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Impression de voyage

IMPRESSIONS DE VOYAGE Sous la protection de N.-D. Auxiliatrice, je m'embarquais le 24 mai au Hâvre pour gagner New York, puis traverser le Canada, le Pacifique et atteindre Yokohama, via Honolulu, exactement un mois après mon départ de France. Une visite à nos trois Missions du Japon me retint deux semaines dans ce charmant pays, puis je remontai par chemin de fer le pays du « Matin calme » (Corée), avec arrêt prolongé à Taikou et à Séoul, pour parcourir ensuite la Mandchourie un peu en tous sens pendant un mois et demi.
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    IMPRESSIONS DE VOYAGE

    Sous la protection de N.-D. Auxiliatrice, je m'embarquais le 24 mai au Hâvre pour gagner New York, puis traverser le Canada, le Pacifique et atteindre Yokohama, via Honolulu, exactement un mois après mon départ de France. Une visite à nos trois Missions du Japon me retint deux semaines dans ce charmant pays, puis je remontai par chemin de fer le pays du « Matin calme » (Corée), avec arrêt prolongé à Taikou et à Séoul, pour parcourir ensuite la Mandchourie un peu en tous sens pendant un mois et demi.
    Le 3 septembre, la nouvelle de l'état de guerre entre la France et l'Allemagne vint me surprendre à Dairen, alors que j'étais sur le point de m'embarquer pour Shanghai, via Tsingtao. Après quelques jours passés dans cette ville débordante de vie et littéralement grouillante de monde affairé, je larguais ma voile sur Hongkong. Par suite de l'acuité du « conflit » sino-japonais dans cette région, il me fut malheureusement impossible de pousser une pointe jusqu'à Canton. Je pris ma revanche en me dirigeant directement par bateau sur Haiphong et eus la bonne fortune de pouvoir me rendre à Saigon en traversant la plupart de nos belles Missions d'Indochine : Hanoi, Hung-hoa, Thanh-hoa, Phatdiem, Vinh, Quinhon, Phnompenh.
    Le 9 octobre, je quittais Saigon à destination de Singapore. Désireux de voir notre célèbre Collège général de Penang, digne émule pour le clergé indigène, de notre cher Séminaire de la rue du Bac, il me fut aussi facile qu'agréable de remonter par chemin de fer, la presqu'île Malaise, ce qui me donna l'occasion de constater la vitalité d'un certain nombre de paroisses du joli diocèse de Malacca.
    Mais voilà le mois d'octobre déjà passablement entamé, il me faut rentrer à Paris sans tarder. Aussi est-ce avec le plus grand regret que je dois renoncer à parcourir nos intéressantes missions du Sud de l'Inde : Pondichéry, Mysore, Coimbatore, Salem. De Colombo, où notre paquebot fait escale en la solennité du Christ Roi, j'envoie un cordial salut à nos chers confrères qui travaillent si vaillamment là-bas à l'intérieur des terres... Aden, Port-Saïd, Marseille, et, le 18 novembre, me voilà de retour à Paris, que je retrouve sous un tout autre aspect qu'en mai dernier moins accélérée suivant les endroits, mais d'une façon si effective que l'on compte actuellement en Chine près de 2.000 prêtres chinois et environ 1.300 prêtres annamites en Indochine, sans parler des autres pays : il n'est donc pas étonnant que Rome ait choisi parmi eux, ces dernières années, pour les élever à la dignité épiscopale, de si nombreux chefs de Missions qui dirigent maintenant des Vicariats ou des Préfectures apostoliques au Japon, en Corée, en Chine, en Indochine, aux Indes, etc.
    Au surplus, l'activité de l'Eglise déborde dans le courant de la vie sociale. Je n'en donnerai pour preuve que ces innombrables oeuvres scolaires et de bienfaisance qui, dans les Missions d'Extrême-Orient, forcent l'admiration des païens eux-mêmes et, tôt ou tard, finissent par gagner leur sympathie, sinon à déterminer leur conversion. Ils se chiffrent par milliers ces établissements, parfois installés d'une façon ultramoderne parce que fréquentés par les enfants des classes aisées : telles ces institutions si prospères des Dames Chanoinesses de Saint Augustin en Indo chine, des Dames de Saint-Maur en Malaisie, des Mères Auxiliatrices des Ames du Purgatoire à Shanghai, des Soeurs Franciscaines Missionnaires de Marie à Tchefou et ailleurs..., sans oublier les florissants collèges des Marianistes, des Frères des Ecoles Chrétiennes, de Saint Gabriel, des Petits Frères de Marie, et j'en passe.
    Le plus grand nombre de ces oeuvres s'attachent surtout à fournir l'instruction aux enfants pauvres dans des écoles primaires ou industrielles, à recueillir les petits abandonnés dans des orphelinats ou des crèches, et à soulager les pires misères dans des hôpitaux, des hospices, des dispensaires, des léproseries ; la plupart du temps, ce sont les missionnaires qui ouvrent et soutiennent ces établissements, souvent par des moyens de fortune, grâce à la charité des catholiques d'Europe ou d'Amérique, et cela non seulement dans les villes, mais jusque dans la brousse la plus sauvage. Leur zèle n'a qu'une ambition, c'est de développer et de multiplier tous ces moyens d'action charitable, Dieu sait au prix de quels sacrifices !... Honneur à eux !
    Parmi tous ces vaillants qui travaillent, souffrent et meurent en silence en quelque coin perdu au bout du monde, j'ai été particulièrement ému au spectacle de certains dévouements dont la sublimité atteint, si l'on peut dire, son apogée. Je considère comme un honneur d'avoir pu, en passant, saluer un prêtre japonais, M. Iwashida, fils de sénateur, qui, seul depuis bien des années, continue à soigner, avec un entrain extraordinaire et une patience infatigable, les horribles plaies des 180 pensionnaires de la léproserie de Gotemba, fondée il y a 50 ans dans une vallée solitaire par notre regretté confrère le Père Testevuide.
    L'occasion m'a été aussi fournie de voir à pied d'oeuvre le Père Cassaigne qui, dans l'insalubre brousse du pays Moï, en Annam, a établi il y a quinze ans, à Djiring, un poste et une léproserie pour les malheureux atteints de cette terrible maladie. Toujours le sourire aux lèvres, secondé par deux Soeurs de Saint-Vincent de Paul, son inépuisable bonté est prête à rendre service à tous et à chacun à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Il est la providence de tous les miséreux de la région (1).
    De même, combien est admirable cette petite religieuse de Saint Paul de Chartres, Soeur Mechtilde, qui, depuis près de 25 ans, dirige seule un modeste hôpital à Binh-Dinh, où elle recueille et soigne, avec une tendresse toute maternelle, les infortunes, les misères et les détresses qui viennent incessamment frapper à la porte de son hospitalière maison.
    Mais il faut m'arrêter. En laissant courir ma plume, je craindrais de devenir indiscret, et pour rien au monde, je ne voudrais blesser la modestie de ces héros inconnus. Il faut cependant que le monde sache que les fils de lumière ne sont pas inférieurs en dévouement et en charité aux fils de ténèbres.
    En dépit des heures sombres que nous traversons, j'ose l'affirmer bien haut, après l'avoir constaté : L'Eglise poursuit sa marche à travers le monde.

    E. G.

    (1). A la nouvelle de la déclaration de guerre en septembre, ces pauvres lépreux de Djirina se sont cotisés, malgré leur indigence, et ont remis Père Cassaigne l'argent de leur collecte, afin qu'il achète un chandail à envoyer sur le front français. Voilà qui en dit long sur l'esprit qui les anime

    1939/255-259
    255-259
    Japon
    1939
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