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Kumbakonam LETTRE DE M. LIGEON Missionnaire apostolique. District d'Atour. 15 janvier 1915.
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    Kumbakonam

    LETTRE DE M. LIGEON

    Missionnaire apostolique.

    District d'Atour.

    15 janvier 1915.

    Depuis plus de 4 mois, j'ai quatre maçons à mon service et quantité d'ouvrières, car ici ce sont les femmes qui sont chargées de tous les travaux qui ne nécessitent pas des hommes de métier. Le travail marche lentement, c'est dans les coutumes du pays. L'Indien est par nature très apathique. On aura beau faire, on ne le changera jamais. Heureusement qu'on n'est pas venu ici pour changer son caractère, sinon on n'aurait qu'à plier bagage. Au début, c'est fort pénible d'avoir affaire à de pareils gens pour les travaux ; car comme la main d'oeuvre coûte cher, relativement parlant, on voudrait voir les travaux marcher un peu plus vite et les ouvriers être un peu plus diligents. Mais on y perd son latin et sa patience. On a beau surveiller, donner des avis, faire tout ce que l'on veut, c'est inutile ; le travail ne marche pas plus vite. Malgré ça, j'ai remis mon presbytère à neuf. C'était une vieille maison qui menaçait ruine et qui vient d'être rajeunie. A attendre plus longtemps on aurait gagné d'être dans quelque temps obligé de bâtir tout à neuf, ce qui aurait coûté bien plus cher. Voilà donc un presbytère ressuscité et qui n'aura pas besoin de réparations d'ici à de longues années. C'est une consolation.
    Ensuite je me suis mis à mon église. Pauvre église ! Mgr Morel, de passage ici, il y a deux ou trois ans, disait d'elle : « C'est plutôt une écurie qu'une église ». Il y avait quelque chose de vrai. Mais Mgr Morel disait cela sans se scandaliser. Il n'en était pas de même des chrétiens qui disaient : « Ça ne ressemble pas à une église, c'est comme une maison ». De fait, il n'y avait ni croix ni façade. Or pour les Indiens l'extérieur, c'est tout. Pour qu'une maison soit belle, il faut qu'elle ait une belle façade, peu importe l'intérieur. Pour qu'une personne soit considérée, il faut qu'elle soit bien habillée, peu importent ses qualités. Aussi sacrifiant aux usages du pays, on donne aux petites églises des façades beaucoup plus grandes que l'ensemble du bâtiment. C'est ce que j'ai fait pour mon église. La façade est à peu près terminée ; il ne reste plus que le bas à crépir et à recevoir le stuc. La façade est surmontée de trois croix ; de chaque côté j'y ai fait faire un coeur en relief et au milieu une magnifique niche. J'ai été fort tenté de mettre dans la niche la statue de Notre Dame de Lourdes que vous m'avez envoyée, et que j'avais d'abord destinée à une chapelle d'administration. Je me disais en effet que ce serait plus d'honneur pour la sainte Vierge d'être ainsi placée à la vue de tout le monde, au milieu de la façade de mon église principale, plutôt que d'être exposée à la vénération de quelques chrétiens seulement dans une petite église. Comme j'aime beaucoup Notre Dame de Lourdes, je n'aurais pas balancé davantage à la mettre dans cette niche, mais ensuite réfléchissant que la statue, exposée au soleil et à la pluie, se détériorerait vite, je rue déterminai à laisser, pour l'instant, la niche vide. Après la façade, je m'occuperai de l'intérieur. Au lieu du pavé qui est en terre battue, je ferai mettre une espèce de béton en pierres et chaux seulement. Ce sera peu coûteux et propre. Ensuite je mettrai tout mon soin à refaire l'autel et à l'orner. Depuis le temps que je désire avoir le Saint-Sacrement dans mon église ! Mais au début je n'avais pas l'argent nécessaire pour faire les réparations voulues. Après que vous avez eu la bonté de me venir en aide, j'ai employé beaucoup de temps à réunir les matériaux et à trouver charpentiers et maçons.
    Tout cela ne va pas sans fatigue et sans ennuis. Pour que le travail se fasse proprement, il faut toujours surveiller. Ces ennuis1 et ces fatigues, je les supporte bien gaiement et je les offre au bon Dieu pour mes chrétiens, pour le succès de nos armes, pour mes parents et amis. Vous pouvez croire que votre part est bien grande.

    TAI-KOU

    A Noël, nous avons eu messe solennelle pontificale avec fanfare. La veille au soir, j'avais baptisé vingt-sept nouveaux adultes, Monseigneur à distribué la sainte Communion à 850 néophytes très fervents, et au salut il a donné la Confirmation à 45 d'entre eux. La cathédrale était revêtue de ses plus beaux décors, arc de triomphe, reposoir, lanternes vénitiennes, illumination splendide, évolutions des écoles faisant retentir les airs de leurs voix enfantines. C'était vraiment féerique, et j'étais tout fier d'avoir préparé ce petit monde pour rehausser la solennité du jour. (Lettre du P. A. Robert, 28 décembre 1914).

    TOMBE AU CHAMP D'HONNEUR

    M. VIALA

    M. VIALA, Joseph Martin, né le 16 juillet 1887, à Saint-Jean-la-Fouillouse (Lozère), entré tonsuré au Séminaire des Missions Etrangères, le 22 septembre 1911, ordonné diacre le 4 juillet 1914.
    Voici les renseignements que nous donne sur la mort de notre cher aspirant, son oncle, M. Viala, curé d Altier (Lozère) : « Un de mes paroissiens, son compagnon d'armes qui se trouvait avec lui en Belgique m'a fait le récit suivant : « C'était le 2 novembre, nous étions trois postés à l'angle d'une maison, Joseph Viala, X..., et moi. Les obus pleuvaient dru sur la demeure. J. Viala était le premier à l'angle, moi le second, et X... le troisième. J. Viala et X... tombent en même temps, l'un à ma droite et l'autre à ma gauche. Moi-même, je me sens blessé à la tête. Je me précipite sur Viala, j'essaie de le relever, mais il était mort ». Je crois que cette version est la plus authentique. Les autres récits nous disent aussi qu'il a été frappé le 2 novembre, mais il y a des divergences sur l'heure de sa mort et sur la manière dont il aurait été tué.

    1915/28-30
    28-30
    Inde
    1915
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