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Histoire du diable Mu kau li en Birmanie

VARIÉTÉS Histoire du diable Mu kau li en Birmanie Ce nom de Mu kau li désigne le démon qui causa autrefois la ruine des premiers hommes et non pas les nats qu'ils adorent aujourd'hui. Voici une histoire que je donne sous caution parce qu'elle vient d'un homme qui connaît déjà notre loi ; or ces gens-là ont les souvenirs embrouillés de sorte qu'ils ne distinguent pas toujours la source d'où ils viennent.
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    VARIÉTÉS

    Histoire du diable Mu kau li en Birmanie

    Ce nom de Mu kau li désigne le démon qui causa autrefois la ruine des premiers hommes et non pas les nats qu'ils adorent aujourd'hui. Voici une histoire que je donne sous caution parce qu'elle vient d'un homme qui connaît déjà notre loi ; or ces gens-là ont les souvenirs embrouillés de sorte qu'ils ne distinguent pas toujours la source d'où ils viennent.
    Le diable, m'a-t-il raconté, est plus puissant que tous les hommes qui sont sur la terre ; il a la puissance de détruire au point que les hommes ne peuvent rien contre lui. Une fois, ils prirent la résolution de le faire mourir ; ils se saisirent de lui ; mais le diable leur dit : « Vous autres, hommes, quand même vous me feriez mourir, je ne mourrai point ». Ils mirent alors sur le feu un pot de fer, allumèrent un grand feu par dessous, et ensuite placèrent le diable dans le pot en fer, qu'ils fermèrent avec un couvercle. Immédiatement on vit le diable assis sur le couvercle, riant et se moquant. Et quoique l'on fît pour le faire mourir il ne mourait point. Les hommes formèrent encore un autre projet ; ils placèrent le diable dans un trou afin de l'écraser avec un pilon ; déjà le pilon allait le frapper, quand soudain on le vit à la tête du pilon sur lequel il monta, et se mit à rire de nouveau, comme pour se jouer de ce que l'on faisait. Ne pouvant parvenir à le tuer d'aucune manière, ils n'essayèrent plus, mais ils restèrent fâchés ; et quand ils pensent à ce que racontent de lui nôs ancêtres, ils se fâchent encore plus et lancent contre lui des imprécations. Quand je vois tous les hommes maudire ainsi le diable, je leur dis : « Mes frères, il n'y a personne en ce monde capable de vaincre le diable, c'est pourquoi nous devons souffrir ainsi ; quand même vous le maudiriez, il n'y a aucun avantage, contentez-vous de le haïr dans votre coeur ». Voici encore pourquoi on maudit le démon : Au commencement, quand Dieu créa l'homme, il n'était soumis, dit-on, ni à la mort, ni à la vieillesse, ni à aucune maladie ; le diable, voyant cela, dit : « Dieu est bien prodigue à l'égard de l'homme, il lui rend la vie bien facile ». C'est que dans ce temps-là, le Mou dé, l'arbre de vie, était encore près de l'homme, dit-on, et l'homme n'avait point à travailler, il ne faisait absolument rien que s'amuser selon son bon plaisir ; s'il avait faim, il s'en allait près du Mou dé et cet arbre répandait une odeur si, agréable que l'homme y apaisait sa faim immédiatement ; en outre, il ne travaillait point le coton, il ne filait point de fil, il ne faisait ni toile, ni habit, dit-on. Voilà ce que je sais sur ce point-là, et je n'ai point demandé à celui qui connaît cette histoire avec quoi l'homme s'habillait. Or le diable voulant jeter l'homme dans la misère, prit pour le tromper, le moyen suivant : il prépara du riz cuit dans des bambous, assaisonné de la manière la plus délicieuse possible. Ensuite il donna une fête dans la ville, fête magnifique avec tambours, flûtes clarinettes, etc., dont le son était vraiment agréable à entendre ; puis lé diable alla lui-même parmi les hommes et les fascina au point qu'ils mangeassent le riz qu'il avait préparé.
    Ils en mangèrent donc et se dirent les uns aux autres : « Frères, lé riz préparé par le diable est réellement bon, comme il le dit lui-même ; c'est bien bon assurément, ce n'est point de la fraude ». Et ils mangèrent de tout ce que le diable avait préparé, et tout était bon à manger. Ensuite le diable dit à l'homme : « Vous êtes ici dans le lieu que votre Dieu vous a donné, ce lieu n'est pas agréable, si vous alliez voir chez moi, les villes, les cités, mon grand royaume, c'est bien plus agréable que tout ce qu'il y a ici, et vous y verriez une foule de beautés bien supérieures ; vous y verriez des fêtes plus splendides ; le tambour an son harmonieux, les cymbales au son vibrant, les gongs au son retentissant, les flûtes au son doux, toutes ces choses agréables vous les entendriez, et vous verriez tant de beautés dans mon royaume que vous sauriez que là seulement se trouve le bonheur ». II trompa ainsi l'homme. Etant fasciné par le diable, l'homme le crut et le suivit donc dans son royaume, et parcourut ses villes, et vit que tout v était beau pour l'oeil et agréable pour lé coeur ; et il écouta lés tambours et les gongs et tous les autres instruments, et sentit que c'était encore plus agréable que tout le reste. En s'en retournant, les voyageurs disaient les uns aux autres : « Vraiment le royaume du diable est plus beau que tout ce que l'on peut dire ». Dès lors, leur coeur se tourna du côté du diable et ils le suivirent tous. Alors le diable dit : « Dieu a trop favorisé l'homme ». Et il alla couper entièrement le Mou dé que Dieu avait donné à l'homme pour nourriture. Le Mou dé, ainsi coupé par le diable, se retira vers le ciel et disparut et l'homme ne l'a plus revu jusqu'à présent.
    Depuis le moment où les hommes suivirent le diable (Mu kau li, Nau ka plan, le diable trompeur sous la forme d'une femme) ils ont été sujets à la misère, a la mort à la vieillesse, aux maladies, et de plus ils ont été soumis à là faim, ils ont eu à supporter la famine.
    Quelques-uns allèrent demander à manger au diable, et il leur répliqua : « Mes frères, comment pourrais-je moi seul donner à, manger à tant de monde ? Il faut travailler pour vivre par vous même ».
    Alors les hommes se mirent à essayer de travailler pour vivre ; mais ils né savaient pas encore faire grande chose, et de plus, ils n'avaient jamais vu aucune sorte de travail et le diable ne leur enseignait rien ! Alors grand fut leur malheur ! Dieu vit leur état et eut pitié d'eux. Il vint lui-même près d'eux et leur dit : « Mes enfants, je vous avais bien donné mes ordres et vous ne m'avez pas cru, vous avez transgressé nies ordres ».
    Il leur enseigna différentes manières de travailler, et leur donna une foule de plantes bonnes à manger.
    Dans ce temps-là on ne pilait pas encore le riz, on l'étendait au soleil et l'écorce éclatait dans un instant ; il ne testait qu'à le vanner, le cuire et le manger, il n'était besoin ni de le moudre, ni de le piler comme maintenant.
    Le diable dit : « Dieu Fend la vie trop facile aux hommes. » Et les voyant étendre du riz au soleil, il leur commanda : « Allez moudre ce riz et pilez-le avec un pilon ». Mais cette fois il eut beau dire, on rie le crut pas, et il alla lui-même le moudre et le piler et il dit : « La vraie manière de préparer le riz, c'est de le piler ainsi, il n'y a que de l'avantage ». Ils firent donc ainsi, et allèrent ensuite l'étendre au soleil, mais il ne se dépouillait plus de son écorcé comme auparavant et cela jusqu'aujourd'hui.
    Dieu, voyant que les hommes mouraient, eut encore pitié d'eux et leur procura tin moyen de ressusciter, il leur parla ainsi : « Mes enfants, je vais vous dire une chose : quand quelqu'un meurt, enveloppez-le avec des feuilles de bananiers, quand lés feuilles du bananier jauniront, le mort ressuscitera ».
    Le diable vit cela et vint de nouveau tromper les hommes : « Mes frères leur dit-il, votre manière de faire n'est pas excellente, il vous est très difficile de ressusciter après votre mort; je vais vous donner un moyen de ressusciter plus prompt encore que celui que votre Dieu vous a enseigné ; faites un trou en terre, mettez-y le mort, recouvrez-le avec la terre et fermez le trou par dessus avec une pierre, avant trois jours le mort ressuscitera. » Les hommes crurent à ce que le diable disait, et ils se dirent : « La manière de faire du diable est plus avantageuse que celle de Dieu ; si notre femme ou notre enfant meurt, nous avons à le regretter 3 jours et 3 nuits seulement ; le moyen que Dieu nous a donné est long de 7 jours et 7 nuits, ainsi si noire femme ou notre enfant meurt, nous avons à fat tendre jusqu'à 7 jours, c'est trop long. » Nous prendrons le moyen le plus facile ; et ils firent comme le diable leur disait.
    Au bout de trois jours ils allèrent voir au tombeau, et la pierre ne jaunissait pas et le mort ne ressuscitait pas.
    Au bout de 7 jours ils allèrent voir le tombeau de nouveau; et la pierre ne jaunissait pas Alors ils se dirent : « Nous voilà pris, ce fichu diable gasconne, il a dit trois jours et ce sera peut-être trois mois ; nous nous devrons attendre ce mort pendant trois mois, cela ne va pas ».
    Au bout de trois mois ils allèrent de nouveau voir le tombeau et la pierre était comme auparavant et ne jaunissait point. Alors ils se dirent : « Cette fois-ci nous sommes pris, qu'allons-nous faire ? Nous sommes encore plus trompés que l'autre fois, le diable disait trois jours, trois mois ne suffisent pas, sera-ce dans trois ans ? » Et ils attendirent encore.
    Au bout de trois ans ils .allèrent au tombeau et ce fut comme auparavant ; la pierre ne pouvait jaunir V. le mort ne pouvait ressusciter et jusqu'à présent les morts ne ressuscitent pas.
    C'est pourquoi les hommes se fâchèrent contre le diable et se concertèrent pour le, tuer. Ils apportèrent un grand arbre tout entier avec ses branches, creusèrent un trou en terre, y jetèrent le diable, et afin qu'il ne put en sortir, fermèrent ce trou avec le tronc de ce grand arbre. Mais voilà qu'on vit le diable au haut de l'arbre riant de toutes ses forces. Alors les hommes ne pouvant rien lui faire, ni d'une manière 'ni d'autre, n'ont plus rien essayé jusqu'à présent.
    Outre cela, on dit que le diable voudrait détruire' tout ce que Dieu a fait, mais pourtant, il est encore resté deux sortes de choses, dit-on, c'est le pois et l'eau. Il a bien essayé de les détruire, mais en vain ; il employa divers moyens pour' détruire la source, mais l'eau s'en allait coulant jusqu'à l'embouchure de la rivière ; quant au pois, il tâchait de l'écraser par différents moyens, mais il restait toujours pois comme avant.
    De ces faits divers on a composé des chants qui existent encore, les voici:
    Khou the bat le tambour dans la ville,
    Il trompe entièrement les vrais enfants de Dieu.
    Khou the bat le tambour au sein de la ville,
    Il trompe les enfants de Dieu, hommes et femmes.
    Nau ka plau leurre les enfants de Dieu
    Eu leur donnant du riz cuit en bambous.
    Nau ka plau déçoit les enfants de Dieu
    Par le moyen de riz cuit en bambous.
    Nau ka plau prit du riz bien préparé
    Et le donna à manger aux enfants de Dieu ;
    Nau ka plan prit du riz bien préparé
    Et le fit manger à la fille de Dieu déçue
    Ce riz dans la main de la femme
    Trompa à l'instant la fille de Dieu,
    Ce riz dans la main de la femme
    Déçut les enfants de Dieu, filles et garçons.
    L'homme, ainsi victime d'un leurre,
    Souffre misères jusqu'à présent.
    Le leurre qu'a supporté l'homme
    L'a fait malheureux d'âge en âge.
    Khou the nous a appelés dans la ville
    Et nous a placés dans l'ombre de la mort ;
    Khou the nous a appelés dans la ville
    Et nous a livrés au pouvoir de la mort.
    Quand nous étions à l'ombre de Dieu
    Nous vivions plusieurs générations;
    Quand nous étions dans la main de Dieu
    Nous menions une vie heureuse ;
    Quand nous étions dans la main de Dieu
    Nous jouissions d'une vie heureuse.
    Nati ka plau nous entraîna dans ses ruses,
    Nous avons été soumis à la mort.
    Nau ka plan nous entraîna après elle,
    Nous avons été soumis à l'empire de la mort.
    Nous n'avons pas écouté notre Grand-père (Dieu)
    Mu liau li nous trompa et nous fit aller ;
    Nous n'avons pas écouté notre Grand-père
    Mu liau li nous trompa et tous le suivirent.
    Nous avons dérogé à la voie de notre Grand-père
    Et la mort est tombée sur nous ;
    Nous avons dérogé à la voie de notre Grand-père
    Et la mort est tombée parmi nous.
    Nos ancêtres autrefois mangeaient le Mou dé ;
    Nos aïeux mangeaient autrefois le Hau dé ;
    Il (le diable) coupa le Mou dé notre nourriture
    Il coupa le Hau dé que nous mangions ;
    La tige du Mou dé coupée
    Fut attirée vers le ciel.
    Nos ancêtres autrefois mangeaient lé Mou dau
    Nos aïeux mangeaient jadis le Hat dau,
    Il coupa le Mou dau qu'ils mangeaient,
    Il coupa le Hari dau qu'ils Mangeaient.
    Le Mou dau ainsi coupé
    Se retira soudain vers les cieux.
    Le grand Pa yo1 prit sur l'arbre un fruit jaune
    Et trompa les enfants de Dieu.
    Le grand Pa yo prit sur l'arbre un beau fruit,
    Et trompa les enfants de Dieu, hommes et femmes.
    Le Dieu grand plaça un mauvais fruit,
    Mu kau li s'en servit pour les tromper (les hommes)
    Dieu grand posa un mauvais fruit,
    Mu kau li le prit et trompa.
    Mu kau li donna du fruit tentateur
    Nous le mangeâmes et nous nous trompâmes de chemin
    Mu kau li donna de fruit
    Nous nous trompâmes en le mangeant.
    Tentation ! Tentation ! Fruit de tentation !
    Le fruit de tentation a causé la ruine.
    Le fruit de tentation n'était pas bon
    Il a trompé à mort notre mère ;
    Le fruit de tentation était mauvais
    Il a trompé notre mère jusqu'à la mort.
    Le fruit de tentation que mangea notre mère,
    Elle en fit manger aussi à nôtre père ; Le fruit que mangea notre mère
    Elle en donna à manger à notre père aussi. Notre père en Mangea et soudain
    Il sut qu'il s'était trompé ;
    Notre père en mangea et... malheur !
    Il reconnut la difficulté où il se trouvait ;
    Il le reconnut.....mais, hélas !
    Il avait avalé jusqu'au noeud de la gorge.
    Autrefois une fois chaque jour
    Dieu visitait le grand firmament (ciel)
    Jadis une fois chaque jour
    Dieu visitait le haut firmament.
    Depuis que nous avons transgressé l'ordre de Dieu.
    Il n'apparaît plus au firmament,

    1. Le Pa yo est une espèce de monstre marin avec la forme d'un serpent.

    Depuis que nous avons désobéi à Dieu
    Il n'apparaît plus au firmament facilement.
    Depuis que nous avons désobéi à Dieu
    Il a abandonné le grand firmament
    Depuis que nous avons désobéi à Dieu
    Il a renversé le grand firmament.
    Dieu nous a tourné le dos
    Et l'ombre de la mort nous a Couverts
    Aussitôt que Dieu nous a tourné le dos
    Aussitôt l'ombre de la mort nous a atteints.
    Le diable dit qu'il est capable
    Il n'égale pas un signe de la main de Dieu,
    Le diable dit qu'il est puissant,
    Il ne peut pas autant que Dieu sommeillant.
    Un signe de la main de Dieu,
    Est plus que la toute puissance du diable.
    Le diable a voulu défier Dieu,
    Dieu a remué sa Main et l'a vaincu,
    Et qui pourrait défier Dieu
    Le ciel et la terre disparaîtraient (ou il ferait disparaître)...
    Qui pourrait défier la volonté de Dieu
    Le ciel et la terre disparaîtraient instantanément.
    Comment le grand Pa yo oserait-il défier Dieu
    Nul n'est plus puissant que Dieu assurément.
    Comment lé grand Pa yo pourrait-il s'égaler à Dieu
    Il n'est pas facile d'être plus puissant que Dieu.
    Nos ancêtres mangeaient autrefois
    Le Mou dé1 suspendu (pendant dé haut en bas)
    Nos ancêtres autrefois se nourrissaient
    Du Mou dé suspendu bien haut.
    Ils n'écoutèrent pas la voix de Dieu
    Et Dieu fit selon sa volonté
    Nos ancêtres, eux nos chefs, nos guides,
    Se trompèrent et se détruisirent eux-mêmes ;
    Ils se ruinèrent, se détruisirent Et devinrent dés enfants souillés.

    1. Le Mou dé, disent-ils, n'était pas un arbre planté en terre, c'était quelque chose comme un grand arbre dont la racine serait an ciel et la tige pendant vers la terre, de sorte que nous ne voyions que le bout des branches.

    1911/321-328
    321-328
    France
    1911
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