Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Kumbakonam

Kumbakonam LETTRE DE Mgr BOTTERO Évêque de Kumbakonam L'apostolat de saint Thomas dans l'Inde Au retour de ma visite pastorale au district de Tiruviar, je pensais à vous écrire, car il y a longtemps que je ne l'ai fait. Or, tandis que j'étais à me demander quelle chose intéressante je vous raconterais, voici qu'un journal tamoul me tombe sous la main.
Add this
    Kumbakonam
    LETTRE DE Mgr BOTTERO
    Évêque de Kumbakonam
    L'apostolat de saint Thomas dans l'Inde
    Au retour de ma visite pastorale au district de Tiruviar, je pensais à vous écrire, car il y a longtemps que je ne l'ai fait. Or, tandis que j'étais à me demander quelle chose intéressante je vous raconterais, voici qu'un journal tamoul me tombe sous la main.
    La curiosité me poussant, j'eus la fantaisie de l'ouvrir, et à mon grand étonnement j'y trouvai l'article suivant qui ne manque pas de saveur pour les catholiques, surtout pour ceux qui s'intéressent aux missions de l'Inde.
    Je profite d'une journée de loisir pour le traduire en français et vous en faire hommage.
    C'est une légende hindoue concernant l'arrivée de l'apôtre saint Thomas aux Indes, les travaux auxquels il se livra et sa mort à San Thomé de Méliapore, près de Madras. Elle a cours parmi les païens, et c'est un brahme païen qui la communique aux abonnés du journal le Soumitren, c'est-à-dire « le bon ami ».
    La voici :

    « Pourquoi une partie de la montagne Tirou Mayila (paon sacré) a-t-elle pris le nom de San Thomé ?

    « Je vous salue, ô brahmes mes frères, vous tous qui êtes si dévoués à notre cher Soumitren. Je vous écris de Tirou Mayila (nom tamoul de Méliapore). J'y suis venu la semaine dernière pour assister à la fête du dieu Kabalissoura. Or, me trouvant un de ces jours en conversation avec les anciens de l'endroit, je leur demandai la raison pour laquelle Tirou Mayila était généralement désignée sous le nom étranger de « San Thomé ». Je vous transmets leur réponse afin que vous sachiez tous d'où vient cette appellation, et aussi pour que ceux d'entre vous qui ont des yeux pour voir puissent me remettre dans la bonne voie si j'ai fait erreur : auquel cas je les prie humblement de vouloir m'excuser. Voici ce que m'ont rapporté les vieillards :
    « Il y a de cela, me dirent-ils, bon nombre de siècles. Au temps que Vikramadittia régnait dans l'Inde, des gens du pays des Francs (Firranghis) vinrent chez nous se livrer au commerce. La ville et la contrée de Tirou Mayila obéissaient alors au prince Caudappa-rajah qui était de la caste des pêcheurs. Parmi ces Francs se trouvait un nommé Thomas, qui, avec ses disciples, fixa sa résidence sur notre montagne. On l'appelait aussi « San Thomas » parce qu'il était consacré à Dieu et vivait entièrement détaché du monde. Eh bien ! Cest à partir de cette époque que Tirou Mayila a été appelée « San Thomas Mount » ou encore le « Mont des Francs ».
    « Thomas étant étranger et chrétien, les Hindous de bonne caste refusèrent généralement d'entrer en relation avec lui, mais un certain nombre d'hommes du bas peuple embrassèrent la religion du Christ, et, pour l'amour qu'ils portaient à leur gourou (saint Thomas), ils vinrent s'établir sur les terres qui avoisinaient son habitation.
    « Les choses en étaient là, lorsqu'un jour, du haut de la montagne, on aperçut une immense pièce de bois qui flottait sur les eaux de la mer, du côté de Madras. Le prince Candappa l'ayant appris donna ordre aux pêcheurs de monter sur leurs radeaux, d'aller accoster l'épave et de la remorquer à terre. Des centaines de marins répondirent à l'appel du rajah, mais tous leurs efforts demeurèrent stériles. Les chrétiens ayant raconté ce fait à leur prêtre saint Thomas, celui-ci leur dit : « Si le prince le désire, j'aurai bientôt fait de le mettre en possession de cette masse flottante ». Ce propos fut rapporté à Candappa-rajah. Il fit venir l'homme de Dieu, et le pria de vouloir bien lui rendre ce service. Thomas monta sur un bateau, et, quand il fut arrivé au lieu où gisait l'épave, il se contenta d'en faire le tour et de la toucher de sa main bénie. Puis il s'en revint au rivage. Or, chose étonnante, voici que le madrier, sans être autrement remorqué, s'ébranla de lui-même et suivit le bateau de Thomas, comme un chien suit son maître.
    « Candappa-rajah ne put contenir la joie qui bouillonnait en son cur. Ayant compris à ce signe que l'homme de Dieu avait le don des miracles, il voulut l'attacher à sa personne, et il le chargea de l'éducation de son propre fils. Thomas vint alors occuper les appartements que le rajah lui avait fait préparer dans le fort, tout près de son palais, et il mit à profit l'influence que sa haute situation lui donnait pour édifier dans le voisinage plusieurs églises catholiques. Une d'elles existe encore à Tirou Mayila dans la rue du Fort et porte le nom de Thoméâr Côvil, église Saint-Thomas.
    « Je devrais terminer ici cette lettre, mais ma plume ne veut pas s'arrêter avant d'avoir achevé l'histoire du saint. Voici ce qui se passa plus tard :
    « Les ministres du rajah Candappa, vivement contrariés de voir que le prince lui-même et son fils étaient tombés dans les filets du prêtre franc, comprirent qu'ils devaient s'opposer à ses desseins par tous les moyens possibles, sans quoi c'en était fait de la religion hindoue à Tirou Mayila. D'abord ils ourdirent toutes sortes d'intrigues pour obliger l'homme de Dieu à s'éloigner du pays, et forcer le prince à le congédier. Leurs efforts en ce sens restèrent infructueux. Ils conçurent alors un atroce complot, et sans tarder, ils le mirent à exécution. Un jour que le fils du rajah revenait de chez son précepteur, à la nuit tombante, ils se ruèrent sur lui à l'improviste et le battirent jusqu'à ce qu'il eut rendu l'âme ; puis, courant au palais, ils montrèrent au prince le corps inanimé du jeune homme et lui dirent : «Le précepteur que vous avez donné à votre fils est plus féroce que le tigre des forêts. Il l'a frappé si cruellement qu'il en est mort. Voyez ! »
    « Candappa crut à la parole de ses ministres et il entra dans une si furieuse colère qu'il donna ordre de saisir Thomas et de le faire périr sous ses propres yeux. Le saint fut amené devant le rajah qui lui reprocha amèrement son prétendu crime. Le saint lui dit : « Je vais rendre la vie à votre fils : vous pourrez alors lui demander si c'est bien moi qui l'ai assassiné ». Ayant dit ces mots, il étendit la main sur le cadavre et lui dit : « Jeune homme, levez-vous ». Comme s'il sortait d'un profond sommeil, l'adolescent se frotta les yeux, et se mit sur son séant. Candappa, fou de joie, le serra longtemps sur son cur, puis il lui dit : « O mon fils, vous que j'aime comme la prunelle de mes deux yeux, parlez, qui donc vous a frappé à mort ?» Le jeune prince, pour toute réponse, désigna du doigt ses meurtriers, puis il dévoila à son père le noir motif qui les avait poussés au crime.
    « Candappa-rajah les fit tous exécuter ; après quoi, lui et son fils embrassèrent le christianisme.
    « Les Hindous de Tirou Mayila en conçurent contre saint Thomas une grande rage ; ils voulaient à tout prix se défaire de lui. Un jour que le rajah était absent, ils assaillirent l'homme de Dieu et l'accablèrent de coups. Le saint, pour mettre sa vie en sûreté, prit la fuite et se cacha dans les « jungles » de Sinna Malé (la petite montagne). On assure que le « mouni » Bharat Vadja vivait alors en ces lieux et qu'il prit le saint sous sa protection. Ce qui est positif, c'est qu'en mémoire de l'événement on construisit une chapelle à Sinna Malé. On y célèbre encore de nos jours une fête annuelle, et on y montre aux pèlerins les vestiges des pieds de saint Thomas imprimés dans le roc.
    « Cependant Candappa-rajah finit par découvrir la retraite du saint homme, et il le ramena avec lui au fort ; mais la haine Glue les Hindous idolâtres avaient conçue contre le prêtre des chrétiens se raviva bientôt, comme le feu qui a couvé sous la cendre ; et ils jurèrent de le mettre à mort. L'homme de Dieu étant un jour à prier, ses ennemis vinrent en grand nombre pour s'emparer de sa personne. Il n'eut que le temps de s'évader par une porte de derrière, et de se réfugier, à leur insu, dans une église qu'il avait construite à l'ouest de Tirou Mayila. Arrivé là, comme il était déjà vieux, il se laissa tomber de fatigue. Cette église existe encore. Elle portait autrefois le nom de « chapelle de l'Épuisement ». Aujourd'hui on la désigne sous le nom de « chapelle du Doux-Repos ». Le saint ne put y rester bien longtemps. L'approche de ses ennemis le força de fuir. Cette fois, il se dirigea vers le nord, où se trouvait une très épaisse forêt, non loin de la mer. Il put l'atteindre ; mais il y périt de fatigue et de privations, à la grande satisfaction des Hindous païens.
    « Or, quelque temps après cet événement il arriva qu'un navire venant du pays des Francs cinglait de nuit dans nos parages. A bord, le pilote ne songeait à rien, quand tout à coup il aperçut une lueur étrange qui, d'un certain point du rivage, s'élevait jusqu'au ciel ; voulant se rendre compte de ce merveilleux phénomène, il se lit transporter à terre, et suivi de quelques natifs, il dirigea ses pas vers l'endroit où brillait la lumière. Or, c'était le lieu précis où Thomas était mort. Le pilote y trouva les ossements du saint, et, tandis qu'il les vénérait à deux genoux, une voix du ciel se fit entendre qui lui dit : « Tu construiras une chapelle en ce lieu, puis tu transporteras les reliques du saint au pays des Francs, où tu les feras ensevelir ».
    « Docile à l'appel de la divinité, le pilote fit bâtir, à l'endroit même où il avait découvert les ossements, une chapelle qu'aujourd'hui encore on nomme Notre Dame des Bois, et on y montre aux pèlerins des cheveux du saint et quelques autres de ses reliques.
    « Si j'apprends de nouveaux détails concernant la vie et la mort de saint Thomas, je ne manquerai pas de vous les faire connaître, ô Brahmes mes frères, par l'entremise du Sou-mitren.
    « Tirou Mayila, 12 mars 1900.

    1902/221-226
    221-226
    Inde
    1902
    Aucune image