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Kouang-Si : Pas encore la pacification !

Kouang-Si Pas encore la pacification ! LETTRE DE M. HUMBERT Missionnaire apostolique. Je pense que vous serez content de savoir ce qui s'est passé au point de vue politique, à Pé-sé ; je ne puis vous donner toutes les nouvelles de la province.
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    Kouang-Si

    Pas encore la pacification !

    LETTRE DE M. HUMBERT
    Missionnaire apostolique.

    Je pense que vous serez content de savoir ce qui s'est passé au point de vue politique, à Pé-sé ; je ne puis vous donner toutes les nouvelles de la province.
    Dans la nuit du 22 au 23 août, le préfet disparaît de son prétoire et va se réfugier à Tsi-tang, car les soldats cantonnais sont sur le point d'arriver à Pe-sé pour n'y rester que quelques jours. Le 1er septembre voici les soldats du Kouy-tcheou au nombre de 2.000. Hélas! Il ne devait guère en descendre à Nan-ning; plus de la moitié sont morts ici victimes du climat, j'en ai guéri une dizaine. Jusque-là pas d'événements bien saillants; c'est à partir de la fin d'octobre que la situation commence à se corser.
    Depuis le milieu d'octobre je savais que les soldats débandés de Lou-Yong-Ting, refoulés de la région de Long-tcheou, avaient l'intention de venir à Pé-sé. En ville on ne voulait pas le croire, lorsque le 27 octobre la Chambre de Commerce reçoit une lettre d'un chef militaire qui naguère était en garnison ici ; il annonçait que dans les premiers jours de novembre, il arriverait en ville avec 3.000 hommes, qu'il n'y avait rien à craindre : « Que le peuple se rassure ». A ce moment il croyait que les soldats du Kouy-tcheou étaient descendus vers Nan-ning; il apprit quelques jours après que la moitié seulement avait quitté Pé-sé ; le 1er novembre il écrit de nouveau à la Chambre de Commerce invitant le peuple et les commerçants à s'éloigner de la ville, car il a décidé d'attaquer les brigands — surnom qu'il donne aux soldats du Kouy-tcheou. Un grand nombre de personnes viennent se réfugier à la résidence.

    A cette nouvelle les soldats du Kouy-tcheou, en trop petit nombre pour résister, embarquent 300 fusils, des munitions et leur opium sur un moteur boat arrivé de Nan-ning et qui avait à bord 20 soldats cantonnais pour parer à tout événement; 200 soldats malades furent laissés à Pé-sé, le reste quitta la ville dans la nuit.
    Le moteur boat partit le 3 au matin. A 30 kilomètres de la ville, dans les environs de Fa-lou, il fut attaqué par les soldats débandés du Kouang-si. Voici comment la chose se
    passa : le commandant du moteur boat, arrivé à l'endroit indiqué plus haut, fut interpellé par les soldats du Kouang-si demandant si c'était un bateau marchand ou une canonnière? Pour toute réponse les soldats cantonnais qui se trouvaient à bord ouvrirent le feu; les soldats du Kouang-si ripostèrent à coup de mitrailleuses; nombreux furent les tués et les blessés. Les pilotes et les mécaniciens pris de peur firent stopper et abordèrent; aussitôt les soldats du Kouang-si montent à bord et ne font point de quartier soit aux soldats cantonnais, soit aux soldats du Kouy-tcheou qui tous sont passés par les armes; fusils, munitions, opium, argent monnayé furent pris ; les marchandises appartenant aux commerçants de la ville respectées, le moteur boat ramené à Pé-sé. Le 3 novembre les soldats du Kouang-si arrivèrent à Pé-sé. Le matin du 4 ils se livrèrent à des actes de sauvagerie, passèrent par les armes, puis jetèrent au fleuve les malades laissés en ville, ils restèrent à Pé-sé jusqu'au 10 janvier.
    Pendant ce temps, un grand nombre de brigands vinrent soi-disant faire leur soumission, mais en réalité ils espéraient que s'il y avait quelque combat avec les soldats cantonnais, ils pourraient profiter de l'occasion pour piller la ville.
    Entre temps, le chef militaire Ma Hiao Kuin en garnison à Pé-sé, envoyait à Hiong-Lo commandant des Cantonnais, télégramme sur télégramme, demandant à ce que les troupes cantonaises vinssent l'aider à se défendre. Dans la journée du 9 décembre, l'ennemi commandé par Lieou-I Fou réussit par trahison à se procurer la copie de deux télégrammes de Ma Hiao Kuin, et pour le mettre dans l'impossibilité de lui nuire, lit dès l'aube du 10 décembre cerner son prétoire et l'obligea à livrer ses armes. Ma Hiao Kuin ne voulut pas résister, car une bataille en pleine ville eût été un désastre pour le peuple; ce fut pour les soldats ennemis l'occasion de se livrer au pillage du prétoire du chef militaire, qui avec quelques gens de sa suite, parvint à s'échapper et à se réfugier à la résidence où il ne craignait plus Lieou.
    Après cet exploit, mus par d'autres motifs que des motifs d'ordre politique, les soldats vainqueurs se ruèrent sur le prétoire du sous-préfet, mirent tous les prisonniers et en liberté, déchirèrent et livrèrent au vent les archives et pillèrent ce qui leur convenait ; le sous-préfet réussit à se rendre chez le président de la Chambre de Commerce où il demeura quelques jours.
    Le gouverneur civil, immédiatement informé par télégramme, entra en pourparlers avec Lieou, posa quatre conditions qui ne furent pas acceptées. Alors les soldats cantonnais se préparèrent à attaquer.
    Après avoir livré ses armes Ma Hiào Kuin qui était venu se réfugier à la résidence, me quitta à 3 heures de l'après-midi et ne revint pas. Hiong Lo attaqua les Kouangsinais qui après une vague résistance se retirèrent dans les montagnes ou rebroussèrent chemin vers Pé-sé ; les Cantonnais pillèrent et brûlèrent les villages des environs.
    Les habitants de Pé-sé apprenant la reculade des Kouangsinais furent pris de panique, et le 8 janvier au matin au moment où j'ouvris les portes de la résidence, je me trouvai en présence d’une vingtaine de personnes avec bagages qui s'engouffrèrent chez moi. Déjà un grand nombre était venu les deux ou trois jours précédents ; à partir de 8 heures du matin jusque vers 2 ou 3 heures de l'après-midi, je fus débordé par tout ce monde. On fut obligé de faire des hangars dans la cour, derrière la maison du missionnaire, tout étant envahi, même les vérandas soit du rez-de-chaussée, soit de l'étage ; le bâtiment qui se trouve sur la rue était bondé ; les écuries, la cuisine, tout pleins; les femmes remplissaient les appartements et pendant quatre ou cinq jours la chapelle fut le dortoir des femmes chrétiennes et de leurs enfants. Ce jour même, 8 janvier, la Chambre de Commerce, voyant la tournure que prenaient les événements, alla prier Lieou de quitter la ville afin d'épargner au peuple les maux que pourrait entraîner un combat dans les rues. Ce dernier demanda une contribution de 30.000 piastres, s'engageant à partir aussitôt la remise de cette somme ; sinon il ne répondait de rien La Chambre de Commerce fit tous ses efforts pour trouver la somme qui fut payée le 8 janvier à 9 heures du soir.
    Je ne fus pas sauvé pour cela! Les pillards voulurent m'attaquer parce qu'on avait apporté chez moi tout ce qui pouvait avoir quelque valeur. Etant sorti dans la rue, je fus lapidé par deux soldats.
    Je rentrai au plus vite. Aussitôt de nombreux pillards arrivent, bien résolus à attaquer la résidence. Heureusement, Lieou prévenu accourt : il ne veut pas de pillage, pas d'attaque : « Les commerçants, s'écrie-il, nous ont versé 100.000 piastres depuis notre arrivée à Pé-sé, la résidence du prêtre étranger est pleine de marchandises leur appartenant ; il n'y faut pas toucher. Si vous persistez dans vos projets, je vous combattrai avec mes soldats ». Il finit par convaincre les pillards qui se retirèrent. Et tous les Kouangsinais partirent
    Le lendemain les membres de la Chambre de Commerce me demandèrent si je veux aller avec eux de l'autre côté du fleuve, pour recevoir les soldats cantonais. J'acceptai.
    Voilà ou nous en sommes : troubles, pillages, combats.
    Le nombre des brigands augmente. On n'ose plus sortir de la ville.
    Le P. Cuenot, rentrant à Kouy-lin, a été dévalisé deux fois sur un parcours de 5 lieues ; la première fois les bandits lui enlevèrent sa montre et son argent ; la seconde ils le dépouillèrent de tous ses vêtements et parlèrent même de le tuer. Enfin, ils le remirent en liberté et lui rendirent son pantalon. Oh ! Le doux pays que la Chine ; autrefois on le nommait le royaume des fleurs !... pas sans épines.

    1922/231-234
    231-234
    Chine
    1922
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