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Hung-Hoa (Tonkin) Une expédition rapide

Hung-Hoa (Tonkin) Une expédition rapide Lettre du P. Hue, Missionnaire apostolique. Dès mon arrivée à Vatlam, un de mes premiers désirs avait été de prendre contact avec les diverses Populations aborigènes de la haute région, désormais mes voisines, afin de leur communiquer un peu de la grâce que Dieu a mise en chacun de ses apôtres. Une telle entreprise exigeait une occasion et un guide ; la divine Providence me fournit l'une et l'autre.
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    Hung-Hoa (Tonkin)

    Une expédition rapide

    Lettre du P. Hue,
    Missionnaire apostolique.

    Dès mon arrivée à Vatlam, un de mes premiers désirs avait été de prendre contact avec les diverses Populations aborigènes de la haute région, désormais mes voisines, afin de leur communiquer un peu de la grâce que Dieu a mise en chacun de ses apôtres. Une telle entreprise exigeait une occasion et un guide ; la divine Providence me fournit l'une et l'autre.
    Dans ce pays, les Zachées sont rares à qui il suffit pour se convertir de voir et d'inviter le divin Maître à leur table. Combien plus nombreux les centurions ou les cananéennes qui, visités par la maladie ou l'injustice, supplient le Seigneur de les guérir d'abord et le suivent ensuite eux et toute leur famille. Ce fut l'adversité qui poussa un chef « man » à venir implorer mon intervention : des terrains défrichés à grande peine par sa tribu étaient disputés par un village voisin. J'aurais pu répondre : «Qui m'a constitué juge entre toi et ton frère ? » Mais je ne voulus pas perdre cette occasion, la seule peut-être d'atteindre ces âmes et de leur prêcher l'Évangile. Il fut convenu donc que j'irais étudier la question sur place et qu'ensuite je ferais mon possible pour que justice fût rendue.
    La station à atteindre, me disait-on, se trouvait à une heure de marche de Ngoclu, poste chrétien distant lui même de seize kilomètres de Vatlam. Au jour convenu, le jeudi 13 août, j'arrivai à Ngoclu, où le chef « man » était venu m'attendre pour me servir de guide.
    Dès mon arrivée à bicyclette, à 9 heures du matin le temps pour mon « man » d'enrouler son turban, pour moi d'enlever mes chaussures, car le franc est bas et le cuir est cher, et nous voilà partis.
    La journée s'annonçait superbe. Nous cheminions allègrement, devisant sur tous les sujets, principalement sur la religion ; mon compagnon ne tarissait pas d'éloges sur le compte des regrettés PP. Blache et Girod qui avaient rendu tant de services aux populations de ces régions, sans distinction de race ni de religion.
    Cependant, nous marchions sans répit, une heure, puis deux, puis trois et toujours sans arriver ; aux rivières rocailleuses à traverser succédaient les collines abruptes à escalader ; le soleil dardait ses rayons de feu ; le sable brûlait la plante des pieds devenue sensible. Il était midi. Je récitai de tout mon coeur l'Angélus, là où sans doute nul homme avant moi n'avait invoqué Marie.
    Un instant après, mon guide me montra les terrains contestés ; c'était pour lui le but du voyage ; pour moi ce n'était que le prétexte. Un coup d'oeil rapide et, de nouveau, en route! Car il me tardait d'arriver. Enfin, à un détour du sentier, je me trouvai en face de Ngoinhau, terme de mon voyage.
    Ma première pensée va à l'ange des « Mans » qui, hélas ! Attend encore les âmes à «illuminer, garder, régir et gouverner ».
    Puis j'admire le site vraiment grandiose : là haut, les crêtes du mont Manson surplombant à pic, à plus de huit cents mètres, l'agglomération man ; à mi-côte, les maisons sur pilotis de Ngoinhau, accrochées au flanc de la montagne et enserrées par une végétation luxuriante; en bas, le torrent Nhau aux eaux limpides, après avoir bondi de rocher en rocher, semble border le manteau de verdure de la montagne comme d'un ourlet d'argent.
    La beauté du spectacle me fit un peu oublier la chaleur et la fatigue, et c'est coeur et pieds légers que je grimpai la côte et montai l'escalier conduisant à l'étage de la maison de mon guide. Il était 13 hures.
    Après les salutations d'usage, je voulus essayer de prêcher la religion, mais à mon grand désappointement, nies auditeurs ne me comprenaient point; seul mon guide connaissait suffisamment la langue annamite pour entretenir une conversation. Nous parlâmes quelque temps ensemble, et comme il possède les caractères chinois, je promis de lui passer des traités sur la religion afin qu'il les étudiât et enseignât sa famille et ses amis. Pour conclure, nous convînmes qu'il me conduirait son jeune fils à Vatlam pour apprendre à la fois la langue annamite et la religion chrétienne. De temps en temps mes interlocuteurs ramenaient sur le tapis la question du terrain contesté ; je l'éludais de mon mieux tout en leur donnant de bonnes paroles et je nie préparai à partir.
    La maîtresse de maison voulait à tout prix m'offrir un repas de bienvenue ; niais le temps pressait, et après avoir mangé trois bananes arrosées de trois bols de thé, je pris congé de ces braves gens, non sans avoir fait un grand signe de croix sur toute l'agglomération. Daigne le Roi des Apôtres faire germer et pousser le grain de sénevé jeté dans les âmes des « Mans » par son missionnaire !
    Le retour s'effectua un peu plus rapidement que l'aller ; il me tardait de rejoindre nia bicyclette et Vatlam. Nous traversâmes. 16 fois les méandres de la rivière Lu, 8 fois ses affluents et 6 fois des canaux d'irrigation, soit 60 passages de gués plus ou moins profonds en 17 heures de marche. Qu'une averse torrentielle vienne à tomber et l'eau dévalant des montagnes environnantes remplit à déborder tous ces cours d'eau qui coulent avec une- rapidité effrayante, rendant tout voyage impossible. C'est ce qui devait arriver le soir même.
    Vers 3 heures en effet, un orage épouvantable éclata dans la montagne ; la pluie se mit à tomber à torrents derrière nous. Nous forçâmes le pas et, le danger menaçant, à 1 kilomètre du village nous prîmes le pas gymnastique, et c'est au pas de course, les coudes sur les hanches, que je fis mon entrée à Ngoclu.
    Il était temps ! Des gouttes de pluie larges comme des piastres commençaient à tomber. A noter que, depuis un mois, ce pays était désolé par une sécheresse persistante ; nies « Mans » superstitieux auront certainement vu dans cette averse une suite bienfaisante de nia visite. Ne puis je pas y voir moi-même un bienfait de la divine Providence ? Puisse cette pluie être l'image d'une descente de grâces, de lumière et d'amour sur tout ce pays!
    Le déluge dura 2 heures ; puis je repris mon voyage vers Vatlam où j'arrivai vers 19 heures, crotté, fourbu, affamé, les pieds, les mains et la figure brûlés par le soleil. Vite, une couche de teinture d'iode sur les bleus d'un orteil malmené par une souche dissimulée dans les herbes, deux comprimés de quinine pour parer à l'accès pernicieux possible, et après un sommeil réparateur, j'étais de nouveau en forme pour préparer la fête de l'Assomption.
    Quel sera le résultat de cette expédition ? Dieu seul le sait. Mais avant tout, le missionnaire chez les « Mans » devra apprendre la langue et les dialectes des différentes tribus. En second lieu, il sera nécessaire de fixer ces populations nomades. Jusqu'à ce jour, elles ont erré de montagne en montagne: niais ramifiées par les villages autochtones, elles paraissent sentir le besoin d'une existence plus stable. Le mieux serait d'obtenir pour elles de vastes plateaux à défricher, et à ce projet mon chef « man » a paru sourire. Je rêve d'une immense concession sur les hauts plateaux, où toutes les tribus mans vivraient en paix à l'ombre de la Croix.
    Daigne sainte Thérèse de l'Enfant Jésus m'obtenir que ce rêve devienne une réalité !

    1926/148-151
    148-151
    Vietnam
    1926
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