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Guérison de Pierre Huy due à l'intercession de Notre Dame de Lavang.

Guérison de Pierre Huy CLERC MINORÉ DE LA COCHINCHINE ORIENTALE due à l'intercession de Notre Dame de Lavang. PAR M. LEMASLE Missionnaire apostolique de la Cochinchine septentrionale.
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    Guérison de Pierre Huy

    CLERC MINORÉ DE LA COCHINCHINE ORIENTALE

    due à l'intercession de Notre Dame de Lavang.

    PAR M. LEMASLE

    Missionnaire apostolique de la Cochinchine septentrionale.

    Le 11 juillet 1917, arrivaient à Quangtri deux jeunes séminaristes de la Cochinchine orientale. L'un d'eux, Pierre Huy, clerc minoré, venait remercier N.-D. de Lavang d'une grâce insigne obtenue par son intercession. Etant alors très occupé par la préparation d'un service solennel que nous devions célébrer ici pour le repos de l'âme du regretté Caspar, notre ancien vicaire apostolique, dont nous avions appris récemment la mort en pays annexé, je n'eus pas le temps d'interroger Pierre Huy comme je l'aurais désiré. Tout ce que je pus savoir alors, c'est que ce jeune clerc, dont la santé avait été sérieusement compromise par plusieurs mois d'une maladie très grave, attribuait sa guérison à N.-D. de Lavang. Aussi fut-ce pour moi un véritable plaisir de lui procurer toutes les facilités d'assister à la messe le leudemain dans le célèbre sanctuaire de Notre-Dame, éloigné de ma résidence de six à sept kilomètres, et où il n'y a pas de prêtre à demeure, Le matin du 12 juillet, après y avoir fait pieusement leurs dévotions, nos deux pèlerins reprenaient le chemin de la Cochinchine orientale, sans que j'aie pu connaître en détail et d'une façon bien précise les faveurs dont Pierre Huy se considérait comme redevable à la bonne Mère. L'organisation du grand pèlerinage national à N.-D, de Lavang, fixé au 22 août, devait dès lors me prendre la plus grande partie de mon temps. Cependant je ne perdais pas de vue ce cher séminariste, qui n'avait pas hésité à entreprendre un long voyage pour venir remercier la Sainte Vierge jusque dans son sanctuaire de prédilection, et je me proposais bien un jour, lorsque je serais un peu plus libre de mes mouvements, de provoquer le récit de la, guérison de Pierre Huy, heureux de concourir ainsi à la glorification de notre bonne Mère.
    Dans le courant de septembre, je m'adressai donc au P. Eugène Mugnier, supérieur du grand séminaire dans la Cochinchine orientale, où Pierre Huy fait ses études théologiques. Cet aimable confrère eut la condescendance de se prêter à tous mes désirs et je tiens à l'en remercier ici de tout coeur, Voici ce qu'il m'écrivait à la date du 25 octobre : « Je vais dire à M. Huy (c'est le nom du miraculé) de vous narrer en détail et sa maladie et sa guérison qui, de fait, paraît miraculeuse, puisque les religieuses françaises de Kimchau1, après le docteur de Quinhon, l'avaient abandonné ». Plus tard, une autre lettre du P. Mugnier me disait : « Je m'empresse de vous transmettre la lettre du thay2 Huy, vous racontant les diverses circonstances de sa maladie et de sa guérison. Tout ce qu'il écrit est exact et je l'aurais moi-même raconté comme cela, mais moins bien évidemment, aussi vous aurez tout à gagner à ce que ce soit lui qui ait tenu la plume ». Voici la traduction aussi exacte que possible de ce récit:
    « Vers le milieu de l'année 1913, j'eus la fièvre typhoïde, et mes supérieurs m'envoyèrent à l'hôpital de Quinhon. Le médecin me fit des injections qui ne chassèrent un mal que pour m'en amener un autre la fièvre disparut, mais des abcès se formèrent, occasionnés par les piqûres. On ouvrit ces abcès, on chercha à les faire disparaître par tous les moyens possibles, mais ce fut en vain : après plus de cinq mois de traitement, ils étaient toujours purulents, et je me trouvais chaque jour plus mal; médecin et malade, nous étions aussi fatigués et aussi découragés l'un que l'autre.
    « On me permit alors de me rendre à Kimchau où j'espérais trouver une prompte guérison auprès des religieuses européennes, qui y soignent admirablement les malades. De fait, les Soeurs mirent tout en oeuvre pour me guérir, mais mon vilain mal semblait vouloir lutter avec leur bonté ; plus elles essayaient de le faire disparaître, plus il s'obstinait à grandir, si bien qu'à la fin je ne pouvais plus ni marcher ni me tenir debout ; il me fallait rester couché sur le côté, et le sang et le pus coulaient plus que jamais de mes deux énormes ulcères. Les Soeurs me dirent que les remèdes ordinaires ne me guériraient que bien difficilement ; elles m'engagèrent à recourir à la Sainte Vierge et à prendre de l'eau de Lourdes. Notre bonne Mère ne voulut pas me guérir en ce moment-là et mon état continua de s'aggraver.

    1. Importante chrétienté, située près de la citadelle de Binhdinh où la mission de Cochinchine orientale a fondé un hôpital tenu par les soeurs de Saint-Paul de Chartres.
    2. Maître, titre honorifique donné aux séminaristes qui ont eu au moins la tonsure.

    « Je demandai à essayer de la médecine chinoise. Mon mal y fut absolument rebelle. Plus j'appelais de médecins, plus je me voyais malade. Je fus, alors réellement malheureux ! Il fallut mettre sur mon grabat un bassin pour recueillir le sang et le pus qui coulaient de plus en plus, puis petit à petit, tout mon corps se mit à enfler, mon estomac refusa toute nourriture, toute espèce de médicaments ; je n'essayai plus d'arrêter le mal. Cloué sur mon lit, désespéré, j'attendais la mort quand je reçus la visite du P. Perreaux que j'avais servi jadis comme catéchiste. Le Père me parla de Notre-Dame de Lavang, me dit que la Sainte Vierge avait déjà fait en ce lieu de nombreux miracles, qu'elle semblait vouloir, sous ce vocable, combler de ses faveurs notre terre d'Annam. « Priez-la de vous guérir, me dit-il, et faites le voeu d'aller visiter son sanctuaire, dès que vous pourrez marcher ». Il me promit de demander aux chrétiens de notre Mission de réciter pour moi le chapelet des Sept-Douleurs, et il m'envoya, pour exciter ma confiance, une image de Notre-Dame de Lavang. Je fis ce que le Père me disait. Mon espérance ne fut pas trompée, et les prières des chrétiens nafurent pas inutiles. La Sainte Vierge me guérit ; seulement, comme je n'étais pas digne d'un miracle, mon mal ne disparut pas subitement et la Sainte Vierge employa, pour me guérir, une voie détournée.
    « Un des chrétiens du P. Perreaux, chef de la chrétienté de Gogang demanda à me prendre chez lui pour nie soigner. On trouva la chose fort étrange ! Nous n'étions point parents, et me faire entrer dans sa maison, c'était en quelque sorte y transporter un cadavre ! Mon supérieur accéda à cette demande peur ne point me contrister ; mais je vis bien qu'il ne comptait guère sur ma guérison. La veille de mon départ, il vint me voir et me dit : « Puisque vous avez quelque espoir de guérison, je ne veux pas vous interdire ce voyage, mais ne comptez pas trop sur les remèdes, placez toute votre confiance en la Sainte Vierge ». Voyant que mon supérieur avait ainsi perdu tout espoir dans les moyens humains, il me vint à la pensée que peut-être ces paroles étaient les dernières qu'il m'adressait. Je fis néammoins ce qu'il me disait et je me recommandai à la Sainte Vierge avec toute la ferveur dont j'étais capable.
    « J'éprouvai la vérité de cette parole de saint Bernard qu' « on n'a jamais entendu dire que quelqu'un ait eu recours à cette bonne Mère sans voir exaucer sa prière ». Jusque-là tout nouveau remède m'avait amené une recrudescence du mal ; cette fois ce fut le contraire ; à peine arrivé à Gogang, je me trouvai beaucoup mieux. Ces ulcères, que de savants' remèdes n'avaient fait que développer, un pansement sommaire les cicatrisa peu à peu ; au bout de quatre mois, j'étais complètement guéri, ressuscité. On m'avait dit que tout au moins je resterais perclus ; mais pas du tout, je marche comme tout le monde.
    « C'est bien Notre-Dame de Lavang qui m'a guéri, et je la remercie de tout mon coeur. Des savants, des saints se sont déclarés impuissants à célébrer dignement cette bonne Mère. Je ne suis qu'un ignorant qui ne sait pas s'exprimer ; je ne peux pas entreprendre pareille tâche, mais ces quelques lignes, écrites par ordre de mes supérieurs, disent à tous que Notre-Dame de Lavang n'abandonne jamais ceux qui ont recours à elle ».
    A ce récit tout à la fois si intéressant et si simple, j'ajouterai quelques autres détails qui m'ont été donnés par le P. Mugnier.
    Pierre Huy fit une neuvaine à Notre-Dame de Lavang pour lui demander sa guérison, et s'engagea par voeu d'aller en pèlerinage au sanctuaire de Notre-Dame lorsqu'il serait bien guéri et que ses supérieurs le lui permettraient. Pendant le cours de la neuvaine, une amélioration sensible se produisit, et environ un mois après, les ulcères étaient complètement cicatrisés, Mais comme l'organisme avait été sérieusement fatigué par une longue maladie qui avait duré plus d'une année, la guérison ne fut réellement complète qu'au bout de quatre mois,
    Lorsque j'ai rencontré Pierre Huy à Quangtri, le 11 juillet 1917, il y avait à peu près 2 ans et 5 mois qu'il était guéri. Il paraissait jouir d'une excellente santé et m'a fait l'impression d'un séminariste modeste et pieux. Que Notre-Dame de Lavang, qui lui a donné une marque si sensible de sa protection, continue à l'aider à gravir les degrés du sanctuaire, et en fasse un prêtre zélé qui chantera sa gloire dans notre mission.

    1918/489-492
    489-492
    Vietnam
    1918
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