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Kouy-Tcheou l'héroisme d'une jeune fille Dioi

Kouy-Tcheou l'héroisme d'une jeune fille Dioi Lettre du P. Doutreligne Missionnaire apostolique J'avais dans mon district deux familles Hourang et Oui. A différentes reprises les païens de Pan-ouan avaient exigé que ces chrétiens ne reçussent plus ni les Pères ni les catéchistes. Le chef de la famille Houang avait répondu aux menaces en partant lui-même annoncer la Bonne Nouvelle ; il avait ainsi participé à la fondation de plusieurs chrétientés.
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    Kouy-Tcheou
    l'héroisme d'une jeune fille Dioi
    Lettre du P. Doutreligne
    Missionnaire apostolique
    J'avais dans mon district deux familles Hourang et Oui.
    A différentes reprises les païens de Pan-ouan avaient exigé que ces chrétiens ne reçussent plus ni les Pères ni les catéchistes. Le chef de la famille Houang avait répondu aux menaces en partant lui-même annoncer la Bonne Nouvelle ; il avait ainsi participé à la fondation de plusieurs chrétientés.
    La famille Oui restée seule avait été conviée plusieurs fois à participer aux brigandages opérés pour le compte du village. Oui poneu, le chef de cette famille, résista énergiquement.
    Baptisé par l'un de mes prédécesseurs, cet homme avait une âme d'élite, une nature droite que la grâce avait touchée alors que par son métier de forgeron ambulant il allait, de village en village, vendre, selon l'expression du pays, ses forces et son habileté.
    Dans une de ses tournées, il rencontra un catéchiste d'une foi vive et à toute épreuve, Oui sien sen. Ils firent connaissance dans le village de Ken-sang. Tandis que l'un battait le fer matériel, l'autre, fin psychologue autant qu'habile catéchiste, «dosait» la doctrine à son client et forgeait cette belle âme pour une préparation toute surnaturelle.
    Après quelques entretiens sur la brièveté de la vie et la connaissance de Dieu dans l'autre monde, notre forgeron n'y tint plus. Le catéchiste Oui dut l'accompagner à la résidence du Père qui n'était éloignée que de 25 lys: Oui Po neu voulait à tout prix le baptême... Le catéchiste répondait de la fidélité de son catéchumène. Le Père eut beau se retrancher derrière toutes sortes d'arguments: il fallait bien réfléchir, comprendre les responsabilités que comportait le nom de chrétien, etc...; le catéchiste avait décidé qu'il aurait gain de cause il haussa la voix, puis essaya de se fâcher. Il était de ceux à qui on ne résiste pas, et je baptisai son néophyte.
    Oui Po-neu ayant reçu le baptême retourna chez lui, dans un petit vallon écarté du village appelle Piang-gai, au pied d'une haute montagne, et toute sa maisonnée dut se mettre au pas: grand-père grand-mère, maman, garçons et filles, chacun travailla à nettoyer la maison des moindres objets superstitieux.
    Après avoir délogé le diable, sans omettre les aspersions d'eau bénite, on installa les images saintes en famille. Dès le soir même, chacun savait faire le signe de la Croix, et les enfants, récitant à peu près l'Ave Maria, se donnaient la meilleure protectrice qui soit au ciel. L'année suivante j'arrivai à Piang gai pour ma première visite. C'était plaisir de constater combien la grâce de Dieu avait touché ces âmes. Je me rappelle y avoir porté cette année là une petite lanterne magique qui eut un succès merveilleux. Il est de ces petites choses dont la valeur pèserait bien peu dans la bourse des bonnes âmes qui me lisent et qui feraient tant de bien ici !!
    Pendant les séances que je donnai à cette famille, questions et réponses ne tarissaient pas : « Est-ce beau le paradis ? » me demandait la plus grande des jeunes filles. Si beau que l'on voudrait mourir de suite si on savait ce que c'est ».
    Et de mon mieux, leur présentant l'image, j'essayais d'expliquer ce que des paroles humaines ne peuvent exprimer : ravissement en Dieu, les amis du ciel, tous les saints...
    « Oh! Que je voudrais y aller !» s'écria tout à coup la grande Aoneu. Hélas! Elle seule de toute sa famille allait rester sur la terre : quelque temps après mon passage, grand-père, père, frères, soeurs, étaient massacrés pour leur foi. La haine des habitants du voisinage ne cessait pas ; ils voulaient débarrasser le pays de la religion du diable doccident.
    C'était en plein hiver, à l'heure où les campagnards prennent leur repas du soir. Dans la maison, Long sen, le fils âgé de 15 ans, accroupi près du foyer, était occupé avec son grand-père à préparer les légumes ; les jeunes filles et leurs mères cardaient le coton de l'année ; le chef de famille contemplait avec amour le petit autel qu'il avait dressé à Notre Seigneur souffrant... Soudain on frappe à la porte. N'attendant aucune visite ce soir-là, les portes avaient été fermées. Po-neti se présente : « Qui est là ? » crie-t-il en entrouvrant la petite trappe aménagée dans la porte. Un coup de feu répété quinze, vingt fois lui répond. En un instant toute une bande de brigands envahit la maison, Po-neu tombe dans une mare de sang, le grand-père et Long sen, furent achevés à coups de sabre et de piques. Les brigands n'avaient pas aperçu la grande Ao-neu qui, d un bond s'était précipitée dans la chambre de ses parents et avait pris le fusil de son père. Le péril lui donne de l'audace : elle arrive devant les bandits, braque son arme et tire, mais la mèche ne prend pas.... Les brigands, étonnés, hésitent; Ao-neu en profite pour faire surgir une étincelle au moyen d'une allumette... mais le coup ne part pas Les brigands s'élancent ; d'un coup de crosse elle fait reculer le premier ; puis dans un mouvement de désespoir, elle leur jette son arme à la tête et fuit.
    La forêt n'était pas loin, elle a le bonheur de pouvoir s'y blottir sans être retrouvée. Peu après, elle revient vers la route, et là, cachée dans une touffe de hautes herbes, elle suit anxieuse les mouvements des pillards. Qu'est devenue sa mère qu'elle n'a pas aperçue depuis le commencement de cette tuerie ?... ses petites soeurs ?... Des cris d'enfant partent de la maison, des plaintes... puis, plus rien. Que faire ? Ah ! Si seulement elle avait un fusil ! Et tandis que son coeur est déchiré, elle voit la troupe de brigands sortir de la maison et prendre le sentier de la forêt. Ce sentier mène au village... Elle se tapit pour mieux voir sans être vue, reconnaître quelques-uns d'entre eux à la voix, à la démarche. Ce désir lui rend toute sa présence d'esprit. C'étaient en effet les habitants du village qui étaient venus assassiner sa famille.
    Quand ils se sont éloignés elle rentre chez elle... Mais quel spectacle ! Les images saintes, la croix du petit autel se consument sur les corps de son frère et de son grand-père, les malfaiteurs ont dévalisé les armoires et brûlé les livres de prières et les autres objets du culte.
    Seule maintenant, devant tant de cadavres, Ao-neu se précipitent vers le corps de son père, car elle a cru remarquer un signe de vie... Mais, non, c'est fini ! Ses forces la trahissent, elle tombe inanimée. Combien de temps resta-t-elle ainsi ? Elle ne put le dire ! Revenue à elle, la vue de tous ces morts l'épouvante, elle fuit et arrive bientôt aux maisons du hameau voisin. Là elle retrouve sa mère blessée, qui p pu s'échapper tenant dans ses bras son dernier-né.
    Le lendemain Ao-neu partait à ma recherche. Je nie trouvais à la résidence de Tchechou. En me voyant, elle se jeta à genoux me demandant ma bénédiction, puis se mit à pleurer longuement, Enfin elle se releva et me raconta la sanglante scène. Pauvre orpheline ! Je n'eus pas le courage de la consoler ; ses pleurs lui faisaient plus de bien quelles meilleures des paroles.
    Le lendemain nous partîmes pour Pian-gai, d'où Dieu semblait banni après la disparition de ces généreux chrétiens!
    Cet événement fut longuement commenté par les chrétiens et les catéchumènes qui ne veulent pas toujours admettre les admirables dispositions de la Providence. Dieu a ses vues. Rentrant à ma résidence après avoir rendu les derniers devoirs à ces martyrs, je chevauchais sur la crête des montagnes qui bordent le Nan pan Kiang, et je méditais cette pensée de nos livres saints: « Ils constatent ces départs pour le ciel sans y rien comprendre ». Cependant tout me porte à penser que le Seigneur a retiré ces familles du milieu de l'iniquité de peur que « la malice n'altérât leurs bonnes dispositions, ou que la séduction ne pervertit leurs âmes».
    « Arrivés en peu de temps à la perfection, ils avaient fourni une longue carrière et leurs coeurs étaient murs pour le ciel ».

    POUR L'ÉCOLE DU P. CA DARS

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    Mr DURANCE. 20 » EN SOUVENIR DE MES
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    ANONYME 50 » M. N. C. 1.500 »

    1925/114-117
    114-117
    Chine
    1925
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