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Kouang-Tong : Lettre du P. Grimaud

Kouang-Tong Lettre du P. Grimaud Missionnaire apostolique. Nos Annales ont enregistré, il y a deux mois, la mort du P. Grimaud, et il y a quelques semaines seulement, nous recevions de l'excellent missionnaire la lettre suivante, que nos lecteurs liront avec un intérêt doublé par le regret qui sattache aux espérances évanouies, par la sympathie qui va si rapidement aux nobles apôtres tombés au champ d'honneur, en plein travail de cette sainte moisson dâmes ardemment désirée et parfois payée si cher. La conversion de Kô-ming.
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    Kouang-Tong

    Lettre du P. Grimaud

    Missionnaire apostolique.

    Nos Annales ont enregistré, il y a deux mois, la mort du P. Grimaud, et il y a quelques semaines seulement, nous recevions de l'excellent missionnaire la lettre suivante, que nos lecteurs liront avec un intérêt doublé par le regret qui sattache aux espérances évanouies, par la sympathie qui va si rapidement aux nobles apôtres tombés au champ d'honneur, en plein travail de cette sainte moisson dâmes ardemment désirée et parfois payée si cher.

    La conversion de Kô-ming.

    Vous maviez demandé de vous faire connaître mon nouveau district ; j'ai hâte de répondre à vos désirs. Kô-ming est une sous-préfecture, située à 17 lieues à l'ouest de Canton. 11 y a huit mois, elle ne comptait pas un seul chrétien. Et le missionnaire qui aurait voulu s'aventurer dans le moindre de ses hameaux aurait fait ample moisson de malédictions et peut-être aussi de coups de matraque.
    Un fait tout humain disposa le village de Leun-tchoung à embrasser la foi. Dieu ne se sert-il pas de tous les moyens pour amener les païens à la connaissance de la vraie religion? Si la France est chrétienne, ne le doit-elle pas à la victoire de Clovis?
    Le mandarin de Kô-ming venait de mourir, et le prétoire avait été pillé de fond en comble.
    Arrive le nouveau mandarin, avec l'ordre du vice-roi de rechercher les voleurs et de leur faire rendre gorge. Ceux-ci avaient déjà fait voile vers Singapore; mais, en Chine, la procédure est simple.
    Le mandarin qui veut trouver les coupables n'est jamais embarrassé. Apprend-il qu'un village est riche? Il y vole avec ses sbires, s'installe dans la plus belle maison, donne ses ordres aux notables, et ne repart que lorsqu'il a touché la dernière piastre et réduit les habitants à la dernière misère,
    C'est ainsi que le nouveau mandarin de Kô-ming vint s'établir sans tambour ni trompette, dans le temple des Ancêtres du village de Leun-tchoung ; il avait cent cinquante soldats avec lui. Pendant deux mois, ces soldats firent main basse sur tout ce qu'ils trouvaient. Les notables, mis en demeure de livrer douze individus accusés à faux d'avoir pris part au pillage du mandarinat, jugèrent bon d'amadouer le sous-préfet en lui donnant la forte somme de 5,000 piastres. Ils s'étaient trompés; le mandarin ne décampait pas, désireux de recevoir davantage.
    De guerre lasse, les notables ayant entendu parler de la justice des Européens, partent pour Canton et se dirigent vers la cathédrale. Ils promettent à Mgr Chausse de se faire chrétiens, et de donner à la mission le temple des Ancêtres, si un missionnaire vient habiter chez eux.
    Faisant droit à leur demande, Monseigneur me remet ma feuille de route pour Kô-ming, le 30 juillet 1898. Les lettrés m'attendaient déjà. Je cours me prosterner devant le Saint-Sacrement, recommander mon nouveau district à saint Antoine de Padoue, le proclame patron de Kô-ming, et, sans plus attendre, malgré une pluie torrentielle, je descends en barque.
    En apprenant la prochaine arrivée dun missionnaire, le mandarin se hâte de partir.
    Le soir même, nous arrivions à Leun-tchoung. Ce village compte près de 1,500 habitants. Il est bâti en amphithéâtre, au pied d'une montagne, près de laquelle miroitent les eaux calmes dun immense étang. Un étroit sentier entre la montagne et létang donne seul accès au village.
    Tous les Chinois, grands et petits, étaient sur leur porte pour voir passer lEuropéen; pas un cri, pas une injure; mais des sourires et des murmures approbateurs. Nétais-je pas le libérateur impatiemment attendu?
    En quelques minutes, après la détonation des boîtes et des milliers de pétards, jétais installé à la place laissée vacante par le mandarin. Le soir même, plus de 200 Chinois écoutaient avec respect la parole de Dieu. Le diable n'était pas content.
    Pour se venger, le mandarin m'accuse auprès du vice-roi d'avoir acheté un temple des Ancêtres sans le prévenir ; ma réponse ne se fait pas attendre.
    Le vice-roi connaissant par ma dépêche toutes les forfaitures de ce tyranneau, lui conseilla-t-il le silence? Je lignore. Le fait est que le mandarin qui avait entre les mains un billet de 1.000 piastres, payables par les notables du village, n'osa pas réclamer cette somme. Bien plus, il me laissa en paix, au milieu de mes nouveaux catéchumènes, Enfin, il vient d'être changé.
    Tout était à faire. Je courus au plus pressé. Avec 500 piastres, je fis les réparations nécessaires pour me procurer une résidence à peu près convenable.
    La salle des Ancêtres, ayant quarante-deux pieds carrés, sans portes ni fenêtres, fut transformée en chapelle, et à la place même où trônait le diable, brille aujourd'hui la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi qu'une belle statue de Notre Dame de Lourdes, en attendant que mes moyens me permettent de me procurer celle de saint Antoine.
    Les lettrés se mirent à létude avec ardeur. Au bout de huit jours, ils pouvaient réciter les prières, et connaissaient déjà les principaux mystères de notre sainte religion.
    Je choisis deux catéchistes parmi les plus instruits. Actuellement, j'ai déjà de nombreux néophytes bien intruits, et le nombre des catéchumènes augmente sans cesse.
    Gloire à saint Antoine qui ma visiblement soutenu et protégé dans la fondation, toujours pénible, d'un nouveau district.
    Mais tout n'est pas fini ; j'ose espérer que ce grand protecteur de ceux qui n'ont rien ne m'abandonnera pas à mi-chemin.
    Protection de saint Antoine.
    Deux traits de sa protection vous feront mieux comprendre la confiance inébranlable que j'ai mise en lui.
    Un enfant unique était tombé malade, les médecins désespéraient de le sauver, ses parents, encore néophytes, se désolaient, et je craignais que la mort de leur enfant ne fût une cause d'apostasie. Je promis à saint Antoine une piastre pour les pauvres du village, si le petit garçon guérissait ; à peine avais-je fait mon aumône, que l'enfant, à la grande stupéfaction de tout le monde, était hors de danger. La grand'mère de cet enfant, âgée de 82 ans, et qui ne voulait point entendre parler de notre religion, tombe malade : ses fils déjà baptisés, la pressent de croire à Dieu, l'instruisent, je la baptise et elle meurt.
    Voici le second fait :
    Dernièrement, on devait semer le riz de la première récolte, A cause de la sécheresse, les rizières ne pouvaient être cultivées, et nous étions menacés de la famine. Les païens avaient tout tenté auprès de leurs poussahs; le ciel était d'airain. Jengage mes chrétiens à avoir une grande confiance en saint Antoine, nous commençons une neuvaine; les chrétiens promettent cinq piastres pour réparer lautel, et le dernier jour de la neuvaine, la pluie nous arrive en abondance.
    Il ne me reste plus qu'à vous demander de prier et de faire prier autour de vous le grand saint Antoine. Quil maccorde la grâce de convertir tous les païens de Kô-ming.
    1900/52-54
    52-54
    Chine
    1900
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