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Fondation de Selan

KOUYTCHEOU Fondation de Selan LETTRE DE M. BOUSQUET, Missionnaire apostolique. Il ne s'agit pas ici du district de Selan, mais de notre installation dans la ville de ce nom, Le district fut jadis organisé par le P. Bouchard. Depuis la fin de la rebellion des Tsinlienkiao (jeûneurs), le P. Bouchard avait réussi à fonder quelques stations sur le territoire de la préfecture de Selan. On compte aujourd'hui plusieurs chrétientés de plus, mais le mouvement de conversions ne s'est pas généralisé.
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    KOUYTCHEOU

    Fondation de Selan

    LETTRE DE M. BOUSQUET,

    Missionnaire apostolique.

    Il ne s'agit pas ici du district de Selan, mais de notre installation dans la ville de ce nom, Le district fut jadis organisé par le P. Bouchard.
    Depuis la fin de la rebellion des Tsinlienkiao (jeûneurs), le P. Bouchard avait réussi à fonder quelques stations sur le territoire de la préfecture de Selan. On compte aujourd'hui plusieurs chrétientés de plus, mais le mouvement de conversions ne s'est pas généralisé.
    Une des raisons qui ont entravé le progrès du catholicisme dans cette préfecture, c'est que la mission n'obtint pas l'autorisation de s'installer dans la ville même. La population, en partie originaire du Houlan, mêlée de Miao rouges, ne pouvait accepter l'idée que des Européens puissent avoir le droit de s'établir chez elle. Tous les efforts du P. Bouchard n'arrivèrent pas à vaincre la mauvaise foi des prétoires.
    Les mandarins prétendaient, d'ailleurs, que tous les chrétiens étaient d'anciens rebelles, qui avaient plusieurs fois mis la ville de Selan à feu et à sang.
    Le P. Bouchard quitta le district en 1890. Durant son administration, il parvint cependant à prendre pied à Ganhoa, nommé vulgairement Tapao. C'est un marché situé à 120 lys au nord-ouest de Selan, sur un petit ruisseau qui se jette dans le Oukiang, à quelques 130 lys en aval de la préfecture. Le vice-roi Toen avait obtenu du gouvernement impérial la permission d'y transférer la sous-préfecture sise jusqu'alors dans un des faubourgs de Selan ; il était donc utile d'y avoir une résidence. Les difficultés ne manquèrent pas ; on put cependant acheter un terrain assez vaste sur lequel fut bâti le presbytère.
    A M. Blanchard succéda M. Terrat en 1890, et en 1898 je reçus la succession de ce dernier.
    Lors de la retraite au mois de mai 1899 Mgr Guichard décida notre installation dans la ville même de Selan. Les temps semblaient meilleurs.
    Les Chinois, battus par les Japonais en 1895, harcelés par les Allemands à Kiaotcheou, tâchaient de ne pas trop donner prise aux réclamations des Européens. Quelques années auparavant, le P. Chasseur, passant en barque au pied de Selan, eut l'idée d'aller faire une petite promenade dans le faubourg de la ville. La population ne lui fut guère sympathique. Cependant tout s'arrangea lorsqu'on sut que le Père ne comptait pas s'arrêter.
    Après les fêtes de l'Assomption (1899), je chargeai un vieux chef de canton, chrétien, de la sous-préfecture de Yukin, nommé Ouchouenou d'essayer de s'établir en ville.
    Une occasion s'offrit quelque temps après.
    Dans la ville de Selan, outre le mandarin civil chinois, existait un mandarin du pays même, chargé autrefois de surveiller les aborigènes. Ce mandarin appelé Gan, avait trouvé le sceau du pouvoir dans son berceau, car la charge était héréditaire dans sa famille. Cependant, depuis quelques années, la famille Gan n'habitait plus en ville, et les impôts étaient versés directement au préfet. Le chrétien Où alla trouver le chef de la famille Gan, qui résidait dans le petit village de Gankiatchay, à une grosse journée en amont de Selan et le pria de lui vendre son ancienne maison de la ville. Gan comptait d'assez nombreux amis parmi les chrétiens, aussi le marché fut-il conclu sans grande peine à la fin d'août 1899.
    Comme il s'agissait de prétoire, l'administration du Vicariat crut bon de faire une enquête, pour savoir si le prétoire vendu était une propriété de l'Etat ou un bien particulier. Après quelques explications tout fut mis au clair, et le contrat d'achat signé contre la somme de 3.000 fr.
    Restait à prendre possession. Lorsque la nouvelle de la vente fut connue dans la cité, il y eut un tollé général. Cependant les notables, convoqués secrètement par le mandarin, comprirent que le temps n'était plus aux excitations et ne protestèrent pas en public. Seul un vieux mandarin militaire, révoqué pour concussion, nommé Lofonglin, jura de renier ses ancêtres plutôt que de permettre notre installation dans la ville. Afin de laisser les choses se calmer un peu, il fut résolu de ne prendre possession qu'en janvier 1900. De fait, le 2 janvier je partis de Ganhoa, et m'arrêtai à Hukiapa, gros marché situé à 45 lys à l'ouest de Selan. On savait déjà mon arrivée, et le vieux Lofonglin déclarait qu'il l'empêcherait coûte que coûte, dût le missionnaire y laisser la vie.
    Un jeune vaurien de 20 ans, nommé Litchang, fut envoyé comme exécuteur des volontés de Lo. Défense fut faite aux habitants de Hukiapa de loger le missionnaire, qui à la sortie du marché devait être assassiné par Litchang et ses amis.
    Heureusement qu'il y a des braves gens partout. Je fus hébergé à Hukiapa, et les bandits attendirent en vain mon passage. Une tentative, opérée par Li lui-même dans l'auberge où j'étais logé, ne réussit pas davantage. Malgré son revolver, le jeune bandit sentit son courage faiblir, et sur l'invitation du missionnaire, il quitta l'auberge sans mettre son projet à exécution. Lofonglin se croyait si sûr de son coup qu'il s'en vantait en pleine ville. Le préfet était alots en tournée. Son suppléant envoya 25 soldats de son escorte pour me protéger.
    Les soldats voyagèrent toute la nuit et arrivèrent vers 8 heures du matin ; mais j'étais allé faire une petite promenade et réfléchir aux moyens de pénétrer dans la ville. Il importait d'abord de demander des garanties au préfet. Celui-ci promit tout, mais ne voulut pas donner d'écrit. Dans ce cas, je devais Songer à veiller à ma sûreté. Grâce à un riche chrétien de l'endroit tout fut réglé, et le 5 janvier au soir, après un heureux voyage en barque sur le Oukiang, j'abordai en ville.
    Plus de 2.000 personnes, averties par les barquiers qui nous précédaient, s'étaient rendues sur le rivage. Pas un cri hostile ne fut poussé, mais çà et là on pouvait remarquer des meneurs. Leur plan était celuici : défense de loger et de nourrir l'Européen et ceux qui l'accompagnait. Comme nous étions en plein hiver, l'idée n'était pas Mal trouvée. Le préfet me reçut assez bien et mit un prétoire vide à ma disposition. Donna-t-il des ordres pour que tout fût arranger ? Il est difficile de se prononcer. Une chose est sûre, c'est que jusqu'à minuit, il fut impossible de ne faire aucun achat et on dut garder le jeûne strict. Enfin, à cette heure, sur mes réclamations réitérées, le mandarin envoya les aliments demandés. Ce mandarin nommé Tin, vieillard de 72 ans, était peut-être excusable, mais son factotum ne l'était guère.
    Le lendemain, jour de l'Épiphanie, la messe fut célébrée pour la première fois à Selan ; Ecce advenit dominator Dominus chantait la sainte Eglise à l'Introït. Par Contre, l'Évangile nous montrait Hérode méditant la perte de l'Enfant Dieu. L'histoire se répète. Malgré les lettrés, le sang divin était tombé en pluie bienfaisante sur la ville païenne.
    Durant la matinée, chaque notable vint en habit de cérémonie me saluer. Les mandarins locaux s'étaient eux-mêmes exécutés avec bonne grâce ; et sauf Lofonglin, qui se cacha, chacun fut poli à la manière chinoise. Un banquet réunit tout le haut personnel du prétoire préfectoral; et trois jours plus tard, le contrat d'achat fut dûment timbré. Cependant de graves événements venaient de se passer à Pékin. L'impératrice douairière avait repris le pouvoir et remercié brutalement les Réformistes. Le nouveau préfet de Selan, Tchanghootin, avait été délégué par notre vieil ennemi le préfet de Kouyyang, Nientsiuenhi, afin de contrecarrer notre installation en ville. Les premières escarmouches s'ouvrirent à Longpenchouy. Plusieurs chrétiens furent massacrés par les bandes de Lofonglin. Voyant les mandarins rester impassibles, le bandit Litchangsin alla s'attaquer au chrétien qui m'avait permis d'entrer en ville. Il fut reçu de façon à lui ôter l'envie de récidiver. Tout serait rentré dans l'ordre saris les Boxeurs qui, durant l'année 1900, ensanglantèrent une partie dé la Chine. Le district de Selan eut beaucoup à souffrir, et Lofonglin profita de l'occasion pour se venger sur les chrétiens de son échec du mois de janvier.

    Mais tout a une fin, même la puissance des mauvais. Les affaires se terminèrent à l'avantage des chrétiens. Au mois de juin 1901, le préfet Tchang fut destitué, Lofonglin condamné à la prison et les chrétiens indemnisés. A la fin de juillet, je rentrai en ville aidé par le nouveau préfet Ouang. Lofonglin, voyant qu'il était plus utile de faire patte de velours, demanda et obtint sa grâce ; depuis lors, extérieurement du moins, il fut presque de nos amis. Malheureusement pour lui, la révolution de 1912 fut moins patiente que les missionnaires. Ayant voulu faire de Selan une ville indépendante, il fut pris et décapité ; son foie et son cœur furent mangés par les soldats.
    Débarrassé des ennemis du catholicisme, je bâtis d'abord une pharmacie et une résidence. J'avais eu l'intention de doter le pays d'une belle église dédiée au Sacré-Coeur. Malheureusement les maçons et les charpentiers du pays ne sont guère habiles ; je ne l'étais pas davantage. Le monument que je fis élever fut renversé par la tempête en 1913, et un de mes successeurs le releva, et fit quelque chose de plus solide.
    Pour terminer, voici la liste des missionnaires du district :

    Tapao et Selan.

    18 ..-1890 MM. BOUCHARD.
    1890-1897 TERRAT.
    1898-1902 BOUSQUET.
    1902-1907 NOYER.
    1907-1910 SAUNIER.
    1909-1910 BRUNEL (intérim).
    1910-1913 LARRART.
    1913 PUECH.

    Selan (ville).

    1901-1903 MM. BOUSQUET.
    1903-1906 FORTUNAT.
    1906-1907 NOYER (intérim).
    1907-1908 SAUNIER (intérim).
    1908-1910 BRUNEL.
    1910-1912 SOLIGNAC (intérim).
    1912 VION.

    1918/540-544
    540-544
    Chine
    1918
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