ai promis un récit des fêtes de la Béatification de nos Martyrs. Il faut bien tenir ma promesse et commencer ma narration. Je laisse courir ma plume ; si je suis long ou monotone, incomplet ou peu clair, vous voudrez bien me tenir compte de ma bonne volonté. ***
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    La béatification préparatifs et solennités

    LETTRE DE M. L. BOULANGER
    Directeur au Séminaire des Missions Etrangères.

    Je vous ai promis un récit des fêtes de la Béatification de nos Martyrs. Il faut bien tenir ma promesse et commencer ma narration. Je laisse courir ma plume ; si je suis long ou monotone, incomplet ou peu clair, vous voudrez bien me tenir compte de ma bonne volonté.

    ***

    Un mot d'abord sur les préparatifs de la Béatification. Je n'y ai pas été très activement mêlé, puisque le Postulateur général de l'ordre des Dominicains, le P. Kaiser, voyant notre Procureur, et Postulateur de notre Cause, M. Cazenave malade, s'était chargé de tous les détails. Mais j'en ai vu assez pour comprendre que de tracas et de soucis sont réservés au Postulateur d'une Cause, au moment même où ses travaux de longues années vont être enfin couronnés de succès. Tableaux, images, livres, reliquaires, que de choses à préparer, et dont il faut surveiller attentivement la bonne exécution.

    JUILLET AOUT 1909, N° 70.

    Pour une Béatification, il faut quatre immenses tableaux sinon cinq ; je dis immenses, car Saint-Pierre ne supporte pas les petits objets. Tout doit être en proportion avec la grandeur de la basilique.
    Les deux peintres, qui avaient déjà travaillé pour nous en 1900, avaient été chargés, cette fois encore, de préparer les deux toiles principales : la première destinée à occuper le centre de la gloire du Bernin au-dessus de l'autel de la chaire de Saint-Pierre, au fond de l'abside ; la seconde qui sera suspendue au pied de la loggia extérieure de la basilique.
    D'autres artistes exécutaient en même temps les tableaux ou étendards qui prendront place à droite et à gauche dans l'abside.
    La gloire principale représente les martyrs s'élevant sur les nues, vers les splendeurs du Paradis. Au centre, le B. Cuenot et le B. de Capillas, le dominicain, les deux figures principales de la présente Béatification ; autour d'eux, les autres Martyrs européens et un certain nombre d'indigènes. Il faut avoir contemplé cette toile entourée d'un double rayon de lampes électriques et fortement éclairée au moyen de radiateurs habilement dissimulés pour en saisir la beauté et comprendre l'effet qu'elle produisait.
    Le second tableau peut être appelé le couronnement des martyrs. Ils sont debout dans une grande plaine, formant un demi-cercle autour de leurs instruments de supplice, glaives, entraves, chaînes ; au-dessus d'eux, des anges apparaissent, les palmes dans les mains, leur apportant ces symboles du triomphe et de la récompense. Bottoni et Francisi, les auteurs de ces deux tableaux, ont bien réussi leur oeuvre. Peut-être cependant aurait-on pu désirer plus de ressemblance chez certains Bien heureux. Mais ne nous montrons pas trop exigeants, car il faut beaucoup plus d'indulgence pour ceux qui ont composé les deux étendards. L'un de ces étendards figurait le martyre du B. Théophane Vénard. L'idée était assez belle : le martyr à genoux sur le bord du fleuve lève les yeux vers le ciel avec un regard d'angélique bonheur tandis que derrière lui le petit bossu, qui fait les fonctions de bourreau, lève son sabre pour frapper sa victime.
    Après les tableaux, les vies des Bienheureux, tirées en italien à 1.500 exemplaires environ, et qu'il a fallu agrémenter de reliures diverses, maroquin blanc pour les exemplaires destinés au Saint-Père, maroquin rouge pour les Cardinaux, reliure à tranche dorée pour tels personnages, à tranche rouge pour tels autres ; sans compter un abrégé ou compendium de cette même vie à faire éditer à plusieurs milliers d'exemplaires et dont une partie doit être reliée.
    On se demande, lorsqu'on n'est pas au courant, quelle est la raison de cette quantité de volumes ? Mais quand tous les employés de la Congrégation des Rites, les membres du chapitre de Saint-Pierre, les employés du Vatican qui ont eu une fonction quelconque dans la fête ont été servis, qu'on a pensé aux membres du Cercle catholique de Saint-Pierre chargés de la police intérieure de la Basilique le soir de la Béatification, aux chantres de la chapelle Giu lia, etc., etc., il faut ne pas être trop généreux dans la distribution qui s'en fait le jour même de la fête, à la cérémonie du soir avant l'arrivée du Pape, si on veut qu'il en reste encore pour le triduum et les cadeaux que le Postulateur désire faire à ses amis et connaissances.
    Et les relieurs sont comme les peintres : empressés pour obtenir du travail, peu exacts pour le remettre en temps voulu.
    Tout en stimulant ces deux corps de métier, le P. Kaiser devait s'occuper de faire reproduire, en trois ou quatre grandeurs différentes, des images représentant les futurs Bienheureux ; car, avec la Vie, il faut offrir une ou plusieurs images soigneusement enroulées et attachées avec un ruban de couleur rouge, ou violette, plus ou moins large, plus ou moins frangé d'or suivant les règles de l'étiquette. Une de ces images doit même être imprimée sur tissu de soie pour être offerte au Saint-Père. Le sujet choisi avait été celui du tableau destiné à la façade extérieure de la Basilique.
    Il faut aussi s'occuper des reliquaires dont deux doivent être particulièrement soignés : l'un est destiné au Souverain-Pontife, l'autre, qui sert le jour même de la Béatification, est donné à la Fabrique de Saint-Pierre.
    De toutes ces choses, peu ou point ai-je eu à m'occuper. J'ai eu par contre quelques soucis pour la réception des reliques-envoyées dans nos diverses missions. J'avais apporté avec moi, de Paris, celles de 13 martyrs du Kouy-tcheou.; mais les autres, du Tonkin, de Cochinchine, expédiées par le chemin de fer exigèrent des démarches à la douane. Je dois dire que somme toute je n'ai eu qu'à me louer des procédés des inspecteurs et employés auxquels j'ai eu affaire. Mes explications et mes affirmations ont été complaisamment accueillies et on n'a jamais exigé la fracture des cachets d'authenticité, dont la conservation était nécessaire pour ta reconnaissance par la Congrégation des Rites.

    ***

    Enfin nous voici arrivés à la semaine qui précède la Béatification. Notre procure, silencieuse d'ordinaire, s'anime davantage. MM. Lesserteur et Charge buf étaient venus de Paris peu après Pâques, afin de pouvoir assister aux fêtes de Jeanne d'Arc. M. Beaublat débarquait à Rome le matin de la Béatification du Vénérable Eudes et, le mardi suivant, le Supérieur M. Fleury, MM. Mathon et Garnier. Avec quel plaisir M. Morin et moi nous allions chercher nos voyageurs à la gare. Outre la joie de revoir nos confrères, il y avait la pensée que désormais la fête tant attendue n'était plus loin.
    Les pèlerins aussi arrivaient : les uns de Besançon, des prêtres surtout ; les autres de Poitiers, ayant à leur tête le vénérable curé d'Assais, frère du Bienheureux Théophane Vénard. J'ajoute immédiatement que M. l'abbé Eusèbe Vénard fut notre hôte à la procure pendant toutes ces fêtes. De Lyon, un petit groupe, composé principalement de membres de la famille du Bienheureux Néel, deux de ses soeurs et neuf neveux ou nièces. Saint-Claude était le mieux représenté en nombre : 50 ou 60 personnes, parmi lesquelles la sur du Bienheureux Néron et une nièce du même martyr. J'oubliais de dire que la famille du Vénérable Cuenot était représentée par un petit-neveu et une petite-nièce de l'évêque martyr.
    Préparer des billets d'accès aux tribunes réservées pour tous ces pèlerins, leur donner des explications, des renseignements soit en vue de la cérémonie, soit en vue de l'audience pontificale, cela me donne assez de travail les derniers jours, mais que c'est peu de chose à côté de ce qui se passe à la procure des PP. Dominicains. C'est là que se fait la distribution proprement dite des billets d'entrée pour la cérémonie du matin dont la Postulation a la charge. C'est là aussi qu'on accourt encore et surtout pour la cérémonie du soir, à laquelle doit assister le Saint-Père et qui a pour beaucoup un charme de plus. Bien que dans toute fête à laquelle doit participer le Pape, le majordome des Sacrés Palais se réserve la distribution des billets d'admission, il en laisse toujours une certaine quantité aux Postulateurs pour les Béatifications, assez pour qu'on ait le droit de leur en demander, pas assez pour qu'ils puissent satisfaire toutes les requêtes. Comme le dira en plaisantant le P. Kaiser, il faut que les pauvres Postulateurs se résignent à perdre toutes leurs amitiés pour les quelques jours qui précèdent la Béatification, quitte après à tâcher de les regagner.
    Enfin nous voici arrivés au 2 mai. C'est aujourd'hui un nouveau jour de fête pour notre chère Société. Gaudeamus omnes in Domino. Réjouissons-nous dans le Seigneur. Notre seul regret à Rome sera que M. Cazenave ne puisse pas prendre la place qui lui reviendrait de droit en cette circonstance. Mais il ne se sent pas assez fort et il m'a délégué à cet effet.
    A 8 h. 1/4, des voitures viennent nous chercher les uns et les autres à la Procure et nous emmènent vers Saint-Pierre. Dans la première, prend place M. le Supérieur et avec lui MM. Lesserteur et Boulanger1. Une seconde emportera les autres confrères, à l'exception de M. Morin qui a déjà pris le chemin de Saint-Pierre avec le séminariste socius de M. Cazenave pour se mettre à la disposition du P. Kaiser.

    1. L'auteur de cette lettre.

    JUILLET AOUT 1909, N° 70.

    Le temps est assez beau, ensoleillé même comme il convient à un jour de fête. Mais le vent est assez fort, et lorsque nous arrivons sur la grande place qui précède la basilique, il soulève le voile qui recouvre provisoirement le tableau suspendu à la loggia extérieure et nous permet de contempler en passant les figures animées de nos martyrs. Nous passons à gauche de Saint-Pierre et nous descendons à la porte de la sacristie, un véritable palais que cette sacristie avec nombre de salles dallées de marbre, salle pour les cardinaux, salle pour les chanoines, salle des pas perdus, le tout relié par un long corridor donnant accès à l'intérieur du temple.
    Laissant quelques instants M. le Supérieur seul, je vais jusqu'à l'abside saluer le P. Kaiser. Les tribunes, il y en a quatre, sans compter celles qui sont adossées aux piliers monumentaux qui soutiennent le dôme autour de la confession, sont déjà bien remplies. La première du côté de l'épître est réservée à la Postulation des Missions Étrangères. En face, du côté de l'évangile, celle des Dominicains. Dans la tribune des princes, se trouve S. A. R. la comtesse de Bardi, Présidente d'honneur de l'OEuvre des Partants, qui a tenu à venir prendre part à notre fête, et à représenter ainsi l'OEuvre qui s'occupe de nos jeunes missionnaires.
    L'heure approche cependant, la sacristie s'anime de plus en plus. Un peu avant 9 h. 1 /2, le cortège s'organise : tout d'abord les cardinaux, membres de la Congrégation des Rites, en cappa magna, le promoteur et le sous-promoteur de la foi, les consulteurs de cette même Congrégation, puis les élèves du Séminaire Vatican, les bénéficiers de Saint-Pierre, le T. R. P. Cormier, Général des Dominicains, et M. Fleury, Supérieur du Séminaire des Missions-Étrangères, précédés du P. Kaiser, Postulateur général des Dominicains et de M. Boulanger, représentant M. Cazenave, puis les chanoines, le célébrant qui est Mgr Ceppe-telli, patriarche de Constantinople, et enfin fermant la marche Son Eminence le Cardinal Rampolla, archiprêtre de la Basilique.
    Ce long cortège débouché dans Saint-Pierre, vers le milieu de la grande nef et remonte lentement vers la confession, tandis qu'au bas de l'église, bien loin, retentissent les premières mélodies de l'orgue. La basilique est revêtue de tentures rouges qui recouvrent les piliers, l'abside est éclairée de véritables guirlandes de lustres électriques. Dans l'abside, sous chaque arceau, se détachent sur un fond formé par un velum rouge les deux étendards dont j'ai déjà parlé, l'un représentant le martyre du Bienheureux Vénard ; l'autre la scène du baptême en prison d'un Chinois condamné à mort et converti par le Bienheureux François de Capillas peu avant son dernier supplice. Seul, le tableau de la gloire reste encore invisible au milieu de cette splendide décoration.
    Tout le monde a pris place, les cardinaux et les membres des Rites sur les bancs disposés du côté de l'évangile, en face d'eux, du côté de l'épître, le chapitre de Saint-Pierre ; les deux supérieurs des Dominicains et du Séminaire des Missions Etrangères se trouvent avec les Postulateurs à la suite des chanoines. Sur un signe d'un maître des cérémonies, le P. Kaiser et moi nous nous levons. Le Promoteur de la Foi se place entre nous deux (en l'absence du Secrétaire des Rites qui n'a pu venir à la cérémonie) et nous allons nous présenter devant le cardinal Martinelli, Préfet de la Congrégation. Au nom des deux Postulations, le P. Kaiser lui demande d'ordonner la publication du Bref de Béatification dont il lui présente l'original richement relié. Le cardinal acquiesce à la demande, prend le manuscrit et le remet au promoteur Mgr Verde, en ajoutant qu'il faut nous adresser au cardinal archiprêtre pour avoir l'autorisation d'en faire la publication en cette basilique de Saint-Pierre.
    Toujours conduits par les maîtres de cérémonie, nous allons devant Son Eminence le cardinal. Rampolla et cette fois c'est Mgr Verde lui-même qui prend la parole au nom de la Congrégation des Rites, lui fait la demande d'usage. Ces démarches une fois accomplies, suivant les prescriptions du cérémonial, nous regagnons nos places respectives et un lecteur monte en chaire pour faire la lecture du Bref.
    Avec quel intérêt, mais aussi avouons-le, avec quelle pieuse impatience, nous écoutons ce récit abrégé des actes héroïques des futurs Bienheureux. Enfin, la lecture est achevée, tout le monde se lève, le célébrant entonne le Te Deum, au même instant, les rayons qui entourent la gloire s'illuminent, le voile tombe et les Bienheureux apparaissent dans le triomphe : Te Martyrum candidatus laudat exercitus. Moment inoubliable, moment où éclate la joie longtemps contenue. Les yeux levés vers nos martyrs, je pense à toute notre Société, aux confrères du Séminaire et aux aspirants qui sont présents de coeur avec nous, à nos chers missionnaires de toutes nos Missions d'Extrême-Orient, je songe au bonheur de ces frères et soeurs de Martyrs qui tout près de moi doivent éprouver une joie indicible. Que d'émotions, d'idées diverses se pressent dans l'esprit et dans le coeur ! On veut prier, on veut remercier, on veut demander et pour soi et pour les autres, et la pauvre intelligence humaine se trouve trop faible pour exprimer ce qu'elle ressent à ce moment.
    Dès le commencement du Te Deum, on expose sur l'autel un reliquaire contenant les reliques des nouveaux Bienheureux. Le célébrant les encense et après la conclusion de l'hymne d'actions de grâces chante le verset et l'oraison des Martyrs. Puis la messe commence, brillamment exécutée par un choeur de près de 90 chantres, et vers 11 h. 1/2 la cérémonie prend fin.
    M. Cazenave était venu à Saint-Pierre vers 10 heures pour assister au Te Deum, perdu dans la foule des fidèles. Par prudence et pour ne pas se fatiguer, il n'attendit pas la fin de la Cérémonie. Au début de la messe, il quittait la basilique et en rentrant à la Procure expédiait à Paris et à Bièvres le télégramme annonçant la proclamation des nouveaux Bienheureux.
    Pour les Béatifications, le Saint-Père n'assiste pas à la cérémonie du matin, mais vient le soir pour honorer et prier les nouveaux saints. Autrefois c'était à ce moment qu'on lui offrait les présents d'usage, reliquaires, vies, image des Bienheureux et un immense bouquet de fleurs. Pie X a introduit des changements dans l'ancienne coutume. Désormais, c'est dans une audience spéciale au Vatican qu'on lui présentera les dons, et le soir comme le matin de la Béatification, la cérémonie aura un caractère exclusivement religieux.
    Donc, vers 3 heures ou 3 heures 1/2, nous reprenions tous le chemin de Saint-Pierre. Cette fois à cause de la présence du Pape, il faut un billet d'entrée pour pénétrer dans la Basilique, ce qui n'empêche qu'il y a beaucoup plus de monde que le matin. Dans les tribunes on a enlevé bancs et sièges, afin de pouvoir doubler le nombre des personnes qui peuvent y prendre place. Gardes suisses, gendarmes pontificaux, camériers secrets de cape et d'épée en costume de gala, membres du cercle catholique de Saint-Pierre assurent le service d'ordre. En attendant l'arrivée du Souverain-Pontife, les Postulateurs font distribuer les vies des Bienheureux ainsi que leurs images, sans réussir évidemment à satisfaire toutes les demandes.
    Cinq heures sonnent. Le silence se fait dans l'immense en-ceinte, car on a remarqué un certain frémissement au fond de la basilique : le cortège pontifical fait son entrée.
    Un piquet de gardes-suisses ouvre la marche, puis viennent les élèves du Séminaire Vatican, le chapitre de Saint-Pierre, les cardinaux au nombre de 17, les officiers de la cour pontificale, et enfin sur la sedia gestatoria, escorté de gardes nobles l'épée nue à la main, apparaît le Saint-Père. Tous les yeux se portent vers cette figure douce et blanche qui semble glisser au-dessus de l'assemblée. Peu à peu il approche, bénissant la foule qui se prosterne silencieuse devant lui. Le voici près de nous à l'entrée de l'abside, la sedia gestatoria s'abaisse et, quittant le trône, le Pape se rend au fauteuil préparé pour lui au milieu du choeur. A peine agenouillé, on expose le Saint-Sacrement, le cardinal archiprêtre vient présenter l'encens au Saint-Père qui cesse de prier et vient au pied de l'autel encenser la Divine Hostie. Pendant ce temps, on chante O salutaris, l'hymne des martyrs Sanctorum meritis et enfin le Tantum ergo. La bénédiction devait être donnée par l'évêque de Poitiers, Mgr Pelgé, qui, venu à Rome pour les fêtes de Jeanne d'Arc, avait tenu à rester jusqu'à ce jour où un enfant de son diocèse devait être placé sur les autels. Malheureusement, la maladie l'a cloué depuis plusieurs jours sur son lit et c'est Mgr Lazza-reschi, chanoine du chapitre de Saint-Pierre, qui le remplace.
    Toutes ces choses sont simples à raconter ; mais ce qui est difficile à décrire ce sont les sentiments que l'on éprouve en voyant le Saint-Père à genoux au milieu de la vaste abside, en adoration devant le Divin Maître ; Notre-Seigneur sur l'autel, son vicaire à ses genoux, dans le temple le plus célèbre de la chrétienté.

    Le salut a été donné, le cortège se reforme, le Saint Père remonte sur la Sedia et peu à peu il s'éloigne tandis que les chantres exécutent l'antienne Ecce sacerdos. Les fêtes de la Béatification sont finies, les grandes portes de la basilique s'ouvrent pour laisser s'écouler la foule. Nous retrouvons plusieurs confrères à l'entrée de l'abside, et contemplons le tableau de la gloire, éclatant au milieu des lumières. Autour de nous, la foule s'amasse, les groupes se forment, on regarde, on admire et j'entends cette expression si vraie sortir de plus d'une bouche : « Comme c'est beau ». Puis tout d'un coup tout s'éteint. Le courant électrique a été interrompu. La vision a disparu, le rêve est fini. Non ce n'était pas un rêve, et désormais nous pourrons invoquer de nouveaux intercesseurs au ciel et dire l'invocation :

    Beati Stephane et Joannes cum sociis, orate pro nobis.

    1909/202-211
    202-211
    France
    1909
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