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Kouang-si une mission éprouvée

Kouang-si une mission éprouvée Lettre de Mgr Ducoeur Préfet apostolique.
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    Kouang-si une mission éprouvée

    Lettre de Mgr Ducoeur

    Préfet apostolique.

    La révolution chinoise met l'Eglise en face d'une situation nouvelle, et les besoins qui en résultent font naître pour une mission comme la nôtre des inquiétudes très vives. Nos pauvres oeuvres d'éducation et de charité sont si peu de choses que, pour avoir une influence sur la mentalité nouvelle, il nous faut les développer et les transformer. Et c'est au moment où nous avons le plus besoin de ressources, qu'une terrible inondation vient augmenter nos préoccupations, en semant la ruine dans plusieurs de nos districts.
    Le Kouang-si est traversé (je ne dis pas arrosé, c'est une idée de calme et de fraîcheur qui correspond trop peu à la réalité) par plusieurs rivières qui à peu près toutes ont parcouru déjà le Tonkin ou les provinces voisines et se réunissent pour former le Si-kiang ou le fleuve de l'Ouest. Au Kouang-si, ces rivières roulent leurs eaux à travers des collines arides et déboisées et tous les ans les premières grandes pluies que rien ne retient causent des ravages ici ou là.
    A la fin de juillet, un typhon, accompagné de pluies torrentielles dans les hautes régions du Tonkin et sur les frontières du Kouang-si, donna une telle quantité d'eau, que le Si-kiang se répandit dans les plaines, emportant les villages et détruisant les rizières. A Nanning le spectacle fut navrant : pendant huit jours on ne parla ni de Yuen Chi Kai, ni des Ko Ming Tang ; la première parole au réveil était pour demander de combien les eaux avaient monté pendant la nuit ; la journée s'écoulait sur les remparts à regarder passer des maisons et des arbres que les tourbillons faisaient danser.
    De temps en temps les sampaniers lançaient leurs petites barques à travers le courant à la rencontre d'une épave de choix. Les carcasses des maisons en bois les attiraient tout spécialement. Ils arrivaient en bande, s'accrochaient aux colonnes, grimpaient sur les poutres, et on voyait un instant toute la masse, secouée et tournoyante, sur le point de disparaître dans les remous du fleuve, puis l'équilibre rétabli le dépeçage de la pauvre carcasse commençait.
    Pendant huit jours, presque toute la ville fut sous l'eau ; continuellement on entendait le bruit des maisons qui s'écroulaient. A côté d'actes de courage, il y eut des scènes honteuses d'égoïsme et de lâcheté.
    Une maison allait être emportée ; les habitants réfugiés sur le toit appelaient au secours ; quelques sampaniers les entendent et arrivent.
    Combien nous donnez-vous pour vous prendre dans nos barques?
    6 piastres.
    Nous en voulons 8.
    Mais nous n'avons plus rien.
    A votre aise.
    Et ils s'en vont. D'autres ayant entendu se précipitent, mais trop tard. Avant qu'ils aient pu prendre les naufragés dans leurs barques, la maison s'écroulait. Férocité, égoïsme, oui ! Mais ne nous étonnons pas, la lumière d'En Haut n'a pas encore éclairé ces bas-fonds.
    La chrétienté de Nan-ning, une quinzaine de familles avec beaucoup d'enfants et peu de riz, habite le village que nous avions préparé pour les lépreux en dehors de la ville. Même aux fortes crues, il est rare que l'eau envahisse ce terrain ; cette fois-ci les maisons furent à peu près recouvertes. Voyant l'eau monter, les pauvres gens avaient fait des radeaux avec tout le bois qu'ils avaient pu trouver. Aussitôt que la chose fût possible, on les installa à la résidence, mais ils avaient dû rester sur leurs radeaux pendant deux jours, trempés de pluie et mourant de faim.
    Maintenant que l'on commence à évaluer l'étendue du désastre, nos Chinois sortent de leur fatalisme, et leur indifférence s'émeut.
    En regardant les greniers vides, les vieux bouddhistes se lamentent sur l'irréligion des temps présents : comment de tels malheurs n'arriveraient-ils pas quand on fait des écoles avec les temples des génies ! Dans bien des jeunes têtes, que le respect des dieux ne tourmente pas plus que l'amour du prochain, des plans s'élaborent pour les pillages futurs. Nos chrétiens eux se disent : c'est le Bon Dieu qui l'a permis, mais le Père est là et il ne nous laissera pas mourir de faim.
    Humainement parlant, ce désastre ne semble pas favorable à notre apostolat. Cependant Dieu l'a permis. La Providence veut-elle que cet événement serve à faire connaître cette pauvre mission du Kouang-si et lui mérite de précieuses sympathies ? C'est l'espoir de son évêque. C'est pourquoi il s'adresse à vous avec confiance, et, si toutes les places sont prises à la table de la Charité, vous ne lui refuserez pas les miettes qui en tombent.
    Dieu, par l'intercession de nos Martyrs, bénira tous ceux qui par leurs prières et leurs aumônes auront aidé au triomphe de l'Evangile.
    1914/36-37
    36-37
    Chine
    1914
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