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Kouy-Tcheou les rebelles à Hin-y-fou

Kouy-Tcheou Les rebelles à Hin-y-fou Les rebelles, les boxeurs, les brigands, appelez-les du nom que vous voudrez, sont entrés dans le Kouy-tcheou ; ils viennent de s'emparer de la sous-préfecture de Hin-y (Hin-y-hien). Ce fait d'armes eut lieu le 6 octobre, jour néfaste d'après le calendrier chinois. Comme ces pays sont limitrophes du Yun-nan et du Tonkin, il ne sera peut-être pas sans intérêt de vous faire le récit de ces événements.
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    Kouy-Tcheou

    Les rebelles à Hin-y-fou

    Les rebelles, les boxeurs, les brigands, appelez-les du nom que vous voudrez, sont entrés dans le Kouy-tcheou ; ils viennent de s'emparer de la sous-préfecture de Hin-y (Hin-y-hien). Ce fait d'armes eut lieu le 6 octobre, jour néfaste d'après le calendrier chinois. Comme ces pays sont limitrophes du Yun-nan et du Tonkin, il ne sera peut-être pas sans intérêt de vous faire le récit de ces événements.
    Ces révoltés ne sont, sous un autre nom, que les fameux Pavillons noirs de Liou-uin-fou. J'ai eu sous les yeux, il y a quelques jours, une lettre portant cette épigraphe significative : « Direction générale de la milice juste et victorieuse du Tonkin ». Quand l'occupation de cette colonie, de nominale devint effective, grâce à la vigoureuse chasse de Galliéni, ces bandes durent se réfugier dans la province du Kouang-si. Par une coupable incurie ou plutôt par une tortueuse politique, les mandarins ne désarmèrent pas alors ces soldats licenciés, espérant tirer un jour profit de cet élément de trouble, en les dirigeant contre le Tonkin.

    MARS AVRIL 1903. N° 32.

    Avec les armes perfectionnées, ces bandes conservèrent leur organisation, leurs cadres et la discipline militaire. Inférieures à des soldats européens, elles sont supérieures à ces que les Chinois appellent du titre pompeux darmée impériale, grands soldats, et qui en réalité ne sont que des vauriens, des vagabonds sans instruction, sans discipline, des troupeaux d'hommes et non des troupes de soldats.
    Les autorités provinciales du Kouy-tcheou ne pouvaient manquer d'entrevoir le danger plus ou moins lointain pour la province. Un semblant de défense des frontières fut organisé le long de la rivière qui forme la limite entre le Kouy-tcheou et le Kouang-si. On éleva des forts, et on établit de petits camps sur les hauteurs pour défendre les passages favorables.
    Le général de division de Hin-y-fou fut déplacé pour s'opposer aux Anglais sur les frontières de la Birmanie. Un cousin du fameux Tsen-kong-pao, notre adversaire au Tonkin, vint le remplacer. Choix impolitique, on le remarqua trop tard ; n'étant pas Chinois, mais de la tribu aborigène des Pan-y, ce mandarin fut soupçonné de connivence avec les rebelles. Un des chefs de braves, Tonkinois d'origine, fut même adopté dans la famille de ces Tsen.
    La mesure qui devait être la plus utile fut la création d'une garde nationale dans tout le pays de Hin-y, présidée par un de leurs chefs, le fameux Liou-san ta-jen, dont l'habitation, à quelques ly de Hin-y, ne put jamais être prise par les rebelles.
    A différentes reprises les pirates s'étaient jetés sur l'un ou l'autre point du Kouy-tcheou. A l'improviste ils arrivaient dans quelque riche marché, près de la frontière du Kouang-si, pillaient, brûlaient, extorquaient de grosses sommes en mettant les riches à la torture, puis ils s'en retournaient dans leurs repaires pour partager le butin.
    L'autorité provinciale ne se contenta pas d'envoyer des munitions, de tirer des centaines de vieux fusils rouillés de ses arsenaux, elle fit choix parmi les mandarins en disponibilité, d'un nommé Tchang ayant rang de tao-tay. Cet homme seul devait valoir une armée outre celle qu'il recruta au moment du départ. On n'en fit pas de secret. Les rebelles allaient être exterminés. Notre Tchang partit en guerre.
    Son père, musulman, était mort 1er mandarin militaire au Kouy-tcheou. Noblesse oblige ; quoique apostat à Mahomet et sans horreur pour la viande de porc, il voulait comme son père être le bienfaiteur, le pacificateur du Kouy-tcheou. Triomphant avant d'avoir vaincu, de peur de ne jamais triompher, il recevait les honneurs de la population sur toute sa route.
    Les braves du Kouang-si étaient au courant de tout ce qui se passait, et se préparaient en secret à le recevoir dignement, à son arrivée à Hin-y.
    Dans la nuit du 20 octobre, le premier de la neuvième lune, ils passèrent sur des radeaux en bambou le fleuve du Sy-kiang, à une forte journée de la sous-préfecture de Hin-y. Leur nombre cette fois montrait bien que ce n'était pas une simple excursion qu'ils méditaient ; on comptait à peu près deux mille hommes ; quatre radeaux étaient chargés de femmes, leurs épouses plus ou moins légitimes ; douze fortes mules portant des cartouches les suivaient. Tout cela ne laissait pas de doute sur le caractère de leur passage au Kouy-tcheou.
    Dès avant le jour, ils avaient fait 20 ly pour s'emparer du col de Tsin-keou par où passe la route conduisant à la sous préfecture. Le passage était occupé ou censé gardé par une division des gardes nationaux du lieu. Le réveil de ces pauvres campagnards fut amer en se voyant entourés par les bandits qui en tuèrent trois cents. Parmi les morts on remarqua un neveu de Lion, son secrétaire et son gendre.
    Fiers de ce premier succès, les rebelles endossent les vestes bariolées des morts, s'emparent des drapeaux et sous ce déguisement s'avancent par petites étapes, recevant en route la soumission des villages, dispersant les petits postes de soldats qui n'essaient pas même de s'opposer à leur marche. Le soir du 5, ils ne sont plus qu'à 2 kilomètres des remparts. Ce jour-là aussi, le général en chef Tchang arrivait en ville avec un millier de soldats.
    Sans trop se rendre compte de la proximité du danger, et ne pensant pas même que les bandits oseraient s'attaquer à ses grands soldats, il publie un ordre du jour. « Demain. Sixième jour de la lune, repos ; car c'est un jour néfaste. On ne peut en ce jour ni célébrer une noce, ni élever une maison, ni ensemencer un champ, ni engager une bataille ; la bataille est remise au surlendemain ».
    Les rebelles, moins superstitieux, débouchent de bon matin sur la grande place, en dehors des remparts, ils n'attendent pas même que les impériaux aient cuit le riz du matin ! Ces derniers poussés par leur général, sortent de la ville. Arrivés en présence des ennemis ils n'osent ouvrir le feu. Sur un mot de leur chef, les rebelles se déploient en tirailleurs et commencent la fusillade.
    Les impériaux tombent nombreux. Le général Tchang rentre en ville, se réfugiant successivement dans la mairie et au prétoire du sous-préfet. Là, effrayé par le bruit sinistre des balles, il ne sait quel parti prendre. Le mandarin de la ville offre alors de le conduire par un chemin détourné hors des murs, sur la route par laquelle il était arrivé. « Comment puis-je abandonner mes soldats ? » Aurait-il objecté. Le sous-préfet prenant alors la responsabilité sur lui, le conduisit hors la ville, porté, dit la rumeur publique, par son suivant, et une partie du chemin dans une chaise à canards. Pendant ce temps les soldats continuaient la lutte, se retirant peu à peu devant les rebelles. Ceux-ci mettaient le feu aux maisons, à mesure qu'ils avançaient dans les rues. La nuit venue, les soldats apprenant la fuite de leur chef se dispersèrent, une partie rejoignit le général à 30 ly de la ville, les autres, quelques centaines, changèrent de veston militaire et on n'en vit plus de traces. Tous les habitants de la ville s'enfuirent, et le lendemain les rebelles se trouvèrent devant une cité ouverte et vide. Je me trompe, ils y trouvèrent un riche butin ; on signale des centaines de charges d'opium et près de 200 charges d'argent.
    Voilà où en est la situation au moment où je vous écris ; le général en chef Tchang se tient, entouré des fuyards, à 30 ly de la ville ; les rebelles mènent bonne vie ; la garde nationale s'est réunie dans le village muré du grand Liou, position réputée imprenable, en attendant que les rebelles l'attaquent.
    Décrire l'affolement, la panique que ces événements jettent, non seulement dans les environs, mais dans toute la partie méridionale de la province, serait chose impossible. Le riz pourrit sur pied, personne n'ose moissonner, tout le monde fuit dans les cavernes, dans les montagnes. A l'arrivée des soldats en débandade dans notre ville de Hin-y-fou, la terreur fut telle que tous les habitants prirent la fuite. Les deux vastes orphelinats de la mission furent vides en quelques heures.
    Tels sont les événements qui se déroulent dans le pauvre Kouy-tcheou. Ce qui est plus inquiétant, c'est que les rebelles ont franchi la frontière sur d'autres points, et il est à craindre que l'incendie ne s'étende à toute la province.

    1903/98-101
    98-101
    Chine
    1903
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