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Incidents de la vie apostolique

Incidents de la vie apostolique
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    Incidents de la vie apostolique

    Il y a quelque temps, je traversais à gué une rivière peu profonde sur le bord, portant ma bicyclette sur le dos. Tout à coup je perds pied et suis emporté par le courant. Je saisis d'une main le guidon de la bicyclette et de l'autre j'essaie de nager ; mais mes habits et mes livres mouillés m'alourdissent et je n'avance pas vite. Un tronc d'arbre émergeait au milieu de la rivière et, malgré la violence avec laquelle j'y fus jeté, c'était une heureuse chance, car la fatigue commençait à paralyser mes bras. J'attachai donc solidement la bicyclette à ce tronc d'arbre et.... je me mis à réfléchir. Comment me tirer de là ? Comment sauver mes habits, mes livres, ma bicyclette ? Comme la plupart des Bretons, je sais nager, aussi je me charge bien de transporter sur l'autre rive ma pauvre personne, mais tout le reste ?... J'essayai de construire une espèce de passerelle avec des, branches d'arbres et des bambous, mais, après plusieurs tentatives infructueuses, je dus y renoncer : je perdais mon temps. Il fallait pourtant en finir. Je fis donc de mes habits et de mes livres un paquet, que je liai fortement avec ma ceinture — une ceinture de la marine française, — et, agrippant fortement la ceinture avec les dents, je me jetai à l'eau. Entraîné par le courant j'abordai sur l'autre rive, mais beaucoup plus bas. Là je me reposai un instant, puis, tressant des lianes, j'en fis une corde, dont je fixai solidement l'extrémité à un arbre du rivage ; après quoi, saisissant l'autre bout entre les dents, je tentai de regagner mon providentiel tronc d'arbre. Cette fois encore j'y fus jeté avec violence par l'impétueux courant et m'en tirai avec le dos et les bras passablement tuméfiés. Confiant dans la résistance de nos lianes de Birmanie, je n'hésitai pas à lancer ma bicyclette au fond de la rivière, puis, me laissant emporter par le courant en me rapprochant de la rive, j'abordai et tirai doucement sur les lianes : ma bicyclette était au bout.
    Grâce au bon soleil de ce pays, lorsque, quelques instants après, je me rhabillai, mes vêtements étaient complètement secs. Toutes ces opérations, il est vrai, avaient exigé près de deux heures de travail, et la fatigue se faisait sentir. De plus, mon bréviaire est fort endommagé, il peut cependant servir encore ; mon chapeau a été démoli dans l'eau : les casques fabriqués ici ne sont pas solides. L'eau a pénétré aussi dans ma montre : je l'ai fait réparer à Bhamo, mais elle ne marche plus correctement et s'arrête fréquemment.
    Mais tout cela n'est qu'un incident dans la vie apostolique et ne nous a pas empêchés de récolter, cette année, 79 baptêmes chez nos Shans et nos Katchins, dont les bonnes dispositions actuelles permettent d'espérer des gerbes plus fournies dans un prochain avenir.

    Fr. MERCEUR
    Missionnaire de la Birmanie Septentrionale

    1934/220-221
    220-221
    Birmanie
    1934
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