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Jésus est venu au devant de Tsutomu

Jésus est venu au devant de Tsutomu Quand je fis sa connaissance, quel âge pouvait-il avoir ? 4 ou 5 ans. Un petit bonhomme tout rond, des yeux doux et calmes regardant fixement la barbe de l'étranger, mais pas intimidé, car le petit Tsutomu avait trouvé la foi au berceau, aussi l'habit noir et la barbe du Père ne lui faisaient pas peur. Père, désormais nous habitons la paroisse et, pour le petit, « dôzô, yoroshiku...».
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    Jésus est venu au devant de Tsutomu

    Quand je fis sa connaissance, quel âge pouvait-il avoir ? 4 ou 5 ans. Un petit bonhomme tout rond, des yeux doux et calmes regardant fixement la barbe de l'étranger, mais pas intimidé, car le petit Tsutomu avait trouvé la foi au berceau, aussi l'habit noir et la barbe du Père ne lui faisaient pas peur.
    Père, désormais nous habitons la paroisse et, pour le petit, « dôzô, yoroshiku...».
    Ce « yoroshiku », un japonisme aux multiples nuances, signifiait présentement : «Père, nous vous confions l'éducation religieuse du petit, la formation de son caractère, de sa conscience ». Et, la tête aux genoux, toute la famille s'inclinait : « Père, yoroshiku ».
    Et Tsutomu fut affecté tout de suite à la division des petits dans le catéchisme du dimanche après la grand'messe. Pittoresque, ce catéchisme des tout petits, où l'on s'entassait sur des bancs trop peu nombreux. L'installation demandait quelques minutes : les amis avec les amis, les petits en avant, les grands en arrière, les mamans debout là-bas, tenant le chapeau de leur enfant et désireuses, elles aussi, d'entendre. Car le catéchisme était loin d'être banal : quelque chose ressemblant à l'Evangile des paraboles, mais des paraboles habillées en «kimono », et en « kimono » des tout-petits, par une modeste Soeur de Saint-Paul de Chartres, une Japonaise amie de Dieu et des enfants.
    Il y était question d'aéroplanes, de fleurs, d'animaux à imiter ou à ne pas imiter, de papa, de maman, de bicyclettes, de poupées, etc. Je sais des missionnaires qui venaient écouter derrière les portes et me disaient : « Quand nous étions petits, personne ne nous a jamais parlé comme cela ! ».
    Quand Sa Majesté l'Impératrice va passer dans le quartier, que fait-on ?
    On nettoie la rue, les maisons, les devantures.
    Et puis ?
    Et puis on met des guirlandes, des lanternes de fête.
    Et quand Jésus vient dans notre coeur, que faut-il faire ?
    Balayer, nettoyer, épousseter.
    Et puis ?
    Et puis mettre des fleurs, des ornements de fêté.
    Et ici l'énumération des fleurs qu'aime Jésus : les lis tout blancs, qui signifient l'innocence, la pureté ; les violettes, ces toutes petites fleurs, qu'on ne voit pas, mais qu'on devine à leur parfum et qui sont l'image des âmes humbles ; les roses, les roses des petits sacrifices. Mais ce sont surtout les lis. Oh ! Les lis, quand Jésus en trouve, il les aime tant qu'il reste là.
    Et la Sainte Vierge ! Voyons, les garçons, quand vous avez envie d'une bicyclette (on sait qu'au Japon, elles sont d'un prix minime), que faites-vous ? Qui allez-vous trouver, papa ou maman ?
    Maman.
    Et pourquoi ?
    Parce qu'elle sait mieux que nous demander et qu'il y a ainsi plus de chances de l'obtenir.
    Et l'explication de l'intercession maternelle de Marie suivait exquise de naturel et de poésie.
    Et le petit Tsutomu buvait les paroles de la bonne catéchiste. Malgré ses 6 ans il comprenait tout, et il en était fier. Maman, je comprends très bien, disait-il tout heureux, je comprends tout ». Et un beau jour il déclara : « Maman, quand je serai grand, je veux être prêtre, comme le Père ». Prêtre ! A six ans !...
    Les mois passaient et le futur prêtre grandissait. Il habitait alors la paroisse voisine, où s'occupait de lui un prêtre japonais, sans barbe celui-là, mais lui aussi ami des tout-petits, malgré son doctorat en médecine. Un jour, l'enfant dit à sa mère : « Maman, je voudrais bien recevoir Jésus ! ». La maman transmit la demande ; l'examen qui suivit fut satisfaisant, et il fut décidé que Tsutomu communierait à Noël, trois mois plus tard : il fallait se préparer, faire des efforts, cueillir chaque jour lis, roses et violettes.
    Or, un soir, le petit se sentit mal tout d'un coup, sans raison apparente. Son vieux grand-père médecin et le Père curé, docteur lui aussi, comprirent tout de suite : dans quelques heures Tsutomu ne serait plus. Désolés, grand-père et maman se prodiguaient auprès du petit, qui doucement se plaignait : « Oh ! J'ai mal, j'ai mal, je souffre ! Mais « gaman suru » (je prends patience). Maman, prie, prie avec moi, prie pour moi ; tout seul je ne peux plus ». Et les « Notre Père » succédaient aux « Je vous salue, Marie », entrecoupés de : « Oh ! Je souffre, mais je prends patience. Maman, prie ! ».
    Et le P. Totsuka disait : Vois-tu, mon petit Tsutomu, le petit Jésus voulait venir dans ton coeur à Noël ; mais je pense qu'Il va venir auparavant te chercher pour t'emmener au ciel : veux-tu t'en aller avec Lui ? ».
    Oh ! Oui.
    Alors, comme tu as été bien sage, que tu as bien appris ton catéchisme, je vais t'apporter Jésus aujourd'hui même, mais avant tout nous allons faire ensemble l'époussetage de ton coeur.
    Ainsi fut fait, la tâche était facile, et Tsutomu rayonnant de joie et de paix, communia ; puis, peu après, de nouveau : « Oh ! Je souffre, je souffre, mais je prends patience! ».
    Et ainsi il passa de ce monde au séjour des bienheureux.
    Lorsque, deux jours après, nous l'enterrâmes, avant de clore son petit cercueil que des mains amies avaient rempli de beaux lis blancs, nous cueillîmes ceux qui touchaient le visage du petit défunt. Et le P. Totsuka, durant la cérémonie, prononça une allocution émue, qu'il conclut ainsi : Tsutomu devait, selon nos plans humains, aller au devant de Jésus pour Noël ; sans vouloir attendre cette date, Jésus impatient est venu au devant de Tsutomu ».

    J. LARRIEU,
    Missionnaire de Tôkyô.

    1936/255-257
    255-257
    Japon
    1936
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