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Impôt sur le revenu

En Malaisie IMPOT SUR LE REVENU Chrétienté Modèle, la petite paroisse de Changloon, située au nord de Kédah, à la frontière du Thaïlande, compte actuellement environ 200 chrétiens. Il y a quelques années, le village n'existait pas c'était la jungle, la vraie brousse, domicile inviolé des tigres et autres animaux sauvages.
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    En Malaisie

    IMPOT SUR LE REVENU

    Chrétienté Modèle, la petite paroisse de Changloon, située au nord de Kédah, à la frontière du Thaïlande, compte actuellement environ 200 chrétiens. Il y a quelques années, le village n'existait pas c'était la jungle, la vraie brousse, domicile inviolé des tigres et autres animaux sauvages.
    Un catholique chinois avait obtenu du gouvernement anglais quelques ares de terrain à défricher pour y planter des arbres à caoutchouc. Le succès couronna ses efforts, la plantation devint d'un rapport largement suffisant. Alors, désireux de faire partager sa prospérité et sa bonne chance, il écrivit en Chine à quelques parents pauvres ainsi qu'à des amis chrétiens, les invitant à venir le rejoindre. Pour eux il obtint d'autres terrains, ils y plantèrent également des caoutchoutiers, et bientôt tous purent vivre aisément des revenus de leur travail. Bref, au bout de quelques années, le nombre des habitants s'était accru à tel point qu'ils formaient un petit village exclusivement chinois et presque entièrement catholique qu'on surnomma Siao-Chung-Shan, « la petite Chine ».
    Là ne s'arrêtait pas l'ambition de notre brave homme. Bon chrétien avant tout, il n'avait réuni ses parents et amis autour de lui que pour pouvoir plus facilement entretenir leur foi dans cette région foncièrement païenne et musulmane, où l'église catholique se trouvait à quelque 130 kilomètres. Les moyens de communication et la distance ne permettant pas au missionnaire d'aller les visiter, ils décidèrent de faire pour le mieux.
    Tous les dimanches et jours de fêtes, ils se réunissaient dans la maison de l'un d'entre eux afin d'y réciter les prières en commun et parler religion, et ce fut le plus instruit qui s'improvisa catéchiste. Les vendredis de carême, ils faisaient ensemble le chemin de la croix. Cependant ils ressentaient malgré tout très vivement l'absence du prêtre. Ils avalent bien envoyé un jour un des leurs au P. Seet, le Père chinois chargé du district, mais celui-ci n'avait pu que promettre d'aller les voir deux fois par an, vers Pâques et vers Noël. Deux visites annuelles, c'était bien peu à leur gré! Pour mériter des visites plus fréquentes, en gens pratiques que sont toujours les Chinois, ils résolurent d'être plus fervents encore et de faire quelque chose de leur côté « Quand le missionnaire vient ici, se dirent-ils, il n'est pas chez lui, il est obligé de loger chez l'un ou chez l'autre, ce n'est guère convenable, il faut donc lui construire une maison. D'antre part nous sommes déjà nombreux et bien à l'étroit pour nos réunions dominicales, une chapelle devient nécessaire. Et pourquoi pas aussi une école pour nos enfants? Nous achèterons donc un terrain assez vaste; dont une partie sera réservée pour un cimetière et l'autre pour la chapelle, l'école et la résidence du missionnaire ».
    La proposition est approuvée à l'unanimité : les chrétiens se cotisent aussitôt pour recueillir l'argent, et un beau jour le Père est agréablement surpris de voir la petite chrétienté de Changloon lui offrir un terrain planté de caoutchouc. Mis au courant de leurs projets, il les félicita de leur générosité et de leurs bonnes résolutions mais, à cause du manque de ressources, il ne put que leur faire entrevoir pour un avenir lointain la réalisation de leurs espérances. Quelque peu déçus, mais pas découragé, nos vaillants chrétiens tiennent de nouveau conseil et décident d'entreprendre par eux-mêmes, à leurs frais, la construction d'une chapelle école qui servirait aussi d'habitation pour le missionnaire en visite forment aussitôt un comité en règle avec président, vice-président, trésorier, secrétaire, conseillers ; chacun a son rôle, son travail, ses attributions et ses responsabilités. Le but de ce comité sera d'examiner le projet, d'étudier les moyens les plus pratiques pour obtenir des ressources ; acheter des matériaux, payer les ouvriers et surveiller lés travaux de construction ; il tiendra la communauté au courant des décisions et entreprises ainsi que des recettes et dépenses, tout ceci sous le contrôle et avec l'approbation du Père.
    D'abord, la question pécuniaire. Elle est rapidement résolue à satisfaction générale. Puisqu'ils sont trop pauvres pour arriver à réunir en une seule souscription l'argent nécessaire et que, d'autre part, ils ne peuvent guère compter que sur eux-mêmes, ils décident d'un commun accord de s'imposer volontairement ce qu'en Europe on appellerait un impôt sur le revenu. Selon les circonstances et avec l'assentiment du comité, chaque famille remettra tous les mois à celui-ci 10, 15 ou 20 % de ses revenus sur la vente du caoutchouc. Ainsi donc, pendant plusieurs mois et jusqu'à concurrence de la somme nécessaire, chacun souscrivit généreusement et, sans arrière-pensée, s'imposant parfois de réels sacrifices et, des privations...
    Le missionnaire approuva tout. Il s'occupa de tracer le plan de la future chapelle et promit de les aider autant qu'il pourrait. Chacun vint offrir quelques journées de travail : on s'improvisa bûcheron, terrassier, menuisier, maçon, charpentier, couvreur, peintre, tout cela, gratuitement ; on apportait ses outils, et une popote commune fut organisée pour nourrir les ouvriers. Bientôt la chapelle fut debout. Elle mesure environ 25 mètres de long sur 10 de large et 8 de haut, avec plafond et plancher en ciment.
    Bâtie en bois de première qualité, solide, couverte en zinc, avec un petit clocheton et une cloche, elle a assez belle apparence. L'intérieur est entièrement peint à l'huile avec, comme ameublement, un autel de bois, un petit meuble de sacristie, une table de communion et des bancs pour les fidèles. En arrière, une chambre sert à la fois de sacristie, de salle à manger, de chambre à coucher et de bureau pour le missionnaire ; en son absence cette chambre devient bibliothèque, salle de réunion et salle de catéchisme. Dédiée à l'Immaculée Conception, la chapelle fut solennellement bénite par S.E. Mgr Devals en présence de nombreux missionnaires des environs ; ce fut une belle fête, nos chrétiens étaient dans la plus complète jubilation, ils étaient tellement fiers de leur oeuvre...
    Puisqu'elle devait être aussi une école, on se procura les meubles et fournitures nécessaires, tables, bancs, tableaux, cartes, livres, etc., et on engagea un instituteur chinois auquel on bâtit encore une maisonnette. Pour payer tous les frais, ce fut encore l'impôt sur le revenu qui joua une fois de plus. Et c'est ainsi qu'en 1938, l'école comptait une quarantaine de garçons et fillettes dont quelques païens ; quant au programme des études, il est celui des écoles reconnues par le gouvernement, avec des cours supplémentaires de catéchisme pour les enfants chrétiens.
    Telle était la situation de cette petite chrétienté quand je fus chargé du district. Lés voies et moyens de communication s'étaient alors améliorés, aussi je pus faire chaque mois une petite tournée apostolique dans la région avec, comme principal objectif, le village de Changloon.
    Dès mon arrivée, la cloche annonce que le Père est là. Quelle joie pour ces braves chrétiens comme pour moi! Les voilà qui s'empressent de sortir les bagages de la voiture, puis ils m'offrent des rafraîchissements. Il est ordinairement 5 heures du soir. A 7 heures on apporte mon repas : riz, légumes, poulet, et parfois quelque produit de chasse (pigeon vert, chevreuil, sanglier ou même du vrai singe). Enfants, jeunes gens, hommes viennent s'asseoir autour de la salle et me regarder manger, on cause un peu de tout. Après souper, je reçois chrétiens et chrétiennes : c'est l'heure des confessions. Puis la journée se termine par la prière en commun, et chacun rentre chez soi. Les plus éloignés ont soin d'emporter avec eux une bonne Lampe électrique et un fusil de chasse, précaution nullement superflue car le tigre rôde souvent à la recherche de quelque nourriture...
    Enfin voici l'heure du coucher : trois bancs juxtaposés qu'on recouvre d'une natte, un oreiller, une petite couverture, une moustiquaire, et je m'endors sans penser aux tigres ni aux serpents.
    Le lendemain dès l'aurore, j'entends encore des confessions, puis quand tout le monde est là je célèbre la sainte messe, messe avec prédication, et je distribue généralement une soixantaine de communions. Pendant l'action de grâces, je vais porter le bon Dieu aux vieillards et aux malades et à mon retour a lieu la cérémonie de baptême s'il y en a à administrer. Après déjeuner, catéchisme aux enfants et, pendant la journée, visite aux chrétiens. Sur 200 qu'ils sont, la presque totalité d'entre eux, 60 à 80 selon les jours, reçoivent les sacrements.
    Lors de ma seconde visite à Changloon, ils m'avaient mis au courant de nouveaux projets : « Père, on voit que vous nous aimez bien, vous nous êtes tout dévoué, la preuve en est dans la visite que vous nous faites chaque mois. Pour vous prouver notre gratitude, nous allons être plus fervents encore, et nous réaliserons des plans nouveaux ». Ils me présentèrent alors un chrétien indien, qui désirait offrir une grosse cloche à la chapelle ; or une grosse cloche nécessite un clocher proportionné!
    Nous voulons donc un beau clocher !
    Très bien! Mais je n'ai pas les moyens de vous payer ce luxe!
    Ne vous inquiétez pas, Père, tout s'arrangera. Approuvez seulement, faites le plan, et commandez la cloche. Le reste nous regarde. Maintenant, autre chose : il n'est guère convenable d'en seigneur les enfants dans la chapelle, faudrait que celle-ci soit uniquement la maison du bon Dieu, la maison de la prière, d'où nécessité de construire une école ; et comme l'étude de l'anglais devient obligatoire dans les écoles chinoises, il nous faudrait deux classes, et un nouvel instituteur pour l'enseignement de l'anglais. Cet instituteur pourrait se charger aussi de quelques cours de chinois, ce qui soulagerait d'autant le professeur de chinois qui, ayant plus de temps libre, pourrait l'employer à catéchiser quelques païens.
    Très bien, mes amis, ce serait parfait, mais je ne puis, matériellement parlant, absolument pas songer à de telles dépenses avant au moins une année!
    Père, vous ferez ce que vous pourrez. Pour nous, nous allons nous cotiser : comme pour les précédentes dépenses, notre système d'impôt sur le revenu fonctionnera une fois de plus. Faites les démarches nécessaires, le reste nous regarde.
    Mes généreux chrétiens voulaient une maison de belle apparence, solide, assez vaste pour contenir deux classes et une chambre pour le missionnaire. Le plan venait d'être approuvé par le gouvernement, la somme nécessaire avait déjà été recueillie, aux trois quarts, je me disposais donc à entreprendre la construction projetée quand la maladie m'obligea à quitter précipitamment ce cher district et ma bien-aimée Mission de Malacca. Ce fut à mon successeur le P. Ting, prêtre chinois, qu'incomba le soin d'accomplir ce qui avait été élaboré sous ma direction. J'espère qu'actuellement le projet est réalisé, j'en aurai l'assurance quand les communications interrompues entre l'Europe et la Malaisie seront rétablies comme auparavant.
    Ces braves gens ne connaissaient sans doute pas encore ce qu'est l'Action Catholique, ils, l'avaient pratiquée sans en avoir entendu parler, d'eux-mêmes et par pur dévouement. Dans nos pays de mission, de tels cas se rencontrent assez fréquemment, rien d'étonnant que Notre Seigneur ne bénisse d'une particulière façon de si généreux efforts.

    ROGER LAURENT,
    Missionnaire
    De Malacca (Malaisie).
    1942/43-46
    43-46
    Malaisie
    1942
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