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In memoriam le P. Mutillod (1876-1911)

In memoriam le P. Mutillod (1876-1911) Dans un bel article sur « L'Appel des Missions », Henri Bordeaux, de l'Académie française, évoque le souvenir d'un de ses compatriotes de la Savoie, le P. Jules Mutillod :
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    In memoriam le P. Mutillod (1876-1911)

    Dans un bel article sur « L'Appel des Missions », Henri Bordeaux, de l'Académie française, évoque le souvenir d'un de ses compatriotes de la Savoie, le P. Jules Mutillod :
    J'ai eu souvent l'occasion de rencontrer l'un ou l'autre de ces grands missionnaires, un Mgr de Guébriant revenant de la Chine ; un Mgr Jalabert partant pour le Sénégal, où il ne devait plus aborder, ayant sombré dans le naufrage de l'Afrique ; un Mgr Lemaître, archevêque de Carthage, qui fut longtemps au Soudan et que, pendant la guerre, Clemenceau avait nommé inspecteur des troupes noires à cause de l'ascendant qu'il exerçait sur elles. Et cependant c'est un jeune prêtre de mon pays de Savoie que je revois quand j'évoque la vie sacrifiée de cette admirable avant-garde de la civilisation, c'est le P. Mutillod, qui devait périr dans la peste de Mandchourie où il donna le plus admirable exemple de courage et d'abnégation. J'ai eu entre les mains son journal de route. Ce journal s'ouvre à la veille de son départ des Missions Etrangères de Paris. Dès ce jour, le jeune prêtre offre joyeusement sa vie. Il a entendu l'appel divin : Tu seras missionnaire. « La gaieté, écrit-il, règne sur le visage des vingt cieux partants. On se communique ses impressions et c'est à peine si la joie d'aller là où Dieu vous appelle permet à la pauvre nature de faire entendre sa voix plaintive. Le sacrifice est dur, il est vrai, mais le sacrifice a des joies que seul l'intéressé peut connaître et goûter... » Qu'on imagine, en cette note, le bel élan de ces vingt-deux jeunes gens avides d'aller répandre la parole divine et le dévouement français en des pays barbares, mal connus, malsains et dangereux. Le jardin de la rue du Bac, ce soir de juillet, les rassemble ; ils vont laisser derrière eux une mère, un père, des frères ou des soeurs, des amis, leur terre natale, leur cher pays ; tout cela, il est peu probable qu'ils le revoient jamais ; de le savoir, leur tendresse tremble un peu, mais le rayonnement de la foi brûle leurs larmes et leurs regrets. Chacun de ces vingt-deux visages minces, presque enfantins, resplendit.
    Louis Veuillot, en une page inoubliable, a décrit la cérémonie qui, à la chapelle des Missions, préside le départ. Voici nos missionnaires qui s'embarquent à Marseille. « Au moment de partir, écrit encore le P. Mutillod, on éprouve le besoin de s'attacher plus amoureusement et plus fortement â tout ce qu'on a aimé... La prière n'est-elle pas le seul et véritable lien qui unit les coeurs dans une même charité ?... » Le même soir, il ajoute sur son cahier : «La nuit arrive tout doucement ; c'est la dernière que nous passerons sur la terre de France ». Peu de mois plus tard, il mourait à son poste éloigné, emporté par la peste de Mandchourie, ayant jusqu'à la fin donné l'exemple et soigné la population prise de panique

    1930/207-209
    207-209
    France
    1930
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