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Histoire de Phrang le chasseur 1. (Conte Siamois).

VARIÉTÉS Histoire de Phrang le chasseur (Conte Siamois).
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    VARIÉTÉS



    Histoire de Phrang le chasseur



    (Conte Siamois).



    Sur la lisière de la forêt, M. Phrang a construit une petite cabane. Ce qu'il est venu chercher là, ce n'est point la vue des tableaux grandioses que la nature offre aux yeux de l'homme. Les géants de la forêt dont les cimes semblent se confondre avec le ciel, ces énormes lianes qui les enserrent, s'entremêlent à leurs branches, puis de ces hauteurs que l'oeil peut à peine mesurer, descendent jusqu'à terre, rien de tout cela n'a le don de l'émouvoir, Phrang lève rarement les yeux au ciel, il ignore Dieu ; mais il sait que dans la forêt se cachent toutes sortes de génies, la plupart malfaisants, il lui faut éviter leurs maléfices. A l'orée de la forêt, là où se croisent les divers sentiers qui y pénètrent, se trouve un petit édicule, il suffira à Phrang d'y déposer une offrande, un fruit, une branche d'arbre, il aura ainsi détourné la colère des génies gardiens de la forêt et pourra y pénétrer impunément. D'ailleurs, n'a-t-il pas toujours sur lui le talisman que lui donna le bonze de la pagode du village voisin ? C'est une dent de tigre, un croc de sanglier ou encore un simple galet arrondi ; avec cela Phrang est invulnérable et les génies le redoutent.

    Dans sa hutte, Phrang est heureux, il a quelques calebasses pleines de riz, des tranches de venaison séchées au soleil pendent sur le devant de sa porte. Il a du bétel et de l'arec. Point n'est besoin de garde-robe, le langouti acheté 50 cents au village lui suffit. Il peut quand il lui plaît (et en bon siamois il ne s'en fait pas faute) se plonger dans les délices du sommeil pendant le jour. Le soir il a sa guitare siamoise sur laquelle il répète inlassablement tous les airs qu'il apprit en écoutant la comédie au temps de sa vie de nakleng (1), ou pendant qu'il avait la tête rasée à la pagode voisine.

    Je vous ai fait connaître Phrang ; mais j'allais oublier de vous dire que Phrang est chasseur et c'est même pour cela que notre homme s'est t'ait ermite non loin de la forêt giboyeuse. C'est d'ailleurs sa dernière aventure de chasse que, je vais vous raconter, vous verrez comment les génies de la forêt lui jouèrent la plus vilaine farce qu'un lutin puisse jouer à un chasseur.



    (1). Polisson, joueur de profession, vagabond.

    Phrang vivait donc du produit de sa chasse ; lorsque ses provisions s'épuisaient il glissait une bonne poignée de poudre dans le canon de son fusil à pierre, y ajoutait quelques grains de plomb et le voilà parti à la recherche du gros gibier, cerf ou sanglier. Lorsque la chasse était heureuse Phrang se réservait quelques bons morceaux qu'il mettait sécher au soleil et allait vendre le reste an plus prochain village.

    Qui n'eut envié la paisible existence de Phrang et pourtant un, jour vint où un événement extraordinaire le troubla pour jamais.

    Un soir en revenant à sa cabane Phrang avait découvert les traces d'un beau cerf. Le lendemain dès avant l'aurore, son fusil chargé sur l'épaule, un peu de riz dans une feuille de bananier passée à sa ceinture, il était parti et s'était enfoncé dans la forêt profonde cherchant sa proie qui ne pouvait être éloignée. Mais quoi ! Un diable malin se jouait de lui, déjà le soleil dardait ses rayons à travers la cime des arbres et il n'avait rien trouvé ; bien plus il avait perdu les traces du gibier et se trouvait éloigné de tout sentier. Il n'avait pourtant point négligé de déposer son offrande à l'orée du bois!

    Pendant qu'il en était là de ses réflexions Phrang crut apercevoir devant lui une petite clairière. Il se dirigea de ce côté. C'était vraiment un endroit magnifique. Au milieu de la clairière un grand arbre d'une espèce inconnue semblait 1inviter à aller se reposer sous son feuillage épais. Deux jarres d'une forme inusitée dans le pays se trouvait adossées au tronc de l'arbre Phrang commença par se prosterner, il n'ignorait pas combien la forêt recèle de mystères et combien nombreuses y sont les manifestations du démon. Puis se relevant il s'enhardit, son regard plongea dans les urnes. Phuttho1 ! S'écria-t-il, je suis riche ! Dans l'une en effet brillaient de beaux lingots d'or aux jaunes reflets et dans l'autre de jolies pièces d'argent. Phrang ne resta point longtemps en contemplation, il se mit en devoir de plonger la main dans l'urne qui contenait l'or. Par malheur l'orifice était étroit et comme celui d'une nase, il allait se rétrécissant, de sorte que lorsque Phrang, la main pleine de lingots voulut la retirer, il ne le petit et dut les lâcher l'un après l'autre. Oh ! Ce ting ting du précieux métal retombant dans le fond de la jarre, comme il lui faisait mal au coeur! Enfin, après plusieurs savantes manuvres, la sueur au front, Phang put ramener un lingot à l'orifice.



    1. Phûtto! C'est une exclamation qui signifie ô Bouddha !



    Cela me suffit en attendant, se dit-il ! D'ailleurs, pourquoi se donner tant de peine, le trésor est à moi et j'y viendrai puiser lorsque bon me semblera. En possession de son lingot, Phrang voulut rentrer au logis, mais il eut beau chercher une issue, il ne retrouva plus l'endroit par où il était passé pour rentrer dans la clairière. Lui, le vieux chasseurs, qui aurait pu reconnaître les traces d'un daim sur un tas de feuilles sèches, il ne retrouvait plus les siennes ! Sans doute, le génie protecteur du trésor lui avait jeté un bandeau sur les yeux, car chaque fois qu'il rentrait dans la forêt, il était aussitôt ramené dans la clairière. Phrang n'y tenant plus, exaspéré, s'en retourna vers les jarres, y remit le lingot maudit et aussitôt, comme par enchantement, il retrouva le sentier qu'il avait suivi le matin, et sans encombre put regagner sa cabane.

    (A suivre).












    1912/156-158
    156-158
    Cambodge
    1912
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