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Kouy-Tcheou lettre de M. Bacqué : Martyrs

Kouy-Tcheou Lettre de m. Bacqué : Missionnaire apostolique Martyrs L'année 1907 marque une date pour l'Église de Tou-chan ; jusqu'à présent cette Eglise n'avait pas la consécration de l'épreuve : elle vient de la recevoir. Je ne rappellerai que très brièvement les faits.
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    Kouy-Tcheou

    Lettre de m. Bacqué :
    Missionnaire apostolique

    Martyrs

    L'année 1907 marque une date pour l'Église de Tou-chan ; jusqu'à présent cette Eglise n'avait pas la consécration de l'épreuve : elle vient de la recevoir. Je ne rappellerai que très brièvement les faits.
    Les populations ne purent supporter les vexations auxquelles, sous prétexte de fonder de nouvelles écoles, les mandarins les soumirent ; elles se révoltèrent mettant, au commencement, les chrétiens parfaitement hors de cause ; mais les ennemis de la religion s'empressèrent de leur persuader que nos fidèles étaient responsables de ce que les mandarins augmentaient les impôts et fondaient des institutions européennes ; aussitôt fut formé le projet d'exterminer le christianisme, on essaya de le mettre à exécution. Partout des multitudes armées se jetèrent sur les chrétiens qu'elles placèrent dans l'alternative ou d'apostasier ou de mourir : les apostats conserveraient leurs biens et leur vie ; ceux qui persévéreraient dans la foi devaient abandonner leurs biens, leurs maisons et leur propre tête s'ils ne pouvaient s'échapper. Voilà comment un mouvement qui, à l'origine, était purement politique, devint une véritable persécution dans le sens où nous entendons ce mot.
    Parmi les néophytes non baptisés, certains n'ont pu supporter l'épreuve et sont retournés à leurs idoles ; cela ne surprendra personne, quand on saura que ceux-là, convertis de la veille, n'avaient pas encore eu le temps de puiser dans la prière et l'étude de la doctrine les grâces nécessaires pour un sacrifice héroïque. Parmi les baptisés, je ne connais qu'un seul homme qui, à l'occasion de la persécution, ait apostasié ; celui-là aussi est un pauvre malheureux qui ne priait plus et qui depuis longtemps déjà sans doute avait, dans son coeur, renié son Dieu.
    A côté de ces défaillances, que de beaux traits de saint héroïsme ! Plus de cinquante familles ont tout perdu pour ne pas avoir voulu abandonner leur foi, elles sont encore réduites à la misère ; treize chrétiens sont allés au ciel recueillir la palme du martyre. Il y eut d'abord la mort du maire Paul Mong Pin-chan ; éloigné de son pasteur et de tout autre centre chrétien, Mong Pin-chan se retira avec sa famille et ses serviteurs dans une grotte privée d'air et de lumière, où bientôt il fut assiégé pendant deux nuits et un jour ; ne se faisant aucune illusion sur le sort qui l'attendait, il ne cessa d'exhorter les siens à la persévérance dans la foi ; à la fin il fut pris ; ses bourreaux, par égard pour sa dignité, le traitèrent d'abord avec bienveillance.
    « Si tu consens à faire cause commune avec nous, lui dirent-ils, non seulement nous épargnerons ta vie, mais encore nous te reconnaîtrons pour notre chef ».
    Le loyal chrétien répondit simplement :
    « Mon empereur, quel qu'il soit, tient son autorité de Dieu ; jamais je ne me révolterai contre lui ».
    On lui dit alors :
    « Du moins renonce à ta religion, et nous te ferons encore grâce de la vie ».
    Il professa ainsi sa foi :
    « Vous adorerez vous-mêmes le Dieu que j'adore, lorsque vous le connaîtrez ».
    On lui trancha aussitôt la tête.
    Son jeune enfant de douze ans s'était enfui pendant cet interrogatoire ; mais ayant appris que son père avait été massacré, il revint hardiment à la grotte et s'adressant aux assassins il leur dit :
    « Vous avez tué mon père parce qu'il est chrétien ; je suis chrétien moi aussi, je veux mourir comme mon père ».
    Ces brigands, sans égard pour son jeune âge, le ligotèrent fortement, attachèrent sur ses épaules la tète de son père et le promenèrent ainsi dans les campagnes avoisinantes.
    Au bout de trois jours ils lui proposèrent l'apostasie : sa bouche d'enfant rendit témoignage au Seigneur.
    « Quand le Pape, Vicaire de Jésus-Christ, quand mon évêque et mon pasteur auront apostasié, je verrai ce que j'aurai à faire ».
    A lui aussi on trancha la tête.
    Plus de quarante jours après ces événements, je me rendis à la grotte où Mong Pin-chan avait été massacré, j'y retrouvai son corps dépouillé de vêtements, parfaitement conservé et n'exhalant aucune mauvaise odeur ; ses mains étaient liées derrière le dos. Je les fis délier et je constatai, à ma très grande surprise, que ses bras étaient aussi souples que si la mort venait d'avoir lieu. Les autorités locales, les chrétiens et les païens qui m'accompagnaient en foule, ont tous vu dans ce fait un événement absolument merveilleux.
    Il est merveilleux encore que mes chrétiens de San-pang, que deux journées de marche séparent de moi, aient été pendant six mois assiégés dans une grotte, sans qu'aucun d'eux n'ait été éprouvé par la maladie, ni n'ait succombé à l'apostasie. Aux environs de Pâques, ils me firent parvenir un billet me disant qu'ils étaient réduits à la dernière extrémité et me priant de faire savoir à Mgr Guichard qu'ils désiraient mourir pour la foi en Notre Seigneur. Je fis aussitôt exposer le Saint-Sacrement pour leur délivrance, et ne pouvant me résoudre à les laisser mourir sans moi, je me rendis auprès d'eux au péril de ma vie.
    Arrivé chez eux, j'appris que le jour même où j'avais fait exposer le Saint-Sacrement, ils avaient été assiégés par une troupe de cinq à six mille personnes, mais qu'un homme vêtu d'habits dorés et portant un bâton fleuri à la main ayant apparu au dessus de leur grotte, le désarroi s'était jeté parmi les assiégeants. Les chrétiens ont vu dans cette apparition la protection de saint Joseph, patron de la mission du Kouy-tcheou. J'ai minutieusement interrogé les païens au sujet de ces faits extraordinaires ; tous reconnaissent avoir entendu les brigands parler de cette apparition, mais eux-mêmes ne l'ont pas aperçue. Quoi qu'il en soit, que cinq mille brigands aient assiégé mes chrétiens, que le jour même où je fis exposer le Saint-Sacrement, ils se soient dispersés sous le prétexte d'une apparition merveilleuse, tout cela me paraît être autre chose que l'effet d'une pure coïncidence.

    1909/95-98
    95-98
    Chine
    1909
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