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Kouy Tcheou orphelinat du Pe Tang a Kouy - Yang.

Kouy Tcheou Orphelinat Du PeTang a Kouy- Yang. MONSEIGNEUR, Selon l'usage annuel, et conformément au devoir de ma charge, j'ai l'honneur de vous présenter ma nombreuse famille, c'est-à-dire cent petites filles, pas plus, qui tout d'abord réclament votre bénédiction. Cette pieuse cérémonie accomplie, nous allons, s'il vous plaît, procéder méthodiquement à l'inspection de mon département.
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    Kouy Tcheou

    Orphelinat Du PeTang a Kouy- Yang.

    MONSEIGNEUR,

    Selon l'usage annuel, et conformément au devoir de ma charge, j'ai l'honneur de vous présenter ma nombreuse famille, c'est-à-dire cent petites filles, pas plus, qui tout d'abord réclament votre bénédiction. Cette pieuse cérémonie accomplie, nous allons, s'il vous plaît, procéder méthodiquement à l'inspection de mon département.
    Voici, alignés par rang de taille, une quarantaine de nourrissons. Nul d'entre eux, à ce que je crois, n'a été bercé sur les genoux d'une duchesse. Ces pauvres petits ont débuté plus modestement dans la vie, et sans la charité de la Sainte Enfance, ils n'auraient jamais trouvé de layette. Il est impossible, en effet, de donner ce nom aux loques sales et misérables, aux haillons pleins de vermine dont ils étaient jadis affublés. Inutile de dire que ces innocentes créatures sont reçues tout de suite dans le giron de la sainte EgIise ; on leur donne incontinent une marraine, le baptême et des langes tout neufs. En un instant, celui qui a dit : « Laissez venir à moi les petits enfants » en compte quelques-uns de plus dans sa famille.
    Mais, comme dit la science dans son langage touchant, cet enfant a besoin de trouver un aliment qui contienne à la fois tous les principes azotés, nécessaires à la réparation et au développement de ses organes, ainsi que les principes non azotés destinés à être transformés en acide carbonique et en vapeur d'eau par l'oxygène introduit pendant l'acte respiratoire !
    Heureusement que la solution de ce problème embrouillé se trouve chez nos robustes nourrices ; sans cela je ne saurais vraiment pas m'en tirer honorablement.
    Voilà donc mes nouveaux venus bien pourvus pour le corps et pour l'âme.
    Quand ils en auront fini avec leurs nourrices, nous les re-trouverons assis sur les bancs du catéchisme, c'est-à-dire à l'époque fortunée de l'inauguration définitive du premier pantalon. Dans l'intervalle, je ne les perdrai pourtant pas de vue. Chaque mois, ils viendront en layette d'uniforme, me faire une visite réglementaire. Au jour de l'an, à la fête de Noël, ils me doivent en outre deux visites de politesse, et j'y compte absolument. Il est de rigueur d'être toujours bien débarbouillé et d'apprendre petit à petit la théorie du signe de la croix. Cette théorie est plus compliquée que ne l'imaginent certaines grandes personnes. Il faut avoir été comme moi, de la partie pour se rendre compte des difficultés incroyables dont est hérissé le simple passage de l'épaule gauche à l'épaule droite ! Les grande mamans de France et de Navarre né me démentiront pas.
    Mais il est temps de sortir de nourrice et d'entrer à l'orphelinat. Cette opération, quand elle a lieu, devrait être présidée par un homme de fer, muni d'un coeur de bronze. La nourrice ne veut pas lâcher son nourrisson ; le nourrisson ne lâche pas sa nourrice ; il se cramponne à sa robe avec l'énergie d'un mousse qui grimpe dans les cordages. La nourrice pleure, le nourrisson hurle. Tous deux se jettent à genoux : « Père, l'an prochain, encore douze lunes seulement ; elle est si petite, elle ne sait pas s'habiller toute seule, et puis, quelquefois, pendant la nuit tout en dormant elle ne se réveille pas toujours à propos... etc...Malheureusement pour ces âmes éplorées, le Père s'est mis dans sa tête de normand l'indéracinable résolution de recueillir sa petite orpheline, de lui faire apprendre ses prières du matin et du soir, de la préparer de longue main à faire une bonne Comparé à une école chinoise, le sabbat des chats dans les gouttières de l'Occident est une mélodie à peu près supportable.
    A midi, l'Angélus. Après l'Angélus les livres et les langues prennent un peu de repos : c'est le catéchisme, ou cours d'instruction religieuse. C'est la fin et le couronnement du programme qui m'a été imposé par Votre Grandeur. Rien de meilleur que le Décalogue, l'Histoire de N.-S. J.-C., sa bonté, sa doctrine, ses miracles, pour toucher ces jeunes âmes qui s'ouvrent à la vie : rien de beau comme un orphelinat qui, aux jours de fête, reçoit pieusement le Dieu des orphelins : Orphano tu eris adjutor ; rien enfin de plus joyeux pour moi que la naïveté de ces tout petits enfants qui le jour de ma fête, faute d'autre cadeau, se mettent à réciter bravement un rosaire solennel, pour... la rémission de mes péchés !

    1907/40-44
    40-44
    Chine
    1907
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