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Kouang Tong La léproserie de Sheklung

Kouang Tong La léproserie de Sheklung
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    Kouang Tong

    La léproserie de Sheklung

    Le pèlerin qui visite l'Exposition missionnaire à Rome ne manque pas d'être frappé par un groupe émouvant du pavillon médical. Sous les yeux de leur Père, le patriarche d'Assise, deux Soeurs franciscaines sont prosternées à genoux devant deux pauvres lépreux. L'un des deux va mourir et l'ange de Dieu à la blanche livrée lui montre le ciel, où l'informe et repoussante chrysalide va bientôt se trouver papillon brillant. L'autre tend ses membres dégouttant de pus et de sang, et l'héroïque religieuse les panse amoureusement. Ces deux soeurs et ces deux lépreux ne sont pas un mythe, et la scène se renouvelle quotidiennement au pays d'Extrême-Orient.
    Tout chrétien devrait savoir en effet qu'en ces pays existent des milliers et des milliers de pauvres malheureux, loques humaines au physique et au moral, de ces cadavres ambulants qui sont au ban de la famille et de la société ; qui sont mis parfois au rang des bêtes fauves; que comme celles-ci on fusille; qu'on brûle ; qu'on enterre vivants ou qu'on réduit à une ignoble mendicité, et à une non moins ignoble promiscuité.
    Ce sont ces parias de la vie que recueillent nos religieuses et nos missionnaires. Ce faisant, ils écrivent la plus belle page d'apologie de l'Eglise catholique, et montrent cette Eglise dans toute sa maternelle beauté aux dures populations païennes. « Vos malades ont un air humain que les nôtres n'ont pas », avouait le docteur d'une léproserie païenne au missionnaire, chef d'un lazaret chrétien.
    De ces asiles de la mort mais aussi de l'espérance, le plus remarquable au monde peut-être, ne serait-ce pas celui qui fut inauguré à Sheklung, près de Canton, en 1913. De cette date au 1er janvier 1925, il a hospitalisé 3.173 malheureux. En 1922, le chiffre maximum des hospitalisés fut de 1.020 ; actuellement il est de 750.
    Deux prêtres et quatre religieuses assurent la marche de l'oeuvre. Ils sont assistés d'une double équipe de Croix-Rouge. Formée des moins malades que la grâce a touchés davantage, cette équipe bénévole effectue les pansements, soigne les plus malades, ensevelit les morts.
    Au lazaret de Sheklung la piété est assurée avec un maximum de liberté. Et cependant pas un lépreux ne meurt sans le baptême. La prière perpétuelle de jour est en honneur dans les deux chapelles de l'asile. Les groupes se succèdent implorant la conversion de la Chine, et l'îlot lépreux de Sheklung se présente ainsi comme un autel où de pauvres malheureux résignés se consument pour le salut de leurs frères. L'Académie française honora l'oeuvre d'un de ses prix en 1920.
    Jusqu'en 1920 inclusivement, les deux léproseries purent assurer leur maigre subsistance grâce à l'indemnité mensuelle de 3 piastres par tête que, d'après un contrat avec la Mission, versait le Gouvernement de Canton. A effectif égal, le vingtième exactement du budget de la léproserie américaine de Molokai ! Par un vrai miracle l'asile de Sheklung se suffit cependant, jusqu'au jour où, aux prises avec la guerre civile, le bureau des finances espaça d'abord, et finalement cessa tout paiement.
    Le Supérieur actuel, le P. Deswazières, n'a pas osé, lui, renier la parole qu'il avait donnée à ses malades de rester jusqu'au bout leur protecteur et leur père. Il sait ce qui les attend s'ils venaient à quitter leur providentiel refuge, et c'est désormais entre eux et lui à la vie, à la mort.
    Dans sa détresse il fit appel au Saint-Père. L'appel ne fut pas vain. Et le 22 décembre 1924, au lendemain de l'ouverture de l'Exposition vaticane, à l'issue de l'audience donnée à Mgr de Guébriant, Sa Sainteté accordait aux pensionnaires de Sheklung 50.000 francs; elle les avait reçus de France le jour même. Providentielle coïncidence, beau geste du Pape et de la France, mais aussi, éloquente leçon. Quatre, cinq mois de vivres assurés, et d'ici là l'aurore de la paix se lèverait peut-être sur le malheureux Kouangtong...
    Cette heure, hélas ! N'a pas sonné encore, et le Supérieur de la léproserie nous écrit la lettre suivante pour crier au monde sa détresse :

    « Les épreuves sont venues fondre sur la léproserie les unes après les autres : la guerre civile, la suppression de l'allocation gouvernementale, l'incendie par la foudre du pavillon des fillettes, dans la nuit du 4 août 1923; l'inondation du 14 octobre qui détruisit un autre pavillon; et toujours la guerre civile.
    « Fallait-il donc désespérer? Pouvions-nous jeter à la rue ces malheureux chassés par la société, qui étaient venus à nous, confiants dans notre charité? Non, il était impossible de renvoyer les lépreux. C'eût été pour eux le signal de la mort.
    « Confiants en la divine Providence, nous avons décidé de maintenir l'oeuvre coûte que coûte, jusqu'à la limite de l'impossible.
    « Mais cette limite, à moins de secours que nous attendons des âmes généreuses, se fait tous les jours plus prochaine. Et nous sommes obligés de refuser les nouveaux malades qui se présentent à nous. Les morts ne sont plus remplacés et l'oeuvre menace de s'éteindre petit à petit. C'est pour nous un brisement de coeur inexprimable que d'être obligés de refuser asile à ces pauvres malheureux dont nous ne savons que trop le triste sort.
    « Dernièrement une pauvre femme d'une trentaine d'années, les pieds eu sang, les mains déchirées par l'horrible lèpre, venait implorer notre pitié et nous demander asile. Hélas! Nous ne pouvions le lui donner et finalement, après avoir compris que le manque de ressources était le seul obstacle à son admission, elle s'éloignait désespérée. Quelle ne fut pas notre douleur, en la trouvant le lendemain matin, morte au bord de l'eau : la pauvre femme, n'osant retourner parmi les siens, connaissant le sort affreux des lépreuses mendiantes, s'était empoisonnée !
    « Au nom de la charité du Christ, je vous tends la main pour nos pauvres enfants. Dieu vous en récompensera ».

    G. DESWAZIÈRES,
    Missionnaire apostolique, directeur de la Léproserie.

    Les aumônes peuvent être adressées au

    P. DESWAZIÈRES,
    Directeur,
    Léproserie de Sheklung
    viâ Canton (Chine).
    Ou :
    Au P. PROCUREUR DES MISSIONS ÉTRANGÈRES,
    128, rue du Bac, Paris (VIIe).

    1926/7-10
    7-10
    Chine
    1926
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