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Histoire d'une croix et d'une statue de Notre Dame de Lourdes

Histoire d'une croix et d'une statue de Notre Dame de Lourdes Nous sommes les missionnaires du bon Dieu. C'est Lui qui nous envoie, qui nous conduit et qui nous assure, quand et comment il Lui plaît, le succès de notre oeuvre, son oeuvre. Et si parfois notre coeur se trouble, hésite devant des événements qui nous paraissent néfastes pour cette oeuvre, alors Il se réserve d'intervenir pour nous montrer la voie à suivre.
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    Histoire d'une croix et d'une statue de Notre Dame de Lourdes

    Nous sommes les missionnaires du bon Dieu. C'est Lui qui nous envoie, qui nous conduit et qui nous assure, quand et comment il Lui plaît, le succès de notre oeuvre, son oeuvre. Et si parfois notre coeur se trouble, hésite devant des événements qui nous paraissent néfastes pour cette oeuvre, alors Il se réserve d'intervenir pour nous montrer la voie à suivre.
    Le 19 février 1930, une troupe communiste faisait soudaine irruption dans la Mission de Longtcheou (Kouangsi), qu'elle incendiait après l'avoir pillée.
    Le lendemain, un détachement de cette même troupe s'emparait de la Mission de Taiping, à 80 kilomètres de là, et la dévastait de fond en comble.
    Dans les deux endroits la population s'était jointe aux pillards, montrant par là le peu de cas qu'elle faisait de la Mission et des missionnaires. Et pourtant, quelques années auparavant, en 1922 et 1923, lors de l'invasion cantonaise et durant la période de piraterie qui suivit, ces deux mêmes Missions avaient recueilli des milliers de personnes venues s'y mettre à l'abri des soldats, des bandits et des balles ; elles leur avaient, au prix de difficultés inouïes, donné asile pendant de longs mois, les sauvant ainsi de la ruine ou même de la mort.
    A Longtcheou la Mission était établie depuis plus de 30 ans ; ses écoles, son orphelinat et son dispensaire y étaient fort appréciés et fréquentés.
    La chrétienté de Taiping datait de 20 ans et le missionnaire avait à plusieurs reprises sauvé la ville de la destruction dont la menaçaient des bandes de pirates.
    La ruine de ces deux postes, la triste odyssée des missionnaires et de leur personnel tombé avec eux aux mains des bandits, avaient rempli nos curs d'amertume. Et lorsque, dans la suite, nous connûmes la part prise par la population au pillage et à la destruction de nos résidences et de nos chapelles, le découragement s'empara de nous. Une telle ingratitude après tant de bienfaits, l'inutilité de tant de travaux et de tant d'abnégation nous enlevait tout courage. Devions-nous tenter de relever ces ruines et reprendre auprès de ces ingrates populations les oeuvres de charité et de dévouement que délibérément elles avaient contribué à détruire ?
    Tandis que nous hésitions, et l'hésitation était certes bien permise, la Providence intervint et, par deux faits aussi simples qu'extraordinaires, vint relever notre courage et nous rendre l'espoir.
    Une grande croix de bois, fixée au faîte de la maison incendiée de Longtcheou, avait échappé aux flammes et restait debout sur le mur où elle avait été plantée. Quand on l'eut descendue, on constata qu'elle n'avait pas été endommagée par le feu, pas même noircie par la fumée, alors que pas le moindre débris de bois ne restait du bâtiment et que même les arbres plantés autour de la maison avaient été brûlés. Humainement parlant la chose était inexplicable : nous y vîmes une intervention de la Providence nous manifestant sa volonté de maintenir à Longtcheou la Mission et ses oeuvres, dont la croix est le signe.
    A Taiping un fait plus frappant encore avait fortement ému la population et les pillards eux-mêmes. Les communistes ayant dû renoncer à incendier l'église entièrement construite en briques, s'étaient appliqués à la saccager. L'autel, comme tout ce qui était à portée de la main, fut brisé et brûlé ; mais une statue de Notre Dame de Lourdes une belle et grande statue en plâtre, venue de France, se dressait dans une niche au-dessus de l'autel. A l'aide d'un long bambou, l'un des pillards réussit à la faire basculer : elle tomba sur le pavé de l'église, mais sans se briser. Soulevée à plusieurs reprises à bout de bras et violemment projetée à terre, elle restait intacte. Alors les brigands la transportent hors de l'église et de toutes leurs forces ils la frappent à coups de hache, à coups de sabre, à coups de crosse de fusil : ils ne réussissent pas à la briser. Ils l'emportent au prétoire pour la mieux examiner, se demandant de quelle matière était faite une statue si légère et pourtant si solide ; puis, devant l'inutilité des coups qu'ils lui assénaient, les bandits furent pris de peur : ils l'abandonnèrent, se disant que le dieu des chrétiens devait être bien puissant, qui opérait de tels prodiges.
    Un chrétien put alors l'emporter et la garda chez lui ; puis, ce chrétien étant mort, c'est un païen qui la prit et s'en fut la cacher dans la montagne. Que devint-elle ensuite ? Le P. Maillot, victime lui-même des communistes en 1930, qui est chargé de relever le poste de Taiping, va nous le dire.
    « Le dimanche 6 septembre 1931, je recevais une lettre par laquelle on m'invitait à aller prendre, à la mairie de la ville, la statue disparue I'année précédente au cours du pillage de la Mission par les communistes. J'envoyai deux hommes, munis d'une couverture pour envelopper la statue ; ils revinrent bientôt, l'un d'eux la portant sur son dos. La couverture dépliée, on voit une belle statue de Notre Dame de Lourdes, de plus d'un mètre de hauteur ; mais elle est souillée de poussière et de taches ; on dirait même qu'il y a eu des crachats sur sa robe. Dans cet état, les mains jointes, la tête levée vers le ciel, lui donnent un air suppliant bien expressif ; les yeux surtout, qui semblent baignés de larmes, expriment douloureusement les souffrances de la Vierge ».
    « On ne peut supporter cette vue pénible. Avec des linges on essuie, avec de l'eau on lave l'image de la bonne Mère, et, à mesure que disparaissent les marques du mépris et de l'injure, la physionomie de la Vierge nous paraît se rasséréner, les yeux n'ont plus de larmes, mais, levés vers le ciel, ils nous rappellent à l'espérance ».
    « Ainsi restaurée, la statue fut placée au-dessus de l'autel de ma chapelle provisoire. Quelques jours après, au moment où les chrétiens étaient réunis pour la prière, un enfant de 4 ans manifesta son admiration en criant à plusieurs reprises : « Oh ! Quelle est belle ! ».
    « Voilà comment, après bien des péripéties à la fois douloureuses et glorieuses, nous est revenue la chère statue. J'ai cherché vainement des traces de sa chute sur le pavé de l'église et celles des coups qui lui ont été assénés : c'est à peine si, au bas de la robe, il manque un tout petit morceau, juste suffisant pour témoigner que la statue n'est pas faite d'une matière bien solide ».
    « Les païens eux-mêmes ont été stupéfaits, les chrétiens ont prononcé le mot de miracle. Quant à moi, la conservation de ce précieux trésor est un encouragement et une raison d'espérer pour cette pauvre Mission un avenir plus heureux. La Sainte Vierge a repris sa place au milieu de nous : qu'Elle règne sur nous et nous dirige ! ».
    Quelle que soit l'interprétation que l'on veuille donner à ces deux faits, nous y avons vu un signe d'En haut ; sans plus d'hésitation, dans les deux Missions restaurées de Longtcheou et de Taiping, nous avons recommencé l'oeuvre de Dieu.

    G. CAYSAC,
    Missionnaire de Nanning.

    1935/249-251
    249-251
    Chine
    1935
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