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Kouan-In la toute belle

KOUAN-IN LA TOUTE BELLE Il y avait une fois, il y a de cela bien longtemps, un roi qui avait trois filles : Miao-in, Miao-chou, Miao-mei. De bonne heure, le prince avait marié les deux aînées ; quant à la plus jeune, Miao-mei, « la toute belle », elle prétendit vouloir rester vierge. Enfermée au fond du gynécée royal, elle ne voyait personne ; mais, dit le poète : Les beautés que le ciel a créées Bien difficilement échappent aux regards des hommes.
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    KOUAN-IN
    LA TOUTE BELLE

    Il y avait une fois, il y a de cela bien longtemps, un roi qui avait trois filles : Miao-in, Miao-chou, Miao-mei. De bonne heure, le prince avait marié les deux aînées ; quant à la plus jeune, Miao-mei, « la toute belle », elle prétendit vouloir rester vierge. Enfermée au fond du gynécée royal, elle ne voyait personne ; mais, dit le poète :

    Les beautés que le ciel a créées
    Bien difficilement échappent aux regards des hommes.

    De tous côtés se présentèrent donc bientôt des soupirants pour demander la main de «Toute Belle ». Le roi la fiança à un prince de ses amis. A cette nouvelle, Miao-mei pleura, supplia. Les gémissements de la malheureuse déchiraient le coeur des serviteurs du palais ; mais le père restait insensible, inexorable. Désespérée, la jeune fille s'enfuit un soir, avec la complicité, d'un domestique, du palais paternel. Elle marcha toute la nuit, puis le jour suivant, puis encore une nuit, et elle s'en vint frapper à la porte d'un monastère de bonzes et de bonzesses, où on la reçut à bras ouverts.
    Quand le prince s'aperçut de la fugue, le lendemain matin, ce fut un beau tapage au palais royal. Plein de douleur et de rage, il mit ambassadeurs et espions en campagne pour retrouver la fugitive ; aussi, après de longues recherches, finit-on par découvrir le lieu de sa retraite. Le monarque, dévoré de honte et brûlant de vengeance, envoya une armée cerner le monastère : il saisit sa fille, passa bonzes et bonzesses au fil de l'épée, brûla le monastère et étrangla « Toute Belle » dont il fit jeter le cadavre dans la montagne pour qu'il y soit dévoré par les bêtes féroces. Tant est grande la douleur d'un père qu'aveuglent d'injustes soupçons !
    A son arrivée aux enfers, Miao-mei y vit une multitude d'hommes et de femmes à tête bestiale, qui criaient, hurlaient, gesticulaient et se déchiraient à qui mieux mieux. D'horribles animaux erraient en ces lieux et tourmentaient les damnés. Pluton, roi des enfers, de ses yeux qui lançaient des éclairs, foudroyait les malheureux. En pénétrant dans cet antre maudit, Miao-mei, pétrifiée d'horreur, poussa un grand cri : « O mi to fou ! Amida Bouddha ! » Au même instant, les affreuses bêtes s'enfuirent en hurlant, et les réprouvés tombèrent en poussière ; le roi des enfers, l'air consterné et se tournant vers la nouvelle arrivée : « Malheureuse, lui dit-il, que venez-vous faire chez nous ? Votre place n'est pas ici. Avec vos invocations, vous allez mettre tout en désordre. Retournez vite sur la terre ». Et c'est ainsi que l'innocente princesse revint à la vie. Elle était morte « Miao-mei », elle renaquit « Kouan-in » ; et dans cette merveilleuse transformation elle avait acquis un pouvoir spécial sur les démons et les maladies. Tout d'abord elle guérit son père atteint d'un mal incurable. Elle guérit encore une infinité de gens, et jusqu'à aujourd'hui elle n'a pas cessé de faire des miracles...
    Si vous ne voulez pas me croire, suivez un instant ces trois vieilles femmes qui, un chapelet bouddhique au cou, reviennent d'accomplir leurs dévotions à Bouddha, et s'en vont maintenant faire une visite à Kouan-in.
    Devant la statue de pierre brûlent quelques lampes. Les vieilles allument des cierges, font un brin de causette, joignent les mains, les élèvent à la hauteur des yeux, puis les rabaissent trois fois, cela pour saluer la déesse. Elles commencent ensuite leurs invocations... On dit que certaines prières à Kouan-in sont fort belles ; je ne les connais pas. Quant à comprendre ce que marmottent nos trois vieilles, il n'y faut pas songer. D'ailleurs elles ont dû perdre le fil de leurs litanies, ou bien elles tournent la page, car elles s'arrêtent, semblant se concerter entre elles. Peut-être est-ce nous qui les troublons ! Il y a des gens timides qui n'aiment pas qu'on les observe quand ils font leurs dévotions. En partant, nous remarquons non loin d'elles une jeune mère son bébé à califourchon sur le dos, le visage illuminé d'un sourire : elle vient remercier Kouan-in d'un miracle fait en sa faveur en lui accordant un enfant.
    Et voilà dépeinte la déesse qui passe, en Chine, pour remplir un rôle semblable à celui de la Sainte Vierge dans le catholicisme!

    Pierre GRASLAND,
    Missionnaire de Suifu (Chine).

    1941/14-15
    14-15
    Chine
    1941
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