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Fondation du poste de Maizuru

OSAKA (Japon) LETTRE DE M. CASTANIER Missionnaire apostolique Fondation du poste de Maizuru Appelé à fonder un nouveau poste à Maizuru, j'ai recueilli en héritage la moitié de l'immense district administré par M. Relave depuis plus de 15 ans ; aussi en commençant ce compte-rendu, je suis heureux de rendre hommage au zèle et au dévoueraient de ce cher confrère, dont les travaux et les sacrifices ont hâté l'érection de ce nouveau poste. Cest un dimanche soir, le 18 octobre dernier, que je lis mon entrée à Maizuru.
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    OSAKA (Japon)

    LETTRE DE M. CASTANIER
    Missionnaire apostolique

    Fondation du poste de Maizuru

    Appelé à fonder un nouveau poste à Maizuru, j'ai recueilli en héritage la moitié de l'immense district administré par M. Relave depuis plus de 15 ans ; aussi en commençant ce compte-rendu, je suis heureux de rendre hommage au zèle et au dévoueraient de ce cher confrère, dont les travaux et les sacrifices ont hâté l'érection de ce nouveau poste.
    Cest un dimanche soir, le 18 octobre dernier, que je lis mon entrée à Maizuru.
    Au milieu des saluts réciproques, on but ensemble la traditionnelle tasse de thé ; M. Relave fit ses adieux à la portion chérie de son troupeau ; avec quelques mots partis du coeur je dis un gai bonjour à mes nouveaux paroissiens ; les chrétiens remercièrent profondément M. Relave de tout ce qu'il avait fait pour eux et me souhaitèrent la bienvenue, en manifestant vivement leur joie de voir un missionnaire venir résider au milieu d'eux.
    Les jours suivants, guidé toujours par mon confrère, je fis quelques visites chez les premiers citoyens de Maizuru et de plus longues causeries chez les chrétiens ; puis M. Relave retourna à son poste, et, après la joie naturelle d'avoir vu mes principaux paroissiens et parcouru une partie de mon district, je me trouvai seul en face de la réalité, de la vie vraiment apostolique.
    Comme résidence, j'avais une vieille maison, située hors de la ville, en pleine campagne, où le vent avait ses entrées de tous côtés, et où la pluie se moquait si bien du vieux toit, qu'à l'endroit servant de cuisine, il fallait cuire le riz avec un parapluie ouvert sur le feu. Et cette pauvre résidence n'avait pour tout mobilier qu'une vieille armoire servant d'autel et une petite table bonne à tous les usages. Pour tout personnel, j'avais une chrétienne sur le déclin de l'âge, qui ne savait guère faire autre chose que garder la maison et cuire un peu de riz.
    Pour chapelle, j'avais la principale pièce de ma maison, et le dimanche, je ne pouvais faire la génuflexion sans heurter les fidèles accroupis derrière moi. C'est dans ces conditions que je passai près de deux mois, en attendant de trouver à l'intérieur de la ville une maison plus convenable et d'engager où, je pourrais un personnel moins sommaire.
    Impossible de conter ici, en détail, toutes les difficultés auxquelles je me heurtai pour trouver une nouvelle résidence : hostilité des habitants, conditions exagérées des propriétaires, modicité de mes ressources, infidélité de mon mandataire ; en un mot, je connus la gamme de toutes les misères. A la fin cependant, le ciel eut pitié de moi et m'envoya, pour me tirer d'affaire, un secours aussi précieux qu'inattendu. Un des hommes les plus honorables et les plus estimés de la cité se dévoua pour me venir en aide. Grâce à son influence et à son appui, triomphant de tous les obstacles, je réussis à louer une maison inhabitée depuis dix ans, très vaste, mais toute délabrée, sans nattes, sans cloisons à l'intérieur, sans portes et sans ombre de mobilier. Pour la rendre habitable, il fallut de grosses réparations, et de ce fait, en même temps que missionnaire, catéchiste, cuisinier, portier et sacristain, je dus devenir quelque peu maçon, charpentier, terrassier, marchand de nattes et de tous les meubles ou ustensiles nécessaires à quelqu'un qui doit tirer du néant un nouveau poste. Enfin, ma maison fut prête pour Noël. Après plus de deux mois de soucis, de travaux et de sacrifices, tout en restant locataire, j'avais une maison assez convenable pour servir de chapelle provisoire, de lieu de réunion pour les chrétiens et les païens, et de résidence pour le missionnaire.
    Il me fallait un catéchiste. A chercher ce précieux auxiliaire, je vis combien il est difficile aujourd'hui de le trouver. Enfin, après de nombreuses démarches, grâce à l'aimable complaisance d'un confrère, je pus engager, à 130 lieues d'ici, un homme depuis longtemps formé au métier et qui compte déjà de nombreuses années de fidèles services. Trois mois plus tard, je lui adjoignais un aide-catéchiste, qui me rend aussi d'inappréciables services, tant pour la tenue de la maison que pour le travail d'évangélisation auprès des païens.
    En dehors des soucis de l'installation du poste, il a fallu s'habituer et habituer mon personnel nouvellement arrivé après moi. Ensuite, surtout au début, j'ai consacré beaucoup de temps à visiter mes chrétiens disséminés sur une immense étendue, à courir après les brebis égarées, perdues au milieu des loups, qui s'habitueraient trop vite à se trouver loin du pasteur et qui se laisseraient peut-être dévorer, si l'on n'était là pour crier : Gare ! Cela a nécessité des voyages faits en barque, en pousse-pousse et plus souvent à pied. Vous n'ignorez pas que la plupart des chrétiens de Maizuru sont venus d'ailleurs, attirés par le champ d'activité ouvert ici, grâce à la création d'un port de guerre et à la construction d'une ligne de chemin de fer. Les quatre diocèses du Japon ont fourni leur contingent d'immigrés, et tout missionnaire sait que, pour ne pas déchoir, ces chrétiens éloignés de leur pays, doivent être entourés de soins particuliers. Je n'ai pas épargné ma peine, aussi, pendant les quatre premiers mois, j'ai eu la consolation d'avoir toujours une belle assistance à la messe et aux instructions du Dimanche. Malheureusement, en février, éclatait la guerre. Dès lors les chrétiens employés au port n'eurent plus de repos le dimanche, et moi-même, pour ménager bien des susceptibilités, je dus m'abstenir à peu près complètement de faire des visites à domicile.
    A partir de ce jour, je changeai un peu ma méthode et inaugurai un moyen d'évangélisation approprié aux circonstances. Le 8 février, j'envoyai le catéchiste faire à ma place toutes les courses, visiter les chrétiens et les païens, en le chargeant en même temps d'amener à la mission le plus de monde possible. Resté au logis, je consacrais mon temps à préparer les sermons du dimanche et des discours aux païens pour de solennelles réunions. De plus, faisant bonne garde, je recevais les visiteurs, leur accordant mon temps sans compter, écoutant quelquefois mille riens pendant de longues heures, pour trouver l'occasion d'aborder la question capitale et de faire luire quelques vérités aux yeux de ces pauvres gens. Surtout j'inaugurais à la mission de grandes conférences aux païens sur notre sainte religion. Pour réunir des auditeurs, je ne négligeais aucun moyen de réclame, journaux, affiches, circulaires etc... C'est moins simple que de sonner la cloche comme Saint François-Xavier, mais aujourd'hui c'est le meilleur moyen d'avoir du monde. J'ai la joie de vous dire que ces conférences ont eu quelques succès. Les auditeurs ont toujours été nombreux et ont écouté avec la plus grande sympathie. Si Dieu m'en donne les moyens, j'ai l'intention de continuer une fois le mois ces conférences aux païens.
    Ensuite Monseigneur Chatron est venu ici en tournée de confirmation. Toute la maison, décorée avec le plus grand soin, n'avait jamais eu un si bel air de fête. Les chrétiens, venus quelques-uns de 3, 4, 6 et 8 lieues, ne s'étaient jamais, depuis la guerre, rassemblés si nombreux. Et à la conférence solennelle qui clôtura ce beau jour, la mission débordait de païens, au nombre de 4 à 500. J'ai semé, je n'ai pas encore récolté ; demandez avec moi au bon Dieu que la moisson ne se fasse pas trop attendre.

    1905/169-171
    169-171
    Japon
    1905
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