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Jeunesse Birmane

Jeunesse Birmane Taille moyenne, bien prise, teint brun olivâtre, pommettes saillantes, yeux noirs en amandes, nez court et épaté qui lui rend la face plate, lèvres fortes, longs cheveux d'ébène, barbe clairsemée : voilà le Birman. Vaniteux, fier, bouffi d'orgueil, toujours prêt à faire la roue et à déployer son beau plumage, comme le paon, emblème national : tel est le jeune homme.
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    Jeunesse Birmane

    Taille moyenne, bien prise, teint brun olivâtre, pommettes saillantes, yeux noirs en amandes, nez court et épaté qui lui rend la face plate, lèvres fortes, longs cheveux d'ébène, barbe clairsemée : voilà le Birman. Vaniteux, fier, bouffi d'orgueil, toujours prêt à faire la roue et à déployer son beau plumage, comme le paon, emblème national : tel est le jeune homme.
    Coquette, précieuse, dissimulée : voilà la jeune fille. Celle de la ville passe des heures entières devant un miroir à faire toilette, se farder, se parfumer, se teindre les cils et s'admirer. Bien que moins favorisée, sa soeur de la campagne n'ira cependant pas aux champs sans sa petite fleur au coin de l'oreille et sur le visage une forte couche de « tanaka » pour empêcher les rayons d'un soleil tropical de la bronzer davantage. La Birmane est une petite personne gracieuse dans ses moindres mouvements, pétillante de vie, mais toujours digne, voire quelque peu majestueuse.
    Très simple, mais élégant, le costume des Birmans les habille à ravir. Le « passo » des hommes, le « lungyi » des femmes en soie rouge tendre, rose, bleu clair, orangé, vert, sont d'un effet merveilleux. Le petit veston blanc porté par les deux sexes ajoute une note de plus à la gamme de toutes ces nuances. Une bande de soie, mouchetée de brillants dessins, enroule l'épaisse et longue chevelure que les jeunes gens nouent en chignon légèrement incliné sur le côté. Les femmes jettent négligemment sur leurs épaules une longue écharpe de couleur en soie légère, que leur démarche dodelinante balance gracieusement. Elles vont nu-tête, leurs cheveux noirs de jais artistiquement roulés en forme de diadème et parés de bouquets de jasmin et autres fleurs.
    Hommes et femmes prennent grand soin de leur chevelure. Une fois la semaine, sinon plus souvent, ils la nettoient avec une décoction de feuilles de tamarin ou de gousses de savonnier et l'oignent d'huile de coco. L'odeur qui s'en dégage n'est pas des plus agréables, mais cet onguent donne aux cheveux un lustre et une force remarquables. On voit des chevelures qui descendent jusqu'aux talons et qui gardent jusqu'à l'extrême vieillesse leur belle couleur noire.
    Au retour d'une promenade ou d'un pèlerinage à une pagode, la jeune fille orne sa tête d'une couronne de verdure ou de jeunes pousses d'arbustes piquées aux côtés de l'oreille. Un joli parasol lui sert de parure plutôt que d'abri contre le soleil. Aux jours de fête joignez-y bijoux, colliers, bracelets, babouches brodées : il faudrait comme palette l'aile d'un papillon pour la peindre avec toutes ses couleurs. La demoiselle birmane porte ses mignonnes et élégantes sandales d'une façon toute spéciale. C'est le petit doigt du pied qui, sortant de la, minuscule chaussure, la maintient en place. Si la rapidité de la marche y perd, l'élégance de la démarche y gagne, ses pas mesurés lui imprimant un charmant mouvement des épaules et un rythmique balancement des bras.

    Il faut enfin dire un mot du tatouage, qui est, pour le jeune Birman, le signe de la virilité. On ne trouve que peu de Birmans qui ne soient pas tatoués. Celui de la jungle l'est toujours complètement, c'est-à-dire de la ceinture aux genoux. Sans son tatouage le Birman passerait pour une femme lette, et c'est la crainte des quolibets du beau sexe qui l'aide à supporter stoïquement le supplice de l'opération ; car c'est un vrai supplice et il faut souvent recourir à l'opium pour le calmer. Quelques-uns même, en proie à la fièvre sous les cruelles piqûres de la grosse aiguille, s'avouent vaincus et congédient « l'artiste en encre » ; mais quelle honte pour eux !
    Ce tatouage consiste en de multiples dessins bleu foncé, représentant toutes sortes d'animaux domestiques ou légendaires, encadrés d'ornements pris dans les cartons du tatoueur et choisis par l'intéressé lui-même.
    La jeune Birmane, elle, ne se fait pas tatouer. Les petits points rouges que parfois l'on aperçoit sur sa figure, entre les yeux, sur les lèvres, sont des charmes supposés qu'use pauvre délaissée, sur le point de coiffer sainte Catherine, a fait graver pour tenter une dernière chance...

    ***

    Le Birman n'est qu'un « petit animal » tant qu'il n'a pas revêtu la robe jaune des bonzes. Il lui faut donc, un jour ou l'autre, quitter le monde ou se faire moine, ne fût-ce que pour quelques jours. Il devient alors un « croyant » et alors seulement il peut acquérir des mérites. Il change son nom séculier et reçoit un nom honorifique signifiant que désormais il peut se libérer de ses passions et de la souffrance.
    L'entrée au monastère est l'événement le plus important dans la vie d'un Birman, puisque sous la robe jaune seulement il peut remplir la Loi. Le moment le plus ordinaire pour la grande cérémonie de vêture (shinpyu) est le commencement du carême (wa) bouddhique, qui va du 15 juillet au 15 octobre. Le postulant devrait avoir 15 ans, mais actuellement ce rite s'accomplit bien plus tôt. Des fêtes longuement préparées ont lieu à cette occasion, durant plu s'eurs jours. Bonzes et invités sont grassement nourris ; pièces de théâtre, danses, musique, amusements de toutes sortes se succèdent jour et nuit.
    Le grand jour arrive enfin. Le novice est le héros de la fête. Vêtu de riches habits de soie, achetés ou empruntés pour la circonstance, à cheval ou en voiture, quelquefois même en palanquin, les blanches ombrelles frangées d'or dont seuls les rois avaient le droit de se servir, déployées au-dessus sa tête et portées par des parents en costume de l'ancienne Cour royale, l'enfant, aux sons d'une musique assourdissante, accompagné d'une foule immense, est, par le plus long chemin, triomphalement conduit à la porte du monastère.
    Assis sous un grand dais, le doyen du temple le reçoit, entouré d'autres bonzes qui, pour ne pas laisser leurs regards errer sur les charmes féminins, tiennent tous devant les yeux des éventails en forme de lotus. La nombreuse assistance leur fait les trois prostrations prescrites par la politesse traditionnelle, et la cérémonie commence. Le novice se dévêt de ses riches habits et se passe, en signe de deuil, une bande d'étoffe blanche autour des reins. On lui coupe les cheveux, on lui. rase la tète, on la lave, on la frotte de safran, ce pendant que les parents ont préparé la robe jaune (thingan), la ceinture, le grand bol dont il se servira pour mendier, tous les matins, sa nourriture de porte en porte. Alors l'enfant s'avance, fait les trois prostrations, lève ses mains jointes en signe de révérence, et, en langue palie, dans une formule apprise par coeur, il demande au supérieur du monastère de l'admettre comme novice dans sa sainte communauté, afin de marcher plus sûrement dans le chemin de la perfection et d'arriver un jour au Nirvâna. Le bonze lui remet ses habits de novice, on l'habille, et le voilà moinillon... pour aussi longtemps que le coeur lui en dira. D'aucuns ne portent ces vêtements que 24 heures, d'autres 15 jours, un mois, deux mois. Certains bouddhistes exigent de leurs enfants un stage d'un carême complet, soit 3 mois. Ceux qui passent trois carêmes au monastère, l'un pour leur père, le second pour leur mère, le dernier pour eux-mêmes, sont considérés comme des parangons de la piété filiale.
    Comme son frère, dont nous venons de décrire l'entrée au monastère, la jeune Birmane a aussi son jour de gloire, mais d'un caractère différent. Avant d'avoir le droit de tendre à la perfection, elle doit, par une suite de réincarnations, acquérir d'abord la dignité d'homme. Dans mille ans peut-être elle aura ce suprême honneur. En attendant, le monde veut bien une fois lui sourire : c'est le jour du percement des oreilles. La cérémonie a lieu à 12 ou 13 ans. Comme toutes les autres solennités civiles ou religieuses, c'est le devin qui en fixe le jour et l'heure favorables. Les invitations lancées ont été acceptées avec empressement : n'y a-t-il pas en perspective une pièce de théâtre et un plantureux repas ? Le jour venu, le murmure de la foule, le bruit de la musique, s'apaisent soudain : le devin vient de lever le petit doigt et de déclarer l'instant propice. L'opérateur s'approche de la jeune fille, ajuste ses lunettes, relève les manches de son veston blanc et, solennel, passe l'aiguille à travers le lobe de l'oreille, soit en se servant d'un bouchon comme en Europe, soit en la faisant glisser entre ses doigts. Une musique d'exorcisme étouffe au moment psychologique les cris de la demoiselle, que les femmes entourent et soutiennent. L'oreille est percée. De temps à autre on tournera et retournera la première aiguille laissée dans le trou, en y ajoutant chaque fois, pour l'élargir une minuscule tige d'or, d'argent, de rotin, ou un bout d'allumette, si l'on est pauvre. A la longue une ouverture assez large se fait et reçoit sans peine les « nagas », gros tubes d'or enrichis de pierres précieuses, ornement le plus prisé de toute élégante birman.
    A partir de ce jour commence pour elle une vie nouvelle. Adieu les jeux de fillette, adieu la simplicité de l'enfance. Désormais elle n'ira plus seule, sa mère ou une compagne la suivra partout ; elle marchera à pas mesurés, se serrera la taille, soignera davantage sa toilette, usera de poudre de riz et d'eaux de senteur. Elle cherchera à plaire, à attirer les regards : elle est devenue une jeune fille.
    Tous, garçons et filles, mettent en pratique dès lors l'antique dicton birman : « Aux jeunes le plaisir, aux hommes mûrs les affaires, aux vieillards la dévotion ».

    (Aux rives de l'Irrawaddy). A. DARNE.
    Missionnaire de Mandalay.
    1935/263-267
    263-267
    Birmanie
    1935
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