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Kouy-Lin-Fou, Capitale du Kouang-Si

Kouy-Lin-Fou, Capitale du Kouang-Si PAR M. RENAULT Provicaire apostolique. Kouy-lin-fou, siège du gouvernement central de toute la province du Kouang-si et résidence des hautes autorités, est situé à l'ouest de Pékin par 6°13' de longitude et 25°13' de latitude. Son étendue est de 5 ly, du nord au sud et de 2 ly, de l'est à l'ouest ; elle mesure près de 15 ly de tour. (Le ly ou stade vaut de 500 à 600 mètres.)
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    Kouy-Lin-Fou, Capitale du Kouang-Si

    PAR

    M. RENAULT

    Provicaire apostolique.

    Kouy-lin-fou, siège du gouvernement central de toute la province du Kouang-si et résidence des hautes autorités, est situé à l'ouest de Pékin par 6°13' de longitude et 25°13' de latitude.
    Son étendue est de 5 ly, du nord au sud et de 2 ly, de l'est à l'ouest ; elle mesure près de 15 ly de tour. (Le ly ou stade vaut de 500 à 600 mètres.)
    La population est peu nombreuse. D'après le dernier recensement, la ville et les faubourgs ne compteraient ensemble que 15,554 familles composées de 44,452 hommes et de 30,483 femmes, soit un total de 70.000 à 80.000 âmes.
    Nous devons remarquer, il est vrai, que le mode de recensement est très défectueux en Chine. Ainsi, la population qui vit sur les barques, et les vagabonds (ils sont nombreux) échappent en grande partie au dénombrement ; il est donc bien difficile d'avoir un chiffre exact.
    Cependant, même en tenant compte par à peu près de cette population flottante et errante, il y aurait lieu pour les lecteurs de s'étonner que, dans une ville aussi vaste, les habitants rie soient pas plus nombreux. C'est que l'enceinte de Kouei-lin renferme non seulement un grand nombre de prétoires et de pagodes occupant un espace considérable, mais encore quantité de lacs ou étangs et plusieurs montagnes ; cet ensemble donne à la capitale du Kouang-si une physionomie très particulière.
    La plus remarquable de ces montagnes à l'intérieur de la cité, est le Ton-sieou-chan, qui se trouve dans une enceinte murée, formant comme une ville dans la ville même. Cette enceinte reçut le nom de Fou-ouang-tchen : ville ou palais du prince, parce qu'elle servit de refuge an prince de Kouy à l'époque où la dynastie des Ming; qui avait régné sur la Chine de 1368 à 1616, fut supplantée par celle des Tsin encore régnante. Actuellement, l'ancienne ville du prince s'appelle le Kong-uen. On y voit le palais où les candidats à la licence passent leurs examens littéraires.
    Pour faire l'ascension du Tou-sieou-chan, il faut gravir plus de trois cents marches assez raides. On a élevé plusieurs pagodes sur le sommet d'où l'on domine toute la ville.
    Près de la porte de l'est, on voit une autre montagne célèbre, le Fou-po-chan. Elle renferme, à mi-côte, un temple dédié au fameux général Ma-uen ou Ma-fou-po que l'on a divinisé.
    La première année de l'ère chrétienne, Ma-uen conquit à la Chine toute la partie méridionale dans laquelle a été taillé le Kouang-si actuel. Son culte est en grand honneur dans la province; parmi les temples nombreux qu'on lui a élevés, le plus renommé est situé sur la rive gauche du Sy-kiang ; en aval de la ville de Houen-tchou et en face d'un rapide redoutable, où chaque année dé nombreuses barques viennent se briser.
    Kouy-lin qui renferme des montagnes dans son enceinte, en est encore entourée ; de toutes parts, sauf du côté du Sud où l'horizon est un peu plus dégagé, elles élèvent leurs massifs rocheux.
    La plus curieuse de ces montagnes extérieures est sans contredit le Siang-pi-chan (en forme de trompe d'éléphant), qui se dresse au midi, sur le bord du fleuve, comme pour défendre la ville. Sur la rive opposée du fleuve, et à l'est, la Tsi-sing ou montagne des sept étoiles eut jadis son temple.
    On lit dans les annales du Kouang-si, publiées par ordre de la dynastie actuelle, qu'en 1714, la 53e année du règne de King- hi, le gouverneur du Kouang-si, Tchen-uen-long ; de concert avec le général en chef des troupes, Tchang-tchao-ou, érigea sur cette montagne des sept étoiles un pavillon en l'honneur de l'ex-vice-roi chrétien Thomas Kin et de son compagnon d'armes, Tchang-tong-tchang, et ordonna qu'on leur rendit un culte public, parce qu'ils avaient préféré mourir plutôt que d'abandonner leur empereur, Yun li, de la dynastie des Ming.
    Le « Pavillon des deux ministres patriotes et fidèles » a été incendié par les rebelles, il n'en reste plus que des ruines.

    ***

    Sauf vers le nord, tout le pays est entouré de cours d'eau sur lesquels de nombreux ponts ont été jetés.
    Kouy-lin est située sur la rivière qui porte son nom : le Kouy-ho, qui, à son confluent avec le Sy-kiang, à Ou-tcheou-fou, s'appelle Fou-ho.
    Conjointement avec le Siang-kiang, qui court à travers la vallée du Yang-tse, après avoir traversé le Hou-nan, le Kouy-ho prend sa source au mont Hay-yang, au sud de la ville de Hin-ngan-hien qui se trouve, par voie fluviale, à 160 ly de la capitale du Kouang-si.
    Cette rivière est navigable aux grandes eaux, même pour les grosses jonques, jusqu'à Kouy-lin. La distance par eau entre Kouy-lin et Ou-tcheou n'est que de 670 ly, environ 400 kilomètres, mais plus de 300 rapides entravent le fleuve et rendent la navigation lente et dangereuse.
    Entre Ou-tcheou et Ping-lo, les deux rives sont bordées de hautes collines dont quelques-unes sont assez boisées. On y voit des plantations de sapins et de bambous livrées à l'exploitation ; les bois coupés sont expédiés sur des radeaux vers Ou-tcheou (Wuchow) et Canton. On y voit aussi des plantations d'abrasin (abrasin) autrement dit : « eloeococca » dont la noix donne une huile siccative employée pour la peinture en bâtiment et que les chinois nomment : Tong-you.
    De Ping-lo à Kouy-lin, l'aspect du pays est tout différent. Au lieu de collines boisées et verdoyantes, on ne rencontre plus que des massifs rocheux parfois très élevés, remplis de cavités profondes, dont l'ouverture est dissimulée par un mur en maçonnerie ou par une palissade, et qui servent de lieu de refuge aux habitants de la plaine, pendant les fréquentes incursions des brigands. Ces antres, qui se succèdent les uns aux autres et à très peu de distance sur les deux rives, sont vraiment curieux à voir.
    Le sol, pauvre en apparence, renferme de riches minerais dont l'exploitation amènerait le bien-être des habitants de la région. On a tenté quelques essais sur divers points, mais l'amour du lucre attira aussitôt les gens sans aveu, des meurtres furent commis, et les mandarins qui aiment la vie facile, sans complications, trouvèrent bien plus commode d'interdire les travaux que d'organiser une police sérieuse.

    ***

    Kouy-lin doit son importance, beaucoup moins à son commerce qu'à la présence de nombreux mandarins en exercice et au plus grand nombre encore de ceux qui y demeurent en attendant une charge.
    En Chine, toute charge se paie ; les places sont donc aux plus offrants, et certains lettrés peu fortunés doivent attendre plusieurs années avant d'en pouvoir acheter une. D'aucuns attendent toute leur vie.
    On compte que les habitants de Kouy-lin, originaires du Hou-nan, forment les deux tiers de la population ; ils sont querelleurs, grossiers et paresseux. Les musulmans chinois sont nombreux dans la ville ; ils descendent des musulmans chinois qui, sous la dynastie des Tang, (618-907) s'étaient tout d'abord établis à Canton et se répandaient ensuite dans quelques autres provinces. Parmi les mandarins, surtout parmi les mandarins militaires, on trouve souvent des musulmans.
    Le climat de Kouy-lin est extrême ; le froid y est rigoureux en hiver, la chaleur violente en été. De plus, la température est très variable dans la région ; que la pluie survienne, et il n'est pas rare de constater une différence de 90 à 100 entre deux jours successifs. Ces brusques changements et l'humidité qui succède aux pluies occasionnent de nombreuses maladies, entre autres les pestes.

    1904/87-93
    87-93
    Chine
    1904
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