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Kouang-Si : Notice sur Kouy-Lin

Kouang-Si Notice sur Kouy-Lin PAR M. RENAULT Provicaire apostolique1 La ville de Kouy-lin, capitale de la province du Kouang-si, est le siège de l'administration sous la direction d'un gouverneur général, assisté d'un trésorier général et d'un grand juge criminel ; tous trois demeurent dans la même cité. Kouy-lin est située au 25° 13' de latitude nord et au 6° 13' de longitude ouest de Pékin. Elle s'étend en un circuit de 14 lis et 7 fen, (le li ou stade de 500 pas environ), soit 2 lis de l'est à l'ouest et 5 lis du nord au sud.
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    Kouang-Si

    Notice sur Kouy-Lin

    PAR M. RENAULT
    Provicaire apostolique1

    La ville de Kouy-lin, capitale de la province du Kouang-si, est le siège de l'administration sous la direction d'un gouverneur général, assisté d'un trésorier général et d'un grand juge criminel ; tous trois demeurent dans la même cité.
    Kouy-lin est située au 25° 13' de latitude nord et au 6° 13' de longitude ouest de Pékin. Elle s'étend en un circuit de 14 lis et 7 fen, (le li ou stade de 500 pas environ), soit 2 lis de l'est à l'ouest et 5 lis du nord au sud.
    Du côté est, elle est baignée par la rivière dite Kouy-ho selon les uns, Tan-kiang selon les autres et appelée aussi Fou-ho surtout près de son arrivée à Ou-tcheou, où elle se jette dans le Se-kiang.
    A l'ouest, la ville est entourée d'une autre rivière navigable seulement pour des radeaux de bambous: c'est le Yang-kiang, qui vient du sud-ouest de la sous-préfecture de Lim-tchouan hien, et qui va au sud de la capitale se déverser dans le Kouy-ho par deux branches, dont la séparation a lieu en dehors de la porte du sud.
    Le Kouy-ho, que l'on regarde comme ayant une commune source au mont Hay-yang au sud de Hin-gan hien2 avec le Siang-kiang, fleuve qui va traverser tout le Hou-nan avant de gagner le grand lac Tong-ting, le Kouy-ho, dis-je, n'existait pas jadis. Ce fut vers 214 avant Jésus-Christ que le fameux Tsin-che-houang-ty, de la dynastie des Tsin, voulant soumettre à sa domination les provinces du sud après avoir conquis celles du nord, députa Kien-lou-ou pour assurer les approvisionnements des nombreux soldats envoyés vers le midi, lui ordonnant de construire des canaux de communication. Alors furent commencés les travaux qui devaient, par un canal, mettre en communication le Siang-kiang, à partir de la ville de Hin-gan hien, avec la rivière qui vient du nord et du nord-est (le Yang-kiang) et se rend directement à la sous-préfecture de Lim-tchouan, ensuite à Kouy-lin. C'est la communication du Siang, par le moyen de ce canal à écluses primitives, avec l'autre rivière un peu au-dessus du gros entrepôt de Ta-yong-kiang, qui forme à proprement dire le Tan-kiang ou selon d'autres le Kouy-ho.

    1. M. Renault avait déjà publié quelques pages sur Kouy-lin, mais la présente notice est beaucoup plus développée.
    2. Hin-gan hien est à 60 kilomètres environ de Kouy-lin, soit 160 lis par eau et 135 par terre.

    Notons que le plateau de Hin-gan est très élevé et que, pour faciliter aux barques la montée et la descente, surtout du côté ouest vers Lim-tchouan et Kouy-lin, il a fallu faire des digues et des réservoirs s'ouvrant et se fermant suivant le besoin : de Hin-gan hien à Ta-yong-kiang, 5 à 6 lieues, on en compte, paraît-il, jusqu'à 36.
    On conçoit combien les communications sont peu faciles et lentes ; encore à l'époque des basses eaux n'y a-t-il pas à songer à faire circuler les barques ; ce n'est que lors des crues ou quand les eaux sont assez hautes que les deux rivières peuvent être mises en communication et seulement par des barques basses à cause des ponts et d'un faible tirant d'eau.

    ***

    On donne, comme je l'ai déjà dit, au Kouy-ho le nom de Tan-kiang, c'est-à-dire fleuve aux rapides, sans doute à cause des nombreux rapides (plus de 300) qui encombrent le fleuve de Kouy-lin à Ou-tcheou ou pour dire plus vrai jusque un peu au-dessous de Tchao-pin hien et qui entravent la navigation et la rendent très lente à la montée ; de plus, les grandes jonques, à l'époque des eaux basses, ont mille peines à remonter jusqu'à Kouy-lin ; elles emploient jusqu'à 25 et 30 jours, même plus, et encore en maints endroits faut-il opérer des transbordements ! Pourtant, par voie d'eau la distance de Kouy-lin à Ou-tcheou n'est que de 855 lis d'après les statistiques des postes et des douanes impériales, et 3 ou 4 jours suffisent à la descente lors des crues.

    ***

    Le Kouy-ho, en question, arrivé en face de la porte et du faubourg nord de Kouy-lin et tout à fait en face du Mou long tong, se divise vers l'est en deux branches, dont l'inférieure, le Siao-tong-kiang, après avoir fait un long circuit et être passé sous le pont dit Hoa-kiao, va rejoindre la branche principale au-delà du Tchouan-chan (montagne percée à jour) à 5 lis au sud-est de la ville ; le vaste îlot, habité et fertile, formé par le Siao-tong-kiang et le Kouy-ho proprement dit, s'appelle Tongtcheou, lequel est en communication avec la ville par un pont flottant de bateaux ; il s'y fait un grand commerce de riz et c'est un dépôt de bois venus du nord-est par radeaux, ce qui lui donne une grande activité. Comme il a été dit plus haut, un beau pont couvert traverse le Siao-kiang, il s'appelle pont fleuri.

    ***

    Quant aux autres faubourgs de la ville, celui de l'ouest s'étend à 5 lis, d'où son nom de Ou-le-kai. Celui du nord a moins d'importance. Les autres ne sont pas à dédaigner, c'est-à-dire celui du sud et celui du sud-est au-delà de la porte de la ville dite Ouen-tchang-men, séparé de la ville par un pont situé sur la branche principale du Yang-kiang, dont le confluent avec le Kouy-ho n'est qu'à quelques centaines de mètres, entre le monticule dit Tan-kiang, et surnommé mont au nez d'éléphant à cause de sa forme, et l'école normale.

    ***

    Kouy-lin est à 200 mètres d'altitude et sa distance de Pékin est estimée à plus de 2000 kilomètres, tandis que l'on compte en général 250 kilomètres jusqu'à Ou-tcheou, ville elle-même à 280 kilomètres de Canton. Il est bon d'observer que l'évaluation des distances varie selon les auteurs. Comme il a été mentionné ci-dessus, les notes des directeurs de la poste impériale indiquent 855 lis par voie d'eau et 785 par voie de terre de Kouy-lin à Ou-tcheou.
    L'enceinte de Kouy-lin actuelle (car elle a varié selon les temps), estimée à 14 lis 7, est percée de dix portes, dont, depuis nombre d'années, trois sont fermées. La construction de ces murailles en terre remonte à l'an 1050, mais ce ne fut qu'en 1356 qu'elles furent revêtues de pierres en prévision des incursions de rebelles connus sous le nom de Bonnet rouge et dirigées par un certain Lieou-fou-tong en faveur de Ouy-chan-tong qu'il voulait mettre sur le trône ; cette révolte qui avait commencé en 1350 menaçait de s'étendre jusqu'à Kouy-lin.
    Cette enceinte revêtue de pierres fut appelée ville intérieure ou nouvelle, tandis que celle plus petite et comprise dans l'intérieur s'appelait la ville ancienne.
    Ce n'était pourtant pas la ville avec ses dimensions telles qu'elles existent actuellement.
    Ce ne fut qu'en 1375 (8e année de Hong-ou, fondateur de la dynastie des Ming) que les remparts furent reculés du côté sud jusqu'à l'emplacement où nous les voyons actuellement. Pour cela, il a fallu combler une jetée existant du côté ouest et détourner le cours de la rivière dite Yang-kiang et le faire passer en dehors de la porte sud de cette ville nouvelle et définitive. On avait du reste besoin de terre pour construire et on en trouva suffisamment en creusant le lit assez large du Yang-kiang, dont actuellement la branche principale aboutit au Kouy-ho, au sud-est de la ville, près du mont au nez d'éléphant surmonté d'une tourelle. Cette branche, qui ne date que de cette époque de la fondation de la partie sud actuelle de la ville, et qui a été creusée à dessein pour entourer la cité, a supplanté la branche primitive qui s'en allait plus au sud-est, en passant sous un pont qui existe encore, et en longeant le mont du Faisan.

    ***

    La ville de Kouy-lin se déploie en longueur au milieu d'un cirque d'une lieue et demie de diamètre et se prolonge ensuite vers le nord, au travers d'une série de massifs madréporiques formant le plus singulier effet. Ces récifs isolés sont si multipliés qu'ils ferment tout l'horizon : tantôt droits, tantôt penchés, tous sont creusés de cavernes profondes que ne manquent pas de visiter avec admiration les étrangers de passage.
    Parmi les plus remarquables de ces cavernes, il y a à citer :
    1° Celle dite Leou-hia. C'est la plus grande et la plus jolie, où se rendent d'abord les touristes voyageant à Kouy-lin ; elle est située au pied du mont sept étoiles à 3 lis à l'est de la ville, à quelques pas en dehors du pont Hoa-kiao qui se trouve sur le Siao-tong-kiang.
    2° Vient en deuxième lieu la caverne des dents de la lune, puis celle de Longin, un peu au sud-est du pont ci-dessus nommé ; toutes trois sont flanquées de belles pagodes avec kiosques ou belvédères dominant toute la ville, où mandarins et gros bourgeois se donnent des rendez-vous, et des repas. Le site est des plus jolis.
    3° En remontant un peu plus au nord, on trouve sur les bords du Kouy-ho et adaptée aux remparts de la ville la caverne dite Mou long tong, qui n'est que la continuation finale de la montagne dite Fong-tong-chan, laquelle est tout entière dans l'intérieur de la cité.
    C'est en face de Mou long tong, que se fait sur la rive opposée la bifurcation du Kouy-ho par le Liao-tong-kiang.
    4° En redescendant un peu au sud, mais toujours sur le bord du Kouy-ho, près de la porte dite Koui-choui-men (ou vulgairement Fou-po-men), se trouvent plusieurs autres grottes faisant partie du mont Fou-po-chan et d'où la vue s'étend au loin sur le fleuve et les environs.

    ***

    Qu'il me soit permis une digression pour dire un mot de ce Fou-po, dont partout, au Kouang-si, on retrouve le culte avec des temples.
    Fou-po est le nom du fameux général qui pacifia l'Annam et assura la domination de la Chine sur ce pays en la 1re année de l'ère chrétienne. A vrai dire le nom de ce général est Ma-uen.
    Voici à quel propos il est si populaire dans le Kouang-si.
    L'Annam, que Tsin-che-hoang, de la dynastie des Tsing, avait en partie conquis et organisé en 9 provinces administrées par des mandarins chinois ou indigènes mais relevant de l'Empereur de Chine, cherchait l'occasion de s'affranchir de ce joug. Vers l'an 40 de Jésus-Christ, cette occasion se présenta, et ce fut une femme qui, pour venger la mort de son mari ; leva l'étendard de la rébellion. Cette femme nommée Tchen-tse (en annamite Trung-trac), secondée par sa soeur Tchen-eul, sembla d'abord réussir et se fit proclamer reine à la place des gouverneurs chinois.
    C'est alors qu'en la 19e année de Kien-ti, des Han (42 ans après Jésus-Christ) fut envoyé en Annam le premier guerrier de la Chine, Ma-uen surnommé Fou-po. Grâce à son habileté, tout rentra vite dans l'obéissance et la domination chinoise fut consolidée sur l'Annam ; aussi les peuples du sud et surtout ceux du Kouang-si, pleins d'admiration pour cet homme de guerre qui, dit-on, se noya dans un naufrage sur le Se-kiang, dès sa rentrée en Chine, lui vouèrent-ils un culte toujours existant. De là les nombreuses pagodes bâties en son honneur et que l'on rencontre sur les bords des fleuves du Kouang-si.

    ***

    Après cette digression, je poursuis l'énumération des grottes ou cavernes curieuses des environs de Kouy-lin.
    5° Nous trouvons au sud-est, à 5 lis, près du pont dit Tsiang-kiun-kiao et auprès duquel est la douane du sud, la caverne dite Pe-long-tong sur le bord d'une petite rivière venant de l'ouest au-delà de Ou-le-kai ; la montagne elle-même se nomme le Nan-ki-chan.
    Sur le versant opposé, au sud-ouest de cette montagne, que contourne la rivière, se trouve la caverne dite Lieou l'immortel, en souvenir d'un ermite du nom de Lieou, originaire de Lin-kouy hien, qui, du temps des Song, s'y était retiré pour y fixer sa demeure et dont on a fait un immortel.
    6° Un peu à l'ouest de la ville et à une distance de 2 lis environ, se trouve la caverne dite Lao-kiun-tong avec une belle pagode et force inscriptions sur pierre ; on y voit surgir une belle source d'eau vive, puis Lao-kiun sur un boeuf gigantesque en terre peinte en noir, avec la statue de chacun de ses disciples qui se tiennent à ses côtés.
    7° Dans la même direction ouest, mais un peu plus loin, se trouve Houy-long-tong.
    8° Dans la partie nord, à quelques centaines de mètres de la porte du nord et en tirant un peu vers l'ouest, se trouvent deux ou trois cavernes superposées avec le pavillon en l'honneur de la déesse Vénus.
    9° Enfin, en continuant le faubourg nord et un peu à l'est sur le bord du Kouy-ho qui forme là un îlot bien cultivé, se trouve Tchao-in-tong au bas du mont Yu-chan, où se trouve une pagode dominant toute la vallée.
    Telles sont les grottes les plus célèbres qui, avec leurs montagnes, ont un aspect très pittoresque ; les citer toutes serait impossible, presque chaque montagne a la sienne.

    ***

    Puisque j'ai parlé de montagne, je nomme ici les plus remarquables qui font comme une ceinture à la cité.
    C'est d'abord, au sud-est de la ville, au confluent de la branche principale du Yang-kiang avec le Kouy-ho, en face l'école normale située sur l'autre rive, c'est, dis-je, le Tan-chan sur nommé Mont au nez d'Eléphant, à cause de la forme de son prolongement.
    Pas très élevé, il est surmonté d'une petite tour ronde, et son pourtour, un peu incliné vers l'est, a au sommet environ 2 lis de circonférence ; au bas se trouve une grande échancrure où se mêlent les eaux de la rivière dite Yang-kiang à celles du Kouy-ho ; c'est le Choui-ue-tong.
    A la partie sud de ce mont, au bas, est une pagode de bonzesses ; puis à quelques pas, sur une vaste étendue, l'école militaire.
    Un peu plus au sud se trouve le Mont du Faisan, faisant face au Teou-ki-chan situé sur la rive opposée et sur le bord du Siao-tong-kiang. — Le Tche-chan, pas très élevé, se trouve à son tour sur la branche inférieure du Yang-kiang, non loin du pont en pierre sur lequel passe la grande route qui, sortant de la ville par la porte de la littérature, se dirige vers le sud.
    Cette rivière, qui baigne le Tche-chan, va un peu au sud se joindre à une autre venant d'au-delà du faubourg ouest de la ville et qui, après avoir contourné en partie le Nan-ki-chan et le Pe-long-tong, va se jeter dans le Kouy-ho presque en face de l'embouchure du Siao-tong-kiang.
    Si nous remontons au nord de la ville de Kouy-lin, nous trouvons une chaîne de montagnes dite Yao-chan, allant d'abord dans la direction nord-ouest puis sud-est et formant la séparation entre les deux sous-préfectures de Lin-kouy et de Limtchouan.
    Dans la partie nord-ouest de cette chaîne de montagnes, au sommet, se trouve un plateau avec quelques rivières dites Tien-tse-tien (données par le Ciel) et où l'on voit une ou deux pagodes.
    Du côté de l'ouest, en regardant la ville, se trouvent les tombeaux des père et mère de l'ex-fameux vice-roi de Canton (Tsen), qui étaient originaires de Sy-lin et qui avaient depuis des années fixé leur résidence à Kouy-lin. Des deux côtés, sont rangés des cavaliers en pierre et des animaux de toutes sortes, chevaux, éléphants, etc., faisant une cour d'honneur à ces ex-grands de la terre : là, repose le fameux Tsen-ieou-en, ex-vice-roi du Yun-nan et qui a joué un si triste rôle avec le chef des Drapeaux Noirs, au Tonkin, lors de la guerre franco-chinoise en 1884, etc. ; c'était le père de l'ex-vice-roi Tsen, de Canton. Un peu plus au nord, se trouve également le tombeau d'un ou de plusieurs des princes de Kouy, de la fin des Ming, ou du commencement de la dynastie actuelle.
    Au pied de cette chaîne de montagnes, mais vers le sud, environ à une lieue de la ville, sont à distance les uns des autres au moins quinze tombeaux des anciens princes de Tsin-kiang (dits Tsin-kiang-ouang), descendants de Hong-ou, le fondateur de la dynastie chinoise des Ming, et ancêtres des membres de la famille Tchou, encore actuellement nombreux à Kouy-lin. Tout ce qui reste de ces tombeaux, chevaux, éléphants, animaux en pierre de toutes espèces, statues de deux ou trois mètres de haut en pierre représentant des ministres en costumes de l'époque des Ming, le tout sur deux rangées avec des arcades et des portes voûtées, témoigne aussi bien que le Tien-tse-tien, dont il vient d'être question, de la munificence d'autrefois ; mais le temps fait son oeuvre de destruction et personne ne s'occupe d'entretenir ces souvenirs.

    ***

    Après cette énumération assez sèche, disons un mot des choses les plus remarquables de l'intérieur même de la ville.
    Les quartiers situés dans la partie sud sont en terrain plat, avec de belles rues larges et bien pavées ; c'est là qu'est le grand commerce.
    Dans la partie septentrionale, vous apercevez une pyramide rocheuse surmontée de plusieurs pagodons et qui domine la ville comme un belvédère : c'est le Tou-sieou-chan, nommé aussi Tse-kin-chan ; l'ascension se fait d'une manière assez abrupte par des escaliers taillés dans le roc et qui vont en serpentant ; plus de trois cents marches conduisent au sommet. Derrière, se trouve un étang et par devant vers le sud s'étend un vaste établissement couvert qui a eu ses jours de gloire sous la dynastie des Ming. Depuis, on l'a destiné aux concours littéraires des aspirants aux grades universitaires de licenciés ; c'est le Kong-uen, compris entre deux enceintes en pierre, dont la principale, dite ville impériale1, est percée de quatre portes.
    Depuis l'abolition, il y a 3 ou 4 ans, de ces concours littéraires, cet établissement délaissé et sans surveillance tombait en ruines. A l'heure où j'écris ces lignes, on démolit les nombreuses cellules dé la partie ouest servant jadis de demeure pour les candidats aux examens, et à leur place on construit une vaste école dite normale. Sic transit gloria mundi, c'est le cas de le dire...

    1. L'étendue de l'enceinte murée de la ville impériale est, du nord au sud, de 1520 pieds chinois et celle de l'est à l'ouest est de 651 pieds (le pied est de 0m 35).

    L'histoire de cette ville impériale ne manque pas de souvenirs. C'est là que résida d'abord, au pied et au sud du mont Tou-sieou-chan, le jeune prince To-hoan qui devait être le dernier empereur de la dynastie des Yuen sous le nom de Chouen-ti.
    Ce prince était un fils adoptif de l'empereur Ming-tsong qui ne fit qu'apparaître sur le trône. A l'âge de 30 ans, il fut tué par son propre frère qui se déclara empereur sous le nom de Ouentsong (1328-1331).
    Ayant tout à craindre de Ouen-tsong qui avait intérêt à le faire disparaître, To-hoan vint chercher un refuge à Tsingkiang (actuellement Kouy-lin) et fixa sa résidence au pied du Tou-sieou-chan, vers le sud. C'est là qu'à l'âge de 13 ans, sur l'ordre de l'impératrice, veuve de Ouen-tsong, il fut malgré bien des objections de la part du premier ministre, appelé au trône en remplacement de Ning-tsong, enfant de sept ans qui avait succédé à Ouen-tsong, mais qui ne régna qu'un mois. Le nouvel empereur régna 36 ans, après lequel temps il dut se retirer devant l'envahissement des armées tartares.
    Par son insouciance, son amour des plaisirs, sa vie de débauches, il perdit le trône et mourut à I-tchang fou où il avait dû chercher un refuge.
    Plus tard, Hong-ou (de son nom de famille Tchou-ouen-tchang) devenu chef de la nouvelle dynastie des Ming, songea à faire surveiller et gouverner le Kouang-si, pays frontière où éclataient sans cesse des rébellions et surtout en butte aux incursions des peuplades Yao ; il était du reste désireux de conférer des principautés à ses nombreux parents. Dans ce but, dès la 3e année de son règne (1370), il choisit et envoya un de ses parents en ligne collatérale à Tsing-kiang, avec le titre de Tsing-kiang-ouang ou prince de Tsing-kiang et auquel il confia la garde de tout le pays du sud ; c'était un nommé Tchou-cheou-kien, fils d'un certain Hin-long, prince de Nan-tchang et fils lui-même de la femme légitime de Ouen-tsong.
    Sa mauvaise conduite l'ayant fait rappeler à Pékin où il fut enfermé, il mourut en 1392 ; il eut son fils Tchou-tsan-i pour successeur et ainsi de suite jusque-là onze générations. Le dernier prince de Tsing-kiang fut un nommé Tchou-hen-kia qui, en la 2e année de Chouen-tchi (1645) de la dynastie actuelle des Tsing, se révolta en se proclamant empereur et fut pour ce crime, sur l'ordre de Tang-ouang prince du Fou-kien, enchaîné par Kiu-che-che dont il sera question plus loin et conduit pour être exécuté à Fou-tcheou ; avec lui finit la série des Tsing-kiangouang dont les tombeaux, se voient encore près de la chaîne de Yao-chan à une lieue au nord-est de Kouy-lin : il n'y eut plus dès lors que des princes de Kouy, car ce fut à cette époque que le nom de Kouy-lin fut substitué à celui de Tsing-kiang.

    ***

    Le palais qui avait servi de demeure au prince To-hoan s'appelait Ouan-cheou-tien ou palais des dix mille années ou de la longévité ; c'est là qu'habita d'abord Tchou-cheou-kien, prince de Tsing-kiang, mais alors, par ordre de l'empereur, le nom du palais fut changé en celui de Fan-ti.
    En la 26e année 1393, l'ordre fut donné de bâtir une ville dont fut déterminée officiellement l'étendue, à savoir Hoangtchen (ville impériale) actuelle dans laquelle était compris le Tou-sieou-chan. La ville, telle qu'on la voit encore, a 4 portes, qui ont eu des noms différents selon les époques, et les dimensions indiquées précédemment.
    Tel est en abrégé l'historique de ce Hoang-tchen que l'on voit à Kouy-lin et qui a ses souvenirs, même au point de vue religieux, s'il est vrai qu'à l'époque du dernier empereur éphémère des Ming, c'est-à-dire Yun li, les missionnaires admis à la cour célébraient les saints mystères dans le palais même et devant les princes et princesses.

    ***

    A noter ici : le palais renfermé dans cette enceinte ou ville impériale était, d'après certains historiens, d'une grande richesse de construction, ce qu'attestent d'ailleurs les débris que l'on en voit aujourd'hui. Il était entouré d'une autre enceinte qui subsiste encore avec un mur en briques très élevé.
    Du côté ouest, étaient à la suite les unes des autres cinq portes cintrées, préparées pour faciliter une évasion en cas d'attaque.
    De plus, d'après la tradition, du milieu même du palais partait un souterrain, dont l'orifice était fermé d'une grande dalle et qui allait aboutir, en dehors des remparts, au Kouy-ho, près du Mou long tong.
    Aux côtés du palais étaient de vastes demeures pour les officiers inférieurs ainsi que des pagodes.

    ***

    Une autre curiosité de l'intérieur de la ville et que ne manquent pas de visiter les étrangers de passage, c'est le Kouy-chan. Situé derrière et au nord-est de la ville impériale, et par conséquent du Tou-sieou-chan, c'est un des sites les plus pittoresques qui domine Kouy-lin. Jadis, à ses pieds, s'étendaient de vastes constructions servant de demeure à des membres de la famille ou descendants de Hong-ou, de la famille Tchou, venus à la suite des princes de Tsing-kiang. Actuellement, un long escalier en pierres conduit à de nombreux kiosques, puis à une belle pagode gardée par quelques bonzes. Là, se trouve l'autel dédié à Ting-nan-ouang. Deux héros y moururent : Hiu-che-che et Tchang-tong-tchang. Dans la cour d'entrée, après avoir franchi la première porte située en haut de l'escalier, se dresse une stèle qui leur est dédiée : elle est élevée à l'endroit de leur exécution.
    Sur le versant est sud, se trouve un kiosque ; le Se-ouangting. En s'enfonçant vers le nord, on passe sous la montagne percée à jour entre deux rangées d'idoles, passage dans lequel s'engouffre le vent d'où le nom de montagne donnant communication au vent.
    Après avoir franchi ce dédale, on se trouve sur une magnifique plate-forme ayant, du côté est, le kiosque dit Kingfong-ko. De cette plate-forme, la vue s'étend au loin vers le nord et l'est en dominant toute la région ; aussi ce site si beau, si enchanteur, est-il très recherché : c'est, surtout en été, un lieu de rendez-vous des mandarins et des bourgeois.
    Sur la même ligne que le Kouy-chan, mais à l'ouest, derrière le palais du Grand Juge, se trouve le Kong-ming-to jadis célèbre avec ses kiosques et ses pagodons. De là, la vue s'étend sur toute la ville et les campagnes environnantes.
    Enfin, pour en finir avec les montagnes célèbres de la ville ou adossées aux remparts, il nous reste à citer le Fou-po-chan, très élevé, sur le bord du fleuve du côté est et presque sur la même ligne que le Tou-sieou-chan. Une pagode dédiée à Ma-fou-po (Ma-uen) et d'autres pagodons en font un site magnifique.

    ***

    Terminons cette sèche nomenclature en citant une des curiosités des environs de Kouy-lin, une vaste propriété située à 4 lieues au sud-est, acquise par l'ex-vice-roi de Canton Tsen, et que l'on désigne sous le nom pompeux de jardin à fleurs de plaisance de Son Excellence Tsen.
    Située non loin du marché de Leang-fong-hiu, où se trouve un beau pont sur la rivière dite Siang-se laquelle met en communication aux hautes eaux, par une espèce de canal à barrages, le Kouy-ho avec la rivière de Y nin yen passant à Sou-kiao-se, cette propriété a été transformée en un jardin creusé de canaux surmontés de kiosques avec une vaste résidence pour Son Excellence. Les portes de cette somptueuse demeure s'ouvrent rarement, car Son Excellence Tsen, retiré de l'administration, a préféré fixer sa résidence dans un pays plus fortuné que le Kouang si.

    1911/185-196
    185-196
    Chine
    1911
    Aucune image