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Kumbakonam : Ouverture du dispensaire d'Atur

Kumbakonam Ouverture du dispensaire d'Atur Lettre du P. Ligeon Missionnaire apostolique Atur, août 1925. Le 17 juillet 1925 restera une date mémorable dans les annales d'Atur. En ce jour a été ouvert le dispensaire de la paroisse. Depuis le 15 juillet trois Soeurs, accompagnées de Mère Jeanne de Gethsémani, avaient pris possession de leur maison, et tout disposé dans le dispensaire pour l'ouverture fixée au 17 au soir.
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    Kumbakonam

    Ouverture du dispensaire d'Atur

    Lettre du P. Ligeon
    Missionnaire apostolique

    Atur, août 1925.

    Le 17 juillet 1925 restera une date mémorable dans les annales d'Atur. En ce jour a été ouvert le dispensaire de la paroisse.
    Depuis le 15 juillet trois Soeurs, accompagnées de Mère Jeanne de Gethsémani, avaient pris possession de leur maison, et tout disposé dans le dispensaire pour l'ouverture fixée au 17 au soir.
    Vers 5 heures de ce même jour, musique en tête, toutes les autorités civiles accompagnées des notabilités de la ville et d'une foule immense, païenne en grande partie, faisaient leur entrée solennelle dans l'enclos de la maison des Soeurs et du dispensaire.
    En l'absence de Mgr Chapuis qui eût été si heureux de présider cette fête, son vicaire général, le P. Sovignet, les Soeurs, deux prêtres indigènes et moi, après avoir échangé les compliments que comportait la circonstance avec les principaux personnages, nous nous rangeâmes en cercle autour d'une table sur laquelle avaient été déposés les cadeaux apportés par les païens pour les Soeurs.
    Aussitôt, prenant la parole, je remerciai le dasildar, le sous magistrat, le docteur de l'hôpital du gouvernement et tous les assistants venus pour marquer leur sympathie à l'ouverture du dispensaire Saint-Joseph. Je leur dis ma joie très grande d'ouvrir cette maison, à cause du bienfait immense qui en résulterait pour les habitants d'Atur et des environs. « Si par amour du prochain, dis-je, bâtir un dispensaire est une bonne chose, c'en est une bien meilleure, après l'avoir bâti, de le confier au soin des Soeurs catéchistes ! »
    Je présentai alors les Soeurs au public :
    « Mais pourquoi vous parlerais-je d'elles ? Tout ce que je puis vous dire à leur sujet est au-dessous de leur mérite. Au reste, en peu de jours, en voyant leur bonté et leur dévouement, vous apprendrez à les estimer, à les aimer ».
    J'attirai l'attention de la foule qui m'écoutait sur les grands et redoutables problèmes de l'éternité, sur l'amour de Dieu et du prochain. Montrant enfin que ce n'était ni par amour de l'argent ni par désir des honneurs que les Soeurs se dévouaient ainsi, je montrai que la foi était le seul motif de leurs actions.
    « Puissiez-vous, dis-je en terminant, connaître, aimer, servir le Dieu qu'elles aiment, afin de jouir éternellement de l'a félicité du ciel. Mais comme avant d'atteindre à l'autre vie, il faut vivre ici-bas, et qu'on y est sujet à des maladies, puissiez-vous, lorsque vous serez malades, venir vous faire soigner et guérir au dispensaire Saint-Joseph ».
    Je terminai par trois ovations en l'honneur des Soeurs, du Père Sovignet, et des notabilités du pays.
    La foule écouta mon petit discours avec un recueillement religieux. J'espère qu'une bonne semence aura été jetée dans quelques âmes.
    Le dernier souhait que je formulais a été réalisé, je dirai presque au delà de mes désirs, car les Soeurs sont débordées de travail, les malades affluent de jour en jour plus nombreux.
    Après moi, ce fut le docteur, un païen, qui loua longuement l'art médical, le dévouement et la charité des Européens. Un avocat et un autre notable du pays parlèrent dans le même sens.
    Les discours terminés, le vicaire général accompagné du dasildar, ce qui équivaut à un sous-préfet en France, allèrent ouvrir le dispensaire. La fête se termina par une photographie et une distribution de fruits et autres friandises, selon la coutume du pays, et la foule se retira heureuse.
    Depuis lors, d'Atur et des environs, de nombreux malades affluent au dispensaire ; j'en suis effrayé : 150, 180, 200, 210 chaque jour. Tous ces Indiens qui viennent chercher un remède à des maux corporels ne doutent pas un instant que les Soeurs ne soient capables de faire des miracles. On compte dans leurs rangs de vieux infirmes, des borgnes, des sourds, certains, eux aussi, de trouver chez elles la guérison de leurs maux. C'est vraiment touchant de voir avec quelle confiance ils se présentent : « On me disait incurable, dit l'un, or, le remède que vous m'avez donné hier m'a déjà plus qu'à moitié guéri ».
    « Oh! Que nous sommes heureux que vous soyez venues, disent les autres, jusqu'ici personne ne s'occupait de nous ».
    Aujourd'hui, devant les beaux résultats déjà acquis, en disant mes remercîments aux bienfaiteurs des Missions, à qui je dois l'installation du dispensaire, je suis heureux de leur en apporter les prémices : un très grand nombre de baptêmes d'enfants et de païens adultes « in articulo mortis », enfin la louange de notre religion dans la bouche et peut-être dans le coeur de milliers d'Indiens.
    En attendant, je vais de l'avant. Le dispensaire est installé; déjà il produit de beaux fruits, mais ce n'est pas suffisant ; il lui faut un pendant.
    Puisque Dieu a béni le dispensaire, je vais essayer d'y adjoindre un asile pour les vieillards païens, un hospice, si vous voulez, où seront recueillies 12 personnes, 6 vieux et 6 vieilles qui seront hospitalisés, soignés et nourris gratuitement jusqu'à leur décès. Avant de mourir, il faut l'espérer, grâce à Dieu et au dévouement des Soeurs, ils seront tous munis d'un certificat de baptême en bonne et due forme, car on ne recevra dans l'hospice que des païens.
    J'ai donc à construire deux bâtiments, un pour les hommes, l'autre pour les femmes, et à constituer un capital nécessaire à l'entretien de ces vieillards.
    Puis-je me permettre de vous tendre la main... de nouveau ?
    De mon côté, soyez-en sûrs, je vous aiderai pour cette oeuvre, en travaillant moi-même: cuire les briques et la chaux, surveiller les travaux et les faire exécuter vite et proprement, c'est un métier qui m'est familier.
    Passons au capital nécessaire à l'entretien d'un lit, ou si vous voulez, d'un vieillard ; 2.000 francs y suffiront.
    Ainsi la fondation de l'hospice, sous la direction des Soeurs catéchistes de Marie Immaculée, sera assurée à perpétuité. En outre de l'influence que cette maison aura sur la conversion des païens, elle assurera le baptême à des centaines de vieillards qui là-haut vous diront, chers bienfaiteurs, de concert avec Notre Seigneur : « J'étais nu et délaissé et vous m'avez vêtu et assisté ».

    1925/234-238
    234-238
    Inde
    1925
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