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Kouang-Si : La guerre civile

Kouang-Si La guerre civile Lettre du P. Humbert Missionnaire apostolique Koui-lin, du 27 mars au 10 avril.
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    Kouang-Si

    La guerre civile

    Lettre du P. Humbert
    Missionnaire apostolique

    Koui-lin, du 27 mars au 10 avril.

    Depuis le 21 février dernier on croyait que Cheng-Hong-Ing, définitivement battu, ne pourrait plus reprendre la campagne, et les partisans de Ly-Tsong-Jen avaient déjà quitté Koui-lin, ne laissant qu'un contingent de 1.500 hommes dans cette ville, pour faire face aux armées de Tang-Ki-Yao qui, déferlant du Yunnan, s'étaient emparé de Nan-ning, capitale provinciale, pendant que Ly-Tsong-Jen était occupé à chasser du Kouang-si Cheng-Hong-Ing et ses partisans. Ce dernier, au courant des embarras dans lesquels se trouvait son adversaire, tenta avec 2.000 à 3.000 aventuriers un suprême effort : à marches forcées, traversant les montagnes, évitant les grandes routes, son fils Cheng-Yong-Kouang, le 25 mars, arrivait à l'improviste au faubourg de l'est. Il aurait pu aussitôt pénétrer facilement en ville, mais il fallait auparavant que ses soldats se livrassent au pillage. A S heures du soir de ce jour, on entendait les premiers coups de fusils de ces soldats qui pillaient les maisons de jeux; aussitôt l'alerte est donnée en ville, les portes en sont fermées, puis dès le lendemain commençait la bataille qui dura un jour et demi.
    Le 26 mars, les troupes de Ly-Tsong-Jen tinrent en respect les partisans de Cheng-Hong-Ing, mais le lendemain, vers 10 heures du matin, débordés, ils commencèrent à fléchir et, abandonnant la ville, se retirèrent vers le sud ; c'est alors que les troupes de Cheng-Hong-Ing auxquelles ou avait promis, si elles parvenaient à entrer dans Koui-lin, de les laisser piller pendant 3 heures durant, pénétrèrent en ville et en livrèrent au pillage tous les quartiers. Avant l'entrée, le fils de Cheng-Hong-Ing avait assigné à chaque bataillon le quartier qu'il pourrait illustrer de ses exploits, ordonnant toutefois d'avoir à respecter les étrangers. Ce fut alors la ruée sur les boutiques ; ces forcenés, à coups de hache ou de crosse de fusil, faisaient voler en éclats les portes et devantures des magasins, puis, pénétrant à l'intérieur, s'emparaient d'abord de tout l'argent liquide, de toutes les marchandises à leur convenance. brisant à coups de pied, cassant à coups de crosse de fusil, déchirant à coups de couteau, tout ce qui n'avait pas le don de leur plaire. Les grandes boutiques à l'exception d'une dizaine furent pillées de fond en comble ; en différents endroits les soldats essayèrent mais en vain d'allumer des incendies, quelques personnes qui faisaient tous leurs efforts pour en éteindre les premières flammes furent tuées.
    Le soir même de cette journée tragique, toutes les boutiques qui avaient été pillées collèrent sur la porte de leur magasin une affiche où l'on pouvait lire en gros caractères : « Magasin complètement pillé », et en parcourant les rues de la ville, les regards, soit à droite soit à gauche, ne rencontraient que cette affiche.
    Le 29 mars heure de l'après-midi, Cheng-Hong-Ing lui-même faisait son entrée dans Koui-lin. Voyant qu'aucune autorité n'était allée à sa rencontre, n'apercevant aucun pavoisement dans les rues de la ville, de l'intérieur de sa chaise se penchant en avant, il cherchait quelque indice qui pût lui donner l'explication de l'attitude de la population à son égard, quand son regard tomba sur les affiches collées sur la porte des magasins. A peine arrivée au prétoire il voulut lui-même juger de la chose; c'est alors que montant à cheval, il parcourut les rues principales et qu'il aperçut les débris de portes et de devantures, et ainsi se rendit compte des exploits de ses soldats. Il ordonna aussitôt aux agents de police de prévenir les commerçants d'avoir à enlever ces affiches ; mais les deux tiers n'obéirent pas à l'injonction; alors perdant patience, il envoya le 31 mars une lettre à la chambre de commerce, posant quatre conditions : 1o obligation d'enlever les affiches que les propriétaires des boutiques pillées avaient placardées à leur porte; 2° ouverture de tous les magasins ; 3o versement par la ville d'une somme de 20.000 piastres, pour l'entretien de ses soldats; 4° obligation pour la ville d'acheter 50.000 livres de riz pour la nourriture de ses troupes, autrement, dit-il, \ il se désintéresse de tout ce qui peut arriver ». La somme exigée fut versée en entier ; pour le riz, une petite quantité seulement fut achetée, car on se doutait bien que Cheng-Hong-Ing et ses partisans ne pourraient rester bien longtemps à Koui-lin.

    ***

    Le règne de Cheng-Hong-Ing et de ses partisans dans cette ville, en effet, fut de courte durée, juste 15 jours. Les habitants de la ville trouvèrent que c'était trop, beaucoup trop long. Ils ne vivaient pour ainsi dire plus, tous se barricadaient chez eux; on se serait cru dans une ville déserte; tous sous l'empire de la crainte et de la terreur redoutaient à chaque instant que ces énergumènes n'enfonçassent les portes de leurs habitations pour se livrer à de nouveaux pillages.
    Bientôt arrivèrent, par deux routes différentes, 5.000 à 6.000 partisans de Ly-Tsong-Jen. Aussitôt Cheng-Hong-Ing quitta précipitamment Koui-lin dans la nuit du 9 au 10 avril.
    Les jours précédents, Cheng-Hong-Ing avait laissé entendre que, s'il était obligé de quitter Koui-lin, la ville ne resterait pas intacte, car lors de son entrée il avait trop perdu la face, d'abord parce que personne n'était allé à sa rencontre, ensuite parce que les commerçants qui avaient été pillés avaient apposé sur leur porte l'affiche dont j'ai parlé plus haut; mais on n'avait pas pris ces paroles au sérieux.
    Heureusement qu'après le départ des troupes, quelques hommes du peuple se rendirent à la pagode située à l'intérieur de la ville. Ils y trouvèrent 500 barils de poudre environ. Une demi-heure plus tard, un bâtonnet d'encens touchant à sa fin allait mettre le feu. — Que serait-il resté de la ville de Koui-lin ?
    Quel est l'auteur de ce crime ? Evidemment on n'a aucune preuve de la culpabilité de tel ou tel individu, mais un nom est dans toutes les bouches.

    ***

    Un premier danger venait d'être écarté, un autre était à craindre : le retour de quelques soldats de Cheng-Hong-Ing, qui, se séparant du gros de l'armée, seraient rentrés en ville pour la livrer de nouveau au pillage. Il s'agissait donc d'assurer la sécurité de Koui-lin pour la nuit suivante. Certaines dispositions furent prises aussitôt : d'abord les portes de la ville furent fermées et des patrouilles en parcouraient sans cesse les rues; pour la nuit chaque famille devait fournir un veilleur. Grâce à ces dispositions on évita un autre malheur, car vers 11 heures du soir, certains individus, au moyen de fusées, essayèrent dans 7 ou 8 endroits de mettre le feu. Immédiatement appréhendés par les veilleurs de nuit, pressés de questions, ils avouèrent que le mot d'ordre venait de Cheng-Hong-Ing, qu'ils étaient au nombre de vingt, et que, s'ils avaient réussi dans leur sinistre besogne, ils auraient pu à leur gré non seulement se livrer au pillage, mais auraient reçu une récompense de Cheng-Hong-Ing.
    Dans un même jour la ville de Koui-lin échappait donc à deux malheurs. Remercions la divine Providence de nous avoir protégés d'une façon si efficace.
    Le 12 avril, à 10 heures du matin, les troupes de Ly-Tsong-Jen firent leur entrée dans Koui-lin qui depuis lors a repris sa vie ordinaire.

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    1925/186-188
    186-188
    Chine
    1925
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