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Kumbakonam LETTRE DE M. LIGEON, Missionnaire apostolique. Malgré la guerre et malgré mon manque de ressources, je me suis décidé à entreprendre la construction de la chapelle de Mikelpolur.
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    Kumbakonam

    LETTRE DE M. LIGEON,
    Missionnaire apostolique.

    Malgré la guerre et malgré mon manque de ressources, je me suis décidé à entreprendre la construction de la chapelle de Mikelpolur.
    Plusieurs raisons m'ont déterminé à faire ces travaux. D'abord Mikelpolur est un centre de nouveaux chrétiens, c'est-à-dire des chrétiens chez qui la foi n'est pas encore bien affermie, et qui ont besoin de toute la sollicitude du missionnaire pour devenir meilleurs. Or, sans église, impossible de réunir ces chrétiens, de les former, chose d'autant plus nécessaire que pendant deux ans avant mon arrivée dans ce district, la vieille chapelle s'étant démolie, ils n'avaient pas eu la visite du Père, sinon dans de rares occasions malheureusement et forcément trop courtes.

    L'abondance des matières ne nous permet pas de donner dans ce présent numéro la suite de l'article: Les Séminaires et le Clergé indigène dans nos naissions, nous l'insérerons dans le numéro de janvier février 1917.

    NOVEMBRE DÉCEMBRE 1916, N° 112.

    J'avais tout d'abord acheté des briques ; mais faute de ressources, j'avais dû laisser mes briques entassées près de l'endroit où je devais construire ma chapelle. Depuis plus d'une année et demie, briques et chaux étaient prêtes. La chaux, quoique enfouie sous terre, perdait de jour en jour de sa force, et risquait de se gâter complètement ; mon monceau de briques diminuait chaque jour, car les païens, peu délicats au sujet du bien d'autrui, venaient les voler pendant la nuit.
    En face d'un tel état de choses, je fis des économies sur mon viatique, et grâce à la bonté d'un confrère j'empruntai de l'argent, et je me mis à l'oeuvre. Ainsi depuis quatre mois, avec de rares interruptions, je m'occupe de la construction de cette chapelle. Les travaux sont à peu près terminés, il ne reste plus qu'une partie de la façade à crépir et à stuquer. Dans quinze jours, j'espère, tout sera fini et je pourrais y faire une petite tête. Je m'étonne d'avoir pu tenir à cette tâche, car, dans mon district, je suis seul pour m'occuper de tous les travaux, je n'ai pas sous la main un seul homme de confiance à qui je puisse confier telle ou telle besogne. Je devais donc indiquer les plans, les faire exécuter, faire travailler les maçons, faire broyer la chaux comme il convient, faire apporter au fur et à mesure des besoins l'eau, la chaux et les briques ; sinon les travaux traînent en longueur, les maçons et leurs aides ne demandant pas mieux que de flâner. En Europe, il y a des architectes, des entrepreneurs et des contre maîtres. Ici le Père doit être à la fois tout cela. Enfin j'ai maintenant une chapelle à Mikelpolur, et les peines que sa construction m'a coûtées ne seront pas perdues. Il en sortira, je l'espère, des fruits de salut pour mes pauvres chrétiens.
    Cette année, à Gangavelly on a établi la fête paroissiale, chère pardessus tout aux Indiens. Mais pour qu'une fête paroissiale soit belle, il faut qu'il y ait des chars destinés aux statues immenses, des tambours en quantité et des pétards à assourdir tout le monde. Oh ! Alors les Indiens sont dans la joie. Quelle belle fête, on en parlera pendant longtemps. Et puis ils y trouvent l'occasion de manifester leur foi, de travailler pour leur religion, et de se sentir plus unis au milieu des païens. Aussi, il faut voir comme ils sont fiers de traîner les chars dans lesquels reposent toutes les statues qu'ils ont trouvées dans leur église, et que les églises voisines leur ont prêtées pour la circonstance.
    Quelque soit l'objet de la fête, la Sainte Vierge y a toujours une place, ainsi que saint Joseph, saint Antoine, saint Sébastien. Parfois on voit deux, trois statues sur le même char ; plus il y en a, plus l'Indien est content. Peu importe la façon de les y placer ; on attache toutes ces statues, et pourvu que rien ne bouge, tout va bien.
    Un mois avant la fête, la construction des chars a commencé. Il s'agit avant tout de faire le plus grand possible, il faut l'emporter sur le voisin. Tout le monde y met du sien, mais surtout personne n'est en retard pour donner des conseils ; cinq ou six personnes parlent à la fois. Naturellement tout le monde crie ; de loin on dirait qu'il y a une dispute ; mais non, ces gens s'entendent très bien, et les chars promettent d'être beaux puisqu'on se remue beaucoup. C'est surtout pendant la dernière semaine que l'entrain est le plus grand. Les uns font des guirlandes en papier, les autres ajustent les différentes parties des chars. Tout n'est pas parfait. Ici et là il y aurait bien à redire, les planches ne joignent pas, la symétrie manque. Il ne faut pas y regarder de si près ; car dans quelques instants on collera sur le tout du papier doré, argenté, bleu, rouge, etc., qui produira aux yeux des Indiens un effet magique.
    Les chars terminés, on construit devant l'église un immense baldaquin fait avec de larges feuilles de cocotier, on y place les chars avec leurs statues, et alors au son de la musique, des tambours et des pétards on vient chercher le missionnaire, qui, en chape et accompagné de ses enfants de choeur, se rend près des chars. Au milieu du recueillement de la foule, il bénit les chars et récite des prières auxquelles tout le monde répond. Après quoi, c'est le moment solennel ; le départ des chars et la procession.
    Le prêtre se retire chez lui, car il est bien onze heures et souvent minuit. La foule immense, païenne et chrétienne, court pour voir défiler les chars, entendre les pétards, voir le feu d'artifice. La procession, partie de l'église, fait le tour du village, c'est-à-dire pour Gangavelly, parcourt environ 800 mètres. Ce trajet exigera bien quatre heures. Car plus ça dure, mieux ça vaut. On fait un pas, puis on s'arrête. Ce qui n'arrête pas, ce sont les tambours, les trompettes, les pétards, etc. Les porte torches courent un peu de tous les côtés. Vers trois ou quatre heures, les chars reviennent sous le baldaquin devant l'église. On y dit de nouvelles prières et alors chacun se retire chez soi content.
    Si mes chers paroissiens de Gangavelly avaient mis autant de soin à s'occuper de leur âme qu'à construire et à orner leurs chars, ils seraient tous saints !
    Pour les amener à confesse, j'ai profité des jours qui précédaient la fête. Il a fallu d'abord régler leurs disputes, morigéner les uns, punir les autres. Petit à petit, à peu près tout mon monde s'est approché des sacrements. Dieu soit béni.

    1916/181-183
    181-183
    Inde
    1916
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