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\Ils chasseront les démons""

\Ils chasseront les démons" Après plusieurs années d'absence, M. Kwan est revenu au pays, ramenant avec lui deux de ses fils, âgés respectivement de 12 et de 6 ans. Durant son séjour au loin il s'est converti au protestantisme."
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    \Ils chasseront les démons"

    Après plusieurs années d'absence, M. Kwan est revenu au pays, ramenant avec lui deux de ses fils, âgés respectivement de 12 et de 6 ans. Durant son séjour au loin il s'est converti au protestantisme.
    Or, dès le lendemain de son retour, le plus jeune des enfants tombe malade et présente des symptômes de convulsions : le médius et l'index de la main droite sont tendus, crispés ; bientôt les cinq doigts sont devenus rigides au point que le père ne peut ni les replier, ni les séparer ; le regard devient fixe, hagard, la bouche commence à écumer.
    Heureusement il y a là une tante, belle-soeur du père, qui tient l'enfant dans ses bras et va indiquer les moyens de le soulager. Elle a perdu elle-même deux enfants morts prématurément de convulsions et elle sait pertinemment les sorts l'ont déclaré, que leur mort doit être attribuée à l'âme d'une belle-soeur défunte, qui exerçait ainsi sa vengeance. Elle a bien d'autres méfaits à imputer à ses morts : il lui arrive à elle-même de perdre subitement connaissance ; parfois ses doigts se crispent et involontairement elle laisse tomber à terre vaisselle, bâtonnets, pipe à eau, etc. Elle a essayé de tous moyens pour se concilier le « Génie de la ville » afin d'apaiser ses ancêtres courroucés : elle dépense chaque année plusieurs dizaines de piastres en superstitions diverses. Dans la conjoncture actuelle, craignant une nouvelle incursion de l'âme de sa belle-soeur, elle demande au père de l'enfant malade :
    Faut-il interroger nos morts ? De retour à la maison paternelle, tu n'as montré aucune vénération pour les tablettes, siège de l'âme de nos ancêtres. La maladie de l'enfant ne serait-elle pas une vengeance de leur part ?
    Et le père, devenu protestant, de répondre :
    Débrouille-toi. De retour ici, j'ai trouvé la maison pleine d'objets superstitieux : si c'est là la cause de la maladie de mon fils, c'est à toi, restée païenne, de le rechercher ; c'est ton affaire.
    Et, tandis que la dame tient toujours le petit dans ses bras, une des brus consulte le sort dans la grande salle, face à l'autel des esprits et aux tablettes des ancêtres. La réponse est négative : ni la tante, ni la cousine, ni le cousin défunts ne sont pour quoi que ce soit dans les convulsions de l'enfant.
    La dévouée tante fait une nouvelle proposition à son beau-frère :
    Tiens-toi debout, à cheval sur le seuil de la maison, un pied au dedans, l'autre dans la rue ; de ta main serre fortement le médius droit du malade : moyen infaillible d'obtenir une réponse, soit que le démon habite au dedans, soit qu'il nous soit étranger et vienne du dehors.
    Crédule par affection pour son enfant, le père s'exécute, mais la réponse, donnée cette fois par l'enfant lui-même, est encore négative : aucun des ancêtres de céans ne moleste le petit malade. Et cependant son état empire : il se débat, s'agite, grince des dents, tente de mordre la tante. Le père et le fils aîné prient le Dieu qu'ils ont appris à invoquer au temple protestant : aucun résultat.
    Troisième proposition de la tante :
    Portons l'enfant à la pagode du quartier, dans la grande salle près de la porte d'entrée.
    Là on pose le petit sur un lit, on le roule des pieds à la tête dans une couverture, on lui passe au cou une ceinture qu'on noue à un des pieds du lit : ainsi le diable ne voyant plus sa victime, ne pourra plus lui nuire.
    Les païens voisins, entendant du bruit, se sont approchés et sont mis au courant de l'affaire. L'un d'eux, constatant que l'état du patient empire toujours, propose un nouveau moyen de sauvetage :
    Je vais chercher mon grand filet de pêche ; nous y envelopperons le malade : autant de mailles, autant d'yeux braqués sur le diable, qui, ne pouvant résister à tant de regards, lâchera sa proie.
    Ainsi fut fait ; mais, nouvel échec, l'enfant va de mal en pis.
    Nouvel avis de l'infatigable tante :
    Allons, cette fois, à la pagode du « Génie protecteur de la ville » et prions-le d'expulser lui-même le démon qui tourmente ce pauvre enfant.
    Le père cède encore et le malade, toujours dans son filet, est transporté à la grande pagode. A peine y est-il arrivé que les convulsions augmentent et qu'il faut se mettre à plusieurs pour le maîtriser. Cependant la tante expose au gardien de la pagode l'objet de sa requête : celui-ci frotte de cinabre le front de l'enfant ; le cinabre est un démonifuge d'une efficacité reconnue. Après cette première opération, le gardien énonce aussitôt le taux des honoraires pour les exorcismes à effectuer : 30 piastres (150 francs). La tante recule devant une pareille somme et sur-le-champ suggère un autre moyen :
    Puisque mon beau-frère est d'une autre religion, ainsi que ses deux fils, c'est au temple du Dieu qu'ils invoquent qu'il nous faut aller.
    Et l'on se met en route. Mais le père, à peine de retour au pays, ignore l'adresse du temple. La tante, elle, en connaît un dans telle rue On s'y rend et, le groupe s'étant grossi à chaque station, c'est une cinquantaine de personnes qui pénètrent pour la première fois dans un édifice qui les frappe tout d'abord par le recueillement, le silence qui y règne. Quelques femmes y sont en prière. L'une d'elles vient s'informer :
    Rassurez-vous ; l'enfant vivra. Toi, la tante, va avec le malade t'asseoir à la balustrade. J'aviserai : Dieu le guérira.
    Ce disant, elle commence par signer de son pouce le front de l'enfant ; puis sur toute sa personne elle trace une fois encore le signe de la croix. Après quoi, debout devant le père prosterné, elle récite à haute voix le « Credo », puis, trempant un rameau dans l'eau bénite, elle asperge le corps de l'enfant, qui ouvre les yeux, regarde autour de lui, ayant l'air de se réveiller : il ne souffre plus et a retrouvé son visage souriant.
    Par une disposition bienveillante de la Providence, l'inlassable tante s'était trompée : croyant conduire ses gens au temple protestant, elle les avait amenés à l'église catholique, sise dans la même rue, où les avait accueillis une catéchiste pieuse et zélée. Celle-ci, s'adressant au père, toujours agenouillé, lui dit :
    Lève-toi ; l'enfant est guéri. Délivrons-le de sa ceinture et de son filet : le démon ne le tourmentera plus. Maintenant donnez-lui à boire.
    On apporte thé et biscuits, et l'assistance, devant cette guérison inopinée, de s'écrier :
    Réellement le Dieu des catholiques est fort ! Les catholiques ont des exorcismes vraiment puissants.
    Au moment où la famille, se confondant en remerciements, va prendre congé, la catéchiste dit au père :
    C'est le Dieu des catholiques qui, par les prières de l'Eglise, par l'eau sainte et le rameau bénit, a guéri ton fils : rends grâces à Lui seul.
    Et le père, les deux fils, la tante, tous, à genoux devant l'autel, promettent d'embrasser le catholicisme.
    Sans aller jusqu'à prononcer le mot de miracle, ne doit-on pas reconnaître, dans les détails de cette authentique historiette, la réalisation, une fois de plus, de la promesse de Notre Seigneur : Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons..., ils imposeront les mains aux malades, et les malades seront guéris »?
    A. F.

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    1936/211-215
    211-215
    France
    1936
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