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Kouy-Tcheou tournée pastorale de Mgr Seguin 4 (Suite)

Kouy Tcheou Tournée pastorale de Mgr Seguin ÉVÊQUE DE PINARA, COADJUTEUR AU KOUY TCHEOU 1908-1909 (Suite1)
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    Kouy Tcheou
    Tournée pastorale de Mgr Seguin
    ÉVÊQUE DE PINARA, COADJUTEUR AU KOUY TCHEOU
    1908-1909
    (Suite1)
    25 mars. Nous partons au point du jour pour Sang Lang, gros marché indigène, à 80 lys de La sang. Journée des plus fatigantes. Après 4 heures marche nous apercevons, au fond d'un entonnoir, le village ou nous devons prendre le repas de midi ; 400 mètres à descendre à pic, mais au bout de la descente, les jambes tremblaient et refusaient tout service. Nous reposons au village, attendant le dîner qui ne vient pas. Les chrétiens qui devaient le préparer ont manqué au rendez vous. Après une heure... d'espérance inutile, on finit par trouver un peu de riz qu'on fait cuire à la hâte. Nos hommes essaient d'en avaler un bol, mais il est encore à moitié cru : « Tant, pis ! Disent-ils, nous dînerons à Sang Lang » ; et ils reprennent leur fardeau. Nous filons rapidement, les porteurs, qui ont le ventre vide, ont hâte d'arriver. A 3 heures du soir, nous apercevons la belle vallée de Sang Lang. Les chrétiens arrivent de tous cotés, les barbares blancs sont là avec leurs fusils. Ils se postent devant ma chaise, déchargent leurs armes, courent en avant, tout en bourrant leurs fusils qu'ils déchargent de nouveau cent pas plus loin, et ainsi de suite jusqu'à ce que nous soyons arrivés. Sur le marché tout le monde est dehors pour voir défiler notre cortège qui ne manque pas doriginalité. En avant, une cinquantaine de barbares le fusil sur l'épaule, les indigènes avec leurs fanfares, ma chaise, enfin, suivie par deux missionnaires à cheval et les porteurs de bagages.

    1. Voir A.-M.-E., n° 75, p. 113 ; n° 76, p. 187 ; n° 77 p. 243.

    26 mars. Les barbares chrétiens sont descendus pour voir l'évêque. Le Père les fait jouer et danser devant moi. Il me montre leur métier pour tisser la toile, c'est primitif. M. Williatte tire deux photographies, l'une des femmes tissant la toile, l'autre d'un groupe d'hommes au milieu duquel un vieillard barbu de 80 ans danse tout en jouant de son instrument. Pendant notre dîner la danse recommence avec force gestes ; les danseurs se baissent, se relèvent, tournent en tous sens, se roulent à terre sur le dos, sans lâcher leur flûte dont ils tirent des sons doux et mélancoliques. Spectacle original et qui fait rire tous les assistants. Pendant qu'un des danseurs le corps en nage, faisait ses contorsions, mon palefrenier a une idée : il court à la maison, remplit une tasse de vin qu'il présente au barbare en disant : « Tu dois être fatigué, avale ce bol de vin, ça te donnera des forces ». L'homme remercie, vide sa tasse et recommence au milieu des rires de l'assistance.
    Sang Lang est avec Ouang-mou le plus grand marché de tout le pays indigène, on y compte 400 familles. En 1897, les pirates du Kouang-si y firent une incursion ; tous les habitants se réfugièrent dans un camp bâti sur une petite éminence non loin du village. Les rebelles les assiégèrent, massacrèrent une centaine de défenseurs, brûlèrent marché et camp et repartirent avec de nombreux prisonniers.
    Autour de Sang Lang sont disséminés de nombreux villages chrétiens. Dans les montagnes à l'est, habitent de nombreux barbares noirs, blancs, etc., dont beaucoup se disent chrétiens.

    27-31 mars. De Sang Iang à Ouen-ly, puis à Lo-kouen, rien d'extraordinaire. Dans ce dernier village, j'ai eu la consolation d'administrer 50 baptêmes, c'est la plus belle gerbe offerte au bon Dieu par le prêtre M. Jacques Yuen. Après le baptême, je confirme 80 personnes. La séance avait duré près de 3 heures, j'en sortis assez fatigué, mais heureux de voir cette station, auparavant tiède, si bien lancée aujourd'hui.

    1er avril. On nous dit, que d'ici à Lo-fou, il n'y a que 50 lys. Je sais ce que cela vent dire : attendons-nous à une forte étape d'au moins 60 lys. A midi nous arrivons au bord d'une petite digue entourée de rochers, c'est la rivière de Tin-fan que nous traversons en barque, et nous reprenons immédiatement notre route. A 15 lys de la ville, nous rencontrons M. Cavalerie qui a apporté un pain et du thé. Nous faisons honneur à cette petite collation et arrivons enfin à Lo-fou à 4 heures du soir. A peine à l'église, j'entends le canon du prétoire. C'est signe que le mandarin civil vient me saluer, puis arrivèrent à la suite le mandarin militaire, le commandant de la place, le directeur de l'école, le seigneur féodal.
    Lo-fou est une petite ville de 300 familles à peine. De tous cotés elle est entourée par une haute ceinture de montagnes abruptes. En été c'est une véritable fournaise et les Chinois ont peur d'y habiter. C'est une petite place forte qui commande l'entrée du pays indigène et un centre de commerce entre le Kouy-tcheou et le Kouang-si.

    2 avril. M. Cavalerie et moi nous allons voir une fougère arborescente qu'il vient de découvrir dans un petit vallon, à 15 lys de la ville. C'est une plante curieuse, le tronc qui s'élève à près de 4 mètres de hauteur porte un bouquet de feuilles immenses de 3 mètres de longueur et 0m50 de large.

    5 avril. Départ à 6 heures. Je fais mes adieux au pays indigène, car désormais nous allons voyager en pays chinois. Nous arrivons après une étape de 90 lys, au marché de Pien-yang. Les deux seuls chrétiens de l'endroit sont venus à notre rencontre et nous ont préparé une chambre dans une auberge.

    6 avril. Nous pensions aller toucher à Sin ten, l'étape ordinaire, mais voilà qu'à mi-route, nous rencontrons un groupe de chrétiens de M. Preynat qui nous invitent à nous reposer chez eux. Nous allons donc passer la nuit dans une maison de chrétiens à 100 pas de la grande route en un endroit appelé Gay-kio. La nouvelle de mon arrivée s'est répandue, les chrétiens des villages voisins viennent : puis nos hommes s'installent à table et restent à manger bien avant dans la nuit, les convives attablés se livrent à de bruyantes conversations, les chiens aboient, les enfants crient, impossible de dormir.
    A 4 heures du matin, nous nous levons et pressons le départ ; il y a encore une longue étape pour arriver à Tin fan.

    7 avril. Route pittoresque le long de la rivière, puis nous entrons dans la plaine de Tin-fan, une des plus vaste du Kouy-tcheou, elle a près de 70 kilomètres de longueur. A la fin de la journée, nous recevons l'hospitalité du cher M. Preynat, dont les bons soins nous reposent de la fatigue de ces trois journées de route.

    Le 8 et le 9 repos et prière ; le 10 je me mets en route pour Kouy-yang. Je voudrais être à la capitale à midi.
    Comme c'est jour de jeune, nous avalons une tasse de café noir et pressons nos porteurs qui filent rapidement sur la grande route de Kouy-yang. Malheureusement il a plu et le chemin est très mauvais. A 11 heures j'aperçois les élèves du grand séminaire qui arrivent joyeux à ma rencontre, puis quelques pas plus loin ce sont les missionnaires qui viennent me souhaiter un heureux retour. A 1 heure, nous arrivons enfin au grand séminaire et oublions nos fatigues dans la joie de fraternelles agapes. Le même soir, je retrouvai au Pé-tang Mgr Guichard, notre vénéré Vicaire apostolique, et nous causons ensemble des péripéties de ce long voyage de six mois.
    Grâce à Dieu, cette tournée pastorale s'est faite sans accident. J'ai eu la consolation d'administrer plus de 2000 confirmations, près de 500 baptêmes, j'ai vu des chrétientés bien formées et des néophytes pleins d'ardeur et de bonne volonté. J'ai admiré les confrères qui se dévouent dans un pays malsain et au milieu de grandes fatigues, à l'évangélisation des tribus Y-kia, et j'ai constaté que leur zèle a produit déjà des fruits abondants. J'ai vu aussi, hélas! Quil nous manque beaucoup d'ouvriers pour labourer cette portion du champ du Père de famille. Il nous manque aussi le nerf de la guerre et des oeuvres. Puisse la Providence susciter des coeurs généreux qui nous aident du secours de leurs prières et de leurs aumônes.
    1910/308-311
    308-311
    Chine
    1910
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