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Fondation de la chrétienté de Yen-Tho

TONKIN MARITIME Fondation de la chrétienté de Yen-Tho Lettre du P. Soubeyre, Missionnaire apostolique. Il y a, je crois, peu de pays au monde où les maladies épidémiques, choléra, variole, fièvres de toutes sortes, soient plus fréquentes et plus meurtrières qu'au Tonkin.
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    TONKIN MARITIME

    Fondation de la chrétienté de Yen-Tho

    Lettre du P. Soubeyre,
    Missionnaire apostolique.

    Il y a, je crois, peu de pays au monde où les maladies épidémiques, choléra, variole, fièvres de toutes sortes, soient plus fréquentes et plus meurtrières qu'au Tonkin.
    Il faut sans doute en attribuer la cause à la pauvreté des familles nombreuses, à l'insuffisance de la nourriture et au manque d'hygiène des habitations. Peu de pays non plus ont à subir autant de calamités causées par les typhons, les inondations et les sécheresses. Sans doute, ces immenses plaines de rizières formées de terrains de première qualité, (terrains d'alluvion), donnent, en temps normal, de très bons rendements, mais encore faut-il compter avec une population qui va souvent, et cela dans les campagnes, jusqu'à 800 habitants par kilomètre carré. Par ailleurs, près de la moitié des rizières étant des terres communales, mal distribuées, mal cultivées, plus imposées et sujettes à des procès interminables et ruineux, l'immense majorité de ses habitants est très pauvre et, aux époques (le calamités, s'endette ou meurt de faim.
    Est-ce à cause de cette misère endémique que, de tous les pays d'Extrême-Orient, le Tonkin est celui qui a jusqu'ici donné le plus de conversions : 700.000 catholiques sur une population de 8.000.000 habitants, soit à peu près un dixième? Nul doute que les grandes disettes, une justice mandarinale déplorable, n'aient amené à notre Foi beaucoup d'adeptes qui sont devenus avec le temps de fervents catholiques ; mais les conversions provenant d'un facteur surnaturel doivent aussi être nombreuses, étant donné, et cela de l'avis de gens très compétents, que l'Annamite est, de tous les Extrême Orientaux, celui qui parait avoir le mieux gardé la loi naturelle.
    Dans mon district, en l'espace de 15 ans, j'ai pu introduire notre sainte religion dans plus de vingt communes jusqu'ici entièrement païennes; et, la cause première de ces conversions, je l'attribue à nos Bienheureux martyrs : les Bienheureux Néron, Khoan, Huong, Thanh et Tu, ainsi que la Bienheureuse.
    De, qui ont travaillé dans cette région ou en sont originaires, le mouvement de conversions ayant débuté juste à l'époque de leur Béatification.
    Mais, me demande-t-on parfois, comment faites-vous au Tonkin pour fonder une nouvelle chrétienté ?
    Trop absorbés par l'administration des vieux chrétiens, nous attendons les demandes de conversions. Pour les demandes isolées, en règle générale, nous ne les acceptons que si le demandeur consent à quitter son village païen pour venir habiter chez des chrétiens de vieille souche.
    Quant aux demandes collectives provenant d'une localité entièrement païenne, si elles sont nombreuses (vingt familles au moins), surtout si elles sont bien assurées par un ou deux notables de bonne renommée ; (je dis bonne renommée, parce que si ces notables étaient des gens peu recommandables, il n'y aurait aucun espoir de conversion, après beaucoup d'ennuis pour nous), nous acceptons leurs demandes, mais en ayant toujours soin de faire remarquer que leur nombre est bien faible en face des centaines d'inscrits de leur commune et que, s'ils ne recueillent pas de nouveaux adeptes, il nous sera difficile de nous occuper d'eux, d'autres centres plus importants réclamant nos soins. Avec ce système et un peu de doigté, on arrive souvent à doubler, tripler même le nombre des demandes.
    C'est ce qui arriva pour la chrétienté de Yen-Tho, appelée, quand nous aurons des ressources, à devenir un centre paroissial d'un groupe comprenant une dizaine de chrétientés assez rapprochées les unes des autres. En effet, au début de la conversion (1909), ce hameau me présentait une dizaine de familles, sur environ 70 qui le composent.
    Naturellement, en face d'un nombre aussi minime, je répondis qu'à moins de trouver de nouveaux adeptes, il m'était, à mon grand regret, impossible de m'occuper d'eux. Ils me promirent de recueillir encore du monde. Après des renseignements pris chez de vieux chrétiens leurs voisins, voyant que j'avais affaire à des 'gens simples, droits, uniquement occupés aux travaux des champs, je leur fis à chaque entrevue très bonne figure, mais n'acceptai définitivement leur demande de conversion que lorsque les trois quarts environ des habitants du hameau m'eurent fait par écrit une demande signée de tous les chefs de familles..... Cela avait duré six mois et coûté de nombreuses et longues séances.
    Au jour fixé pour ma première visite, accompagné de plusieurs catéchistes et de trois notables catholiques (chefs de canton), je fis une visite dans ce village.
    Inutile de dire que les nouveaux convertis n'avaient rien négligé pour que le fait fût remarqué des villages voisins ; tout ce qu'ils avaient pu trouver d'oriflammes, de drapeaux, de tambours et de tam-tams, avaient été mis à contribution. C'est avec cette escorte, un peu bruyante assurément, qu'on me conduisit à la maison du principal notable, préparée pour me recevoir.
    Là, après les grandes salutations d'usage, salutations faites d'abord par le groupe des notables, ensuite par celui des jeunes gens, puis par les femmes des notables, et enfin par les jeunes filles, je les invitai à s'asseoir sur les nattes étendues par terre non seulement dans la maison mais encore dans toute la cour; puis je leur dis la grande grâce que le bon Dieu leur faisait en les appelant à Lui..., d'avoir confiance au Maître du Ciel infiniment bon, infiniment puissant qui les protègerait, les défendrait contre les malices du mauvais esprit..., que, reportant à Dieu les adorations qu'ils avaient jusqu'ici réservées aux esprits, à Bouddha, à Confucius etc. etc., ils rentraient simplement dans l'ordre naturel, Dieu étant l'Etre suprême, le Créateur et le Conservateur de toutes choses et par conséquent ayant seul droit à l'adoration des hommes..., qu'en donnant leurs coeurs au Souverain Maître du Ciel et de la Terre, ils en recevraient en retour la paix ici-bas et la félicité après leur mort... Par ailleurs, ajoutai-je, appelé par Dieu pour aider à votre conversion, je me donne à vous tous de tout coeur, à la vie à la mort ; je vous aime comme un frère aime son frère, comme une mère aime son nouveau-né.
    Après mon petit discours qui parut les impressionner, on devisa assez longtemps sur les choses ordinaires de la vie ; on parla de leur commune, de leur hameau, de leurs familles, de leurs champs, de leurs buffles etc. etc.
    Durant la conversation, ayant compris que parmi les vieillards, beaucoup n'avaient pas encore consenti à quitter leurs antiques superstitions :
    « Comment, demandai-je à l'un de ces vieux à longue barbe blanche mêlé à la foule, quand vos enfants et petits-enfants vont adorer le Maître du Ciel, vous resteriez en arrière?
    Père, me hasarda-t-il d'une voix tremblotante, chez les chrétiens, on récite beaucoup de prières, comment voulez-vous qu'à notre âge nous puissions les apprendre. Que nos enfants deviennent chrétiens, rien de mieux, nous leur donnons tout notre consentement, mais, pour nous, c'est impossible ».
    Cette réponse ayant provoqué quelques sourires...
    « Oui, oui, repris-je, cette vieille mémoire est usée, c'est entendu..., un vieillard ne peut pas apprendre comme un jeune homme, c'est compris; mais avec l'aide du catéchiste et la grâce du bon Dieu, il peut arriver assez facilement à en connaître suffisamment pour devenir chrétien : un peu de bonne volonté et c'est tout ».
    Cette explication ayant paru satisfaire mon auditoire :
    « Père, reprit un jeune notable à la figure intelligente, tranquillisez-vous; en entendant chaque jour la récitation des prières faites par leurs petits-enfants, nos vieux seront bien obligés de suivre ».
    Une explosion de rire dans toute l'assistance, chez les vieux, comme chez les jeunes, salua ces paroles, et, six mois plus tard, la plupart de ces bons vieillards avaient donné leur consentement.
    Sur ce, on sortit pour aller voir le terrain offert par eux-mêmes pour établir le catéchuménat. Ce terrain m'ayant agréé je leur promis une maison d'une valeur d'environ 200 francs pour tenir lieu de catéchuménat; en conséquence, ils n'avaient qu'à voir où il pourraient en trouver une en assez bon état et, de me prévenir aussitôt... On devisa encore quelques instants sur la grandeur qu'on pourrait donner à l'édifice, son emplacement, son orientation ; puis, je pris congé d'eux, en leur laissant un des catéchistes qui m'avaient accompagné dans cette visite, pour commencer de suite l'instruction, selon l'adage qui dit qu'il faut battre le fer quand il est chaud.
    Quelques jours après, trois notables accouraient m'annoncer qu'une maison située à 3 kilomètres de chez eux, construite en tel bois, ayant tant de longueur, de largeur, de hauteur, avec des colonnes de telles dimensions, etc., était à vendre pour la somme de 150 francs et qu'ils m'invitaient à venir la voir.
    Ne voulant pas laisser échapper une occasion qui me paraissait bonne, je sautai aussitôt à cheval et, en moins de deux heures, accompagné des' notables et d'un charpentier, ce dernier, pour bien juger de la valeur des bois, j'arrivai à la maison en vente. Après avoir annoncé le but de ma visite et fait avec le propriétaire les quelques politesses d'usage, je suivis le charpentier armé d'un mètre et d'un marteau. L'inspection achevée on fut d'avis que la maison était en bon état, sauf pour quelques petites pièces à remplacer. Il fut donc convenu du prix de 150 francs et du jour où on la démonterait pour la transporter à Yen-Tho.
    Le surlendemain, tout ce que ma nouvelle chrétienté comprenait d'habitants valides, hommes et femmes, le catéchiste en tète, se rendaient à Trinh-Nû de très grand matin, afin de pouvoir, en une seule journée, démonter la maison et, la trams porter chez eux. Préalablement, j'avais eu bien soin de prier mon charpentier de marquer clairement toutes les pièces, afin de simplifier le travail de reconstruction. La nuit n'était pas venue, que le travail était terminé, et que toutes les pièces composant la maison étaient sur le terrain du catéchuménat : colonnes principales, colonnes moyennes, petites colonnes; grosses traverses, petites traverses, portes, fenêtres etc., tout était là rangé dans un ordre parfait, si bien que le lendemain, au seul appel du chef charpentier, chaque pièce était comme par enchantement mise à sa place.
    Cinq jours après, le catéchuménat était debout, c'est-à-dire que j'avais une maison mesurant 12 mètres de long sur 4 de large, divisée en deux pièces, dont l'une réservée au catéchiste ou à moi dans mes visites, et l'autre, pour tenir lieu de salle d'étude ou de chapelle ; inutile de parler de la hauteur, un homme debout pouvant de la main toucher le rebord du toit. Sans doute, c'était bien petit pour pouvoir loger convenablement tout mon monde mais, que voulez-vous, avec une somme de 250 francs employée à cette construction, on ne peut pas avoir une cathédrale! Plus tard, la bonne Providence y pourvoirait; en attendant, on se serrerait un peu, on se tiendrait dehors, dans la cour, sous le beau ciel du bon Dieu.
    Enfin, nous avions notre catéchuménat, avec tout autour un beau terrain de 1.500 mètres carrés, entouré d'une haie de bambous. Tout le monde était heureux et, pour le moment, personne ne désirait autre chose.
    Dès ce jour, l'étude des prières et du catéchisme alla grand train ; les catéchumènes furent divisés en trois groupes : groupe des gens d'âge mûr et groupe des vieux et cela afin que la jeunesse avec sa belle mémoire pût aller vite, pendant que la vieillesse suivrait d'un pas plus lent. Tous les soirs de 7 à 9 heures et, souvent plus tard, étude des prières et du catéchisme sous la présidence et la direction du catéchiste ; la prière en commun terminait la séance.
    Pendant la journée, de 9 heures à midi, c'était le tour des petits. Enfin dans l'après-midi, de 3 à 5 heures, le catéchiste était à la disposition des jeunes gens désirant posséder quelques éléments d'instruction tels que lecture, écriture, calcul.

    Ici, je dois avouer à l'honneur de Yen-Tho que, de toutes les nouvelles chrétientés que j'ai eu à former, aucune ne se mit à l'étude avec plus d'ardeur et ne montra autant de persévérance Aussi, dès les débuts, chaque dimanche, quand le catéchiste après la sainte messe venait me saluer et me rendre compte de son travail, il ne tarissait pas d'éloges sur l'assiduité, le bon esprit, la belle mémoire, la vive intelligence etc., etc., de la nouvelle chrétienté, si bien qu'au bout d'un mois d'étude, je crus utile d'aller passer 15 jours au milieu des néophytes, d'abord, pour les encourager, ensuite pour m'assurer de leurs progrès et aider à parfaire ce que le catéchiste avait déjà ébauché. Mon arrivée fut encore plus solennellement fêtée qu'au jour de la prise de possession; je rencontrai des visages, des yeux beaucoup plus sympathiques que la première fois.
    Immédiatement je voulus m'assurer du degré d'instruction.
    M'adressant au hasard au premier jeune homme que j'avais en face de moi, je lui posai la question suivante :
    « Mon enfant, combien sais-tu déjà de prières par coeur ?
    Père, j'en sais 18.
    Très bien, cite les nous ».
    Et il nous cita le titre de 18 prières dont le Pater, l'Ave, le Credo, etc.
    « Parfait, maintenant récite-nous à haute et intelligible voix les commandements de Dieu et de l'Eglise ».
    Et aussitôt, sans hésitation aucune, il récita sur un ton chantant la loi de Dieu et de l'Eglise.
    Après un mot de félicitations au jeune homme, m'adressant à une jeune fille :
    « Et toi, ma chère enfant, combien en sais-tu ?
    Père, j'en sais 20 ». Et de les citer.
    « Très bien, très bien, mais pour preuve de ton savoir, récite-nous le Credo ».
    Et aussitôt sans broncher cette enfant dit, d'une voix claire et nette, la belle prière où sont renfermés les grands articles de notre foi.
    Je fis ainsi une quinzaine d'interrogatoires : Jeunes gens, jeunes filles, hommes, femmes, enfants, il y eut un peu de tout à passer sur la sellette, mais c'est parmi la jeunesse qui furent mes as ; pour les autres, en général plus l'âge du candidat était avancé et moins de succès il y avait :
    Père, me répondit même une bonne vieille, je ne sais encore par coeur que le signe de la croix ».
    Et, aussitôt de nous faire son signe de croix qu'elle esquissa d'ailleurs parfaitement, mais, de la main gauche ! Ce qui mit l'assistance en gaîté.
    Parfait, à part la petite erreur de main, mais aie bon courage, avec la grâce de Dieu tu arriveras sûrement à en savoir suffisamment pour être baptisée ».
    Et voilà notre bonne vieille toute heureuse de mon compliment.
    Après cet examen succinct et quelques paroles d'encouragement, je les engageai à profiter de mon séjour au milieu d'eux, et chaque matin, au petit jour, à l'appel du tambour, d'accourir vite au catéchuménat, d'abord, pour la récitation des prières puis, pour l'audition du sermon et de la sainte messe; tous les soirs, comme à l'ordinaire, au signal de l'Angélus, de revenir pour l'étude des prières et du catéchisme et, entendre une instruction sur la religion donnée par moi... Et durant 15 jours, matin et soir, je prêchai les grandes vérités do notre foi à ces catéchumènes qui mirent tous une très grande bonne volonté à assister aux différents exercices.
    Pendant la journée, en compagnie du catéchiste, je visitais les familles, chaque jour quatre ou cinq. Au bout de 15 jours, je connaissais à peu près tout mon monde et, une certaine intimité s'était déjà établie entre nous. Ah ! Cette intimité entre le missionnaire et ses catéchumènes, on ne saurait croire de quelle nécessité elle est ! Tout catéchumène n'arrive à aimer Dieu qu'après avoir passé par l'affection à son pasteur, et, ce n'est qu'en aimant le catéchumène que le pasteur obtiendra sa confiance et fera de lui un vrai chrétien. Donc, le missionnaire chez les nouveaux convertis doit avant tout veiller à se faire aimer, c'est chose capitale, c'est-à-dire montrer toujours une bonne humeur accompagnée de la plus grande générosité de coeur.
    Au bout de quinze jours passés comme en famille avec eux tous, je les quittai plus catholiques, c'est-à-dire moins païens qu'à mon arrivée. Durant toute une année, il en fut ainsi à trois ou quatre reprises différentes. D'ailleurs, le catéchiste restait toujours là à demeure.
    Enfin, ayant jugé que les deux tiers au moins d'entre eux, étaient suffisamment instruits pour recevoir le baptême et même un grand nombre les sacrements d'eucharistie et de confirmation, j'invitai notre vénéré Vicaire apostolique qui vint solennellement escorté par une foule considérable de vieux chrétiens et de païens. En ce jour, nous eûmes la joie d'administrer les sacrements à un groupe de 190 catéchumènes spécialement préparés durant près d'un mois par mes catéchistes et par moi à devenir enfants de Dieu.
    Cela se passait en avril 1911. Depuis lors, cette chrétienté a toujours progressé, de nouveaux baptêmes ont eu lieu et, aujourd'hui, c'est une belle et fervente chrétienté comptant 250 habitants aussi instruits et aussi pieux que les bons chrétiens de vieille souche. Les exemples d'édification qu'ils m'ont donnés depuis sont nombreux. Aujourd'hui c'est un jeune néophyte qui refuse une jeune fille païenne si celle-ci ne se fait pas chrétienne ; demain, une brave femme qui parvient par ses prières, ses exhortations, à faire accepter le baptême d'abord à sa mère mourante et, quelque temps après, à son frère, premier notable d'une grosse localité païenne ; une autre fois, un vieux médecin ayant la spécialité de soigner les enfants qui, dans une conversation, fondit en larmes devant moi du regret de n'avoir pas connu plus tôt la religion pour baodiser les nombreux petits enfants morts entre ses bras.
    N'allez pas croire cependant que tout fût rose pour le missionnaire dans la conversion de cette chère et belle chrétienté; là comme partout ailleurs, plus qu'ailleurs peut être, j'ai souvent rencontré sur mes pas le diable et mille ennuis de tous genres pour me faire gémir : Un procès intenté par les païens de la commune à mes néophytes pour avoir renversé, dans un excès de zèle, une pagode qu'ils croyaient être leur propriété; une brouille dans un clan d'une vingtaine de familles qui en fit retourner quelques-unes au paganisme, pour ne revenir à Dieu que cinq ou six ans après ; une famille malheureuse à secourir; un parent de néophytes vendu chez les païens qu'il fallut racheter ; et, que sais-je encore!
    Mais, ce qui a fait la renommée de cette nouvelle chrétienté, c'est que dans l'adversité comme dans le bonheur, elle s'est toujours, en général, montrée digne de sa conversion ; aussi, son exemple ne tarda pas à être Suivi, dans des communes voisines, par d'autres groupes de 30, 50,70 familles, et actuellement dans un rayon de quelques kilomètres seulement, nous avons une dizaine de chrétientés qui, réunies, pourraient former une belle paroisse, si nous possédions des ressources pour établir un centre paroissial dans la chrétienté même, dont je viens d'esquisser la Conversion.
    Voici d'ailleurs un mot de recommandation qu'a bien voulu me donner mon vénéré Vicaire apostolique, Monseigneur Mar-cou, lors de mon retour en France pour cause de maladie; je le transcris en toute simplicité :
    « M. Soubeyre est par excellence le missionnaire des nouveaux chrétiens. En l'espace de 15 ans il a introduit notre sainte religion dans plus de vingt villages. Actuellement, son grand désir, comme aussi le mien, est de fonder un centre paroissial au milieu d'un groupe comprenant une dizaine de nouvelles chrétientés assez rapprochées les unes des autres, afin d'assurer la persévérance de ces néophytes et de gagner de nouvelles âmes à Notre Seigneur. Il reste encore dans cette région bien des païens !
    « Depuis deux ans que ce projet a été élaboré, nous avons recueilli près de 10.000 francs. Il en faudrait bien davantage pour pourvoir construire l'église et le presbytère et acheter quelques terrains pour l'entretien du prêtre et des nombreux catéchistes de la région.
    « Quelle joie pour cet excellent missionnaire et ses nombreuses ouailles trop dépourvues, hélas ! Des biens de ce monde, si, à son retour de France, il pouvait réaliser ce pieux désir !
    « Dès que l'église aura été construite, une messe mensuelle sera dite aux intentions des donateurs pendant cinq ans, et le Patron de l'église sera choisi par le principal bienfaiteur ».
    1924/95-104
    95-104
    Vietnam
    1924
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