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Kouy Tcheou le pèlerinage de notre Dame de Liesse

Kouy Tcheou le pèlerinage de notre dame de liesse La mission du Kouy-tcheou possède un pèlerinage sous le vocable de Notre Dame de Liesse. C'est un nom rare en Chine où parfois tout est si triste et où les ennuis sont si fréquents. Mais c'est justement cette tristesse et ces ennuis qui, au milieu de la guerre civile, donnèrent aux missionnaires la pensée de s'adresser à la Vierge de la joie et du bonheur.
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    Kouy Tcheou le pèlerinage de notre dame de liesse

    La mission du Kouy-tcheou possède un pèlerinage sous le vocable de Notre Dame de Liesse. C'est un nom rare en Chine où parfois tout est si triste et où les ennuis sont si fréquents. Mais c'est justement cette tristesse et ces ennuis qui, au milieu de la guerre civile, donnèrent aux missionnaires la pensée de s'adresser à la Vierge de la joie et du bonheur.
    Près de Kouy-yang, en face du séminaire de Lou-tsong-kouan, sur le plateau des Ciboules vertes, s'élève une colline dominée par la montagne Kouan-in, nom de la Vénus chinoise. Un jour, en s'y promenant, les missionnaires eurent la pensée d'y placer une statue de la Vierge ; mais on était en 1857, la guerre civile battait son plein, ravageant depuis plusieurs années la province entière ; placer cette statue en évidence était impossible. Ils choisirent une statuette haute de quelques centimètres, qui fut bénite, placée dans un bocal bouché à l'émeri, puis cachée sur la montagne, dans une anfractuosité de rocher. « Dès lors, écrit Mgr Faurie, quand nous avions le coeur oppressé par le ravage des persécutions, le massacre de nos chrétiens, le bouleversement de nos belles et nombreuses stations, et que nous ne pouvions, malgré notre soumission à la volonté de Dieu, nous empêcher de sentir notre coeur brisé, nous allions à Notre Dame de Liesse et nous chantions les litanies en répétant trois fois Causa nostrae laetitiae, et nous redescendions le coeur au large et le pied léger. Alors nous contemplions nos malheurs avec calme et courage, et nous avions toute la liberté d'âme nécessaire pour affronter, sans crainte et sans trouble, de nouvelles tempêtes. Nous nous sentions comme ces vieux marins qui, au milieu du fracas d'une tourmente qui les ballottes en tout sens, vaquent avec tranquillité et sans embarras (non pas sans peine) à la manoeuvre la plus propre à sauver le navire. Jamais Notre Dame de Liesse ne nous a laissés sur le coeur, pendant vingt-quatre heures, ce poids de plomb que connaissent si bien les personnes qui ont eu de grandes douleurs.
    « Les missionnaires dans leurs embarras l'invoquent souvent, et ils sont toujours aussitôt secourus. L'un d'eux s'est trouvé deux fois enveloppé par les rebelles, il a fait voeu d'aller pieds nus en pèlerinage à Notre Dame de Liesse ; les deux fois il a été sauvé et a pu accomplir son voeu. Un autre est revenu près de moi désolé et découragé à la vue des malheurs de son district. Tous les raisonnements étaient impuissants à soulager efficacement son coeur, le poids restait toujours. Il était comme Elie dans le désert et ne désirait plus que la mort. Je lui ai fait faire le pèlerinage de Notre Dame de Liesse ; il est monté tristement, mais avec confiance ; après la prière d'usage, il s'est relevé joyeux et vaillant. « Il lui semblait, disait-il, qu'il aurait volé comme un papillon ». Il y a de cela longtemps, et depuis lors il a passé comme nous tous par bien des épreuves, mais il ne s'est jamais plus laissé surprendre par cette malheureuse tristesse qui coupe bras et jambes. Dès qu'il la sentait venir à la porte du coeur, il invoquait Notre Dame de Liesse et le vilain se retirait aussitôt, car la tristesse de découragement vient toujours du démon. La douleur de voir Dieu offensé et méconnu enflamme le courage au lieu de l'abattre 1.
    « Au mois de décembre 1863, notre petit séminaire fut attaqué par les rebelles qui en brûlèrent même une partie. Je logeai comme je pus les élèves et les maîtres dans une maison de Kouy-yang, mais, les appartements étant étroits et humides, les élèves y étaient fort mal, sous tous les rapports. Après six mois de ce séjour, ils étaient presque tous malades. M. Payan, supérieur du Séminaire, fit voeu, avec toute la communauté, daller nu-pieds au pèlerinage de Notre Dame de Liesse s'il pouvait rentrer dans son séminaire pour l'Assomption. Neuf jours avant la fête on commença une neuvaine. La veille de l'Assomption le séminaire était installée dans son ancien local, et le jour de là fête, toute la communauté accomplissait son voeu. Il fut alors convenu avec Notre Dame de Liesse que le séminaire n'émigrerait plus. Trois ans plus tard les rebelles sont venus pour le piller, mais un coup de fusil chargé à plomb les a mis en fuite comme un vol doiseaux.
    1. Dans le Journal de la Mission de Kouy-tcheou, septembre 1867, Mgr Faurie parle, mais sans spécifier la maladie, de la guérison d'un de ses missionnaires, M. Esslinger, qui à cette époque, pour accomplir un voeu, fit le pèlerinage nu-pieds.
    En 1869 lors du premier pillage de l'oratoire de Tsen-y, les professeurs et les élèves du Séminaire de Lou-tsong-kouan firent pieds nus le pèlerinage de Notre Dame de Liesse, afin de demander pour la mission la paix et la prospérité.
    « Vous comprenez maintenant pourquoi notre pèlerinage s'appelle Notre Dame de Liesse.
    « Dès le principe on manifesta le désir d'élever un petit oratoire pour mieux honorer la Sainte Vierge mais la paix et les pièces blanches manquaient. Enfin le P. Faneau, avec sa pension annuelle, se chargea des frais ; on choisit pour construire une montagne voisine plus commode et plus agréable 1 ; le P. Chomier fut nommé architecte, et l'oratoire qu'on voit actuellement sur cette montagne fut bâti ; il est peut-être bon d'ajouter, en l'honneur du bienfaiteur, qu'outre les frais de bâtisse, il voulut fonder une rente suffisante pour le gardien et l'entretien de l'oratoire. Le donateur n'oublia même pas ce qui réjouissait les anciens pèlerinages sur les rochers dénudés de Kouan-in.
    Cette construction, sur une colline qui domine la ville, fit tourner les langues ; l'autorité civile envoya des mandarins s'assurer que les missionnaires ne bâtissaient pas un fort pour bombarder Kouy-yang 2 ; ce ne fut qu'un incident sans importance.
    Dès que le bel oratoire fut achevé, Mgr Lions en fit la bénédiction, le 8 septembre 1874 3. Depuis lors, les pèlerinages sont devenus plus solennels qu'autrefois ; on y fait des processions ; à la fête de la Nativité de la Sainte Vierge, choisie pour fête patronale, les chrétiens de Kouy-yang s'y rendent nombreux, la grand'messe y est chantée. A l'époque de leur retraite annuelle, les missionnaires s'y réunissent et les cérémonies y sont encore plus belles qu'à la Nativité.

    1. Le P. Alphonse Schotter construisit ensuite une petite chapelle à l'endroit de l'ancien pèlerinage.
    2. Il en fut de même en 1884, lors de l'expédition de la France au Tonkin.
    3. Un provicaire de la mission de Kouy-tcheou, M. Mihières, qui devint supérieur de la mission du Kouang-si, se trouvait en 1869 à la bénédiction de la chapelle bâtie à Sancian par Mgr Guillemin en l'honneur de saint François-Xavier. Il voulut que le « Kouy-tcheou eût un souvenir de la fête ; pour cela, dit-il dans une lettre du 8 mai, j'ai pris la pierre sacrée qui a servi à la célébration de la première messe dite sur le tombeau du saint. Cette pierre sacrée est destinée à la chapelle de Notre Dame de Liesse. Je l'ai confiée à M. Moiniaux, nouveau confrère, qui doit se rendre au Kouy-tcheou ».
    En 1874, un missionnaire du Kouy-tcheou, M.Bodinier, composa 1, en l'honneur de Notre Dame de Liesse, le cantique suivant :













    1907/74-78
    74-78
    Chine
    1907
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