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Fleurs chrétiennes du Japon

Fleurs chrétiennes du Japon Le coeur se serre quand on constate que dans ce grand empire du Japon qui compte aujourd'hui plus de 56.000.000 d'habitants les catholiques ne sont encore que 72.000. La constatation est d'autant plus pénible que, si l'on songe à l'élan que prit au XVIIe siècle la conversion du Japon, on se dit que sans la persécution déchaînée par le haineux Hideyoshi tout l'empire serait sans doute catholique.
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    Fleurs chrétiennes du Japon

    Le coeur se serre quand on constate que dans ce grand empire du Japon qui compte aujourd'hui plus de 56.000.000 d'habitants les catholiques ne sont encore que 72.000. La constatation est d'autant plus pénible que, si l'on songe à l'élan que prit au XVIIe siècle la conversion du Japon, on se dit que sans la persécution déchaînée par le haineux Hideyoshi tout l'empire serait sans doute catholique.
    La Société des Missions Étrangères fut, au XIXe siècle, la première à pénétrer dans le Japon fermé jalousement pendant plus de deux cents ans à tous les prédicateurs de l'Évangile. Aujourd'hui elle partage la lourde tâche de cette évangélisation avec les Dominicains, les Franciscains, les Pères du Verbe Divin, aidés par les oeuvres différentes entretenues par les Trappistes, les Marianistes, les Jésuites et plusieurs communautés de religieuses : Soeurs de l'Enfant Jésus, Soeurs de Saint-Paul de Chartres, Soeurs de Chauffailles, Surs du Sacré Cur, Soeurs de l'Assomption et Soeurs du Saint-Esprit.
    En dépit des persévérants efforts de tous ces ouvriers apostoliques les conversions restent peu nombreuses. Les idées chrétiennes pénètrent de plus en plus la masse, mais ceux qui se décident à embrasser la Croix du Sauveur sont toujours clairsemés. Pour engager nos lecteurs à hâter par leurs prières et par leurs aumônes, la conversion de ce peuple qui a trop de vertus naturelles pour ne pas devenir un jour chrétien, nous citerons ici quelques exemples de conversions dont nous prenons le récit dans des lettres qui nous viennent du Japon.

    UNE AME PRIVILÉGIÉE

    Par une brûlante journée de juillet, une femme de la campagne, bien malade et fatiguée par le voyage, arrive à la pharmacie des Soeurs de Saint-Paul à Sendai, pour demander une consultation.
    Après lui l'avoir fait prendre un peu de repos, la Soeur préposée aux soins des malades, se met en devoir de l'examiner sérieusement. Elle constate que la pauvre femme semble vouée à une mort prochaine. Mais celle-ci exprime une absolue confiance aux médicaments, elle se dit assurée de sa guérison, elle l'affirme avec une conviction si profonde que la religieuse se trouve toute embarrassée pour lui parler de sa réelle situation.
    La malade veut absolument prendre une chambre à l'hôtel, situé à deux pas de la pharmacie pour recevoir à n'importe quel prix, à n'importe quelle heure de la journée, une consultation quotidienne.
    Son mari et son fils qui ont déjà consenti à grande peine l'amener jusqu'à Sendai, redoutant pour elle une telle fatigue à cette époque de l'année, lui font en vain les plus justes observations. La Soeur tremble à la seule pensée de la voir s'abandonner entre ses mains et mourir dans cet hôtel. Quelles difficultés vont surgir pour elle, pour la famille et l'hôtel avec la police et l'opinion publique !
    Voyant tous les efforts impuissants à dissuader la malade, la religieuse soupçonne dans cette obstination à résister à la volonté de son mari, si peu commune chez la femme japonaise, quelque chose d'extraordinaire. A bout d'arguments d'un côté et impressionnée par cette pensée d'un cas très étrange de l'autre, elle cède à une si vive sollicitation et consent à entreprendre de soigner cette infortunée, tout assurée qu'elle soit de l'inutilité de sa bonne volonté.
    Comme il a été prévu dès les commencements, les remèdes n'apportent aucun soulagement. L'état de la malade au Contraire s'aggrave de jour en jour. La mort arrive à grands pas Dans l'impossibilité de sauver le corps, l'infirmière songe au salut plus précieux de l'âme.
    La catéchiste se présente à hôtel et demande à voir la mourante. Elle lui parle de l'autre vie, de la religion chrétienne. Quelle n'est pas sa surprise quand dès les premiers mots sur Dieu, elle entend la malade s'écrier : « Ah ! Depuis le temps que j'attendais ces bonnes paroles! » Puis, toute émue, elle fait à la religieuse le récit suivant
    « La veille de mon voyage à Sendai, j'ai éprouvé de terribles souffrances. Puis, je me suis endormie quelque temps d'un sommeil paisible. Voici que tout à coup je vis dans un endroit magnifique et tout resplendissant de lumières, une dame d'une grande beauté, toute éblouissante de clarté et élevée comme sur un trône. Elle était entourée de beaux personnages ayant des ailes, et qui ne ressemblaient pas aux hommes de ce monde. Au pieds de la belle dame, qui me souriait et m'invitait à approcher avec une grande bonté, se tordait un être noir et effrayant. Dès que je vis la dame, je voulus me prosterner pour l'adorer, mais cette vilaine bête m'en empêchait en me menaçant. Jusqu'à trois fois je fis effort pour me prosterner sans pouvoir y parvenir. Enfin, grâce à un des personnages qui formaient la cour de cette gracieuse dame, et qui m'aida à m'approcher, je me trouvai bientôt tout près de son trône. Elle me regarda avec une expression de douceur et de bonté que je n'oublierai jamais. Enhardie par ce bienveillant accueil, je lui dis que j'étais bien malade, que j'avais consulté beaucoup de médecins, et que malgré cela, mon état ne s'améliorait pas, au contraire, il devenait plus mauvais de jour en jour. Puis, pleine de confiance, je lui demandai de me guérir.
    « Si tu veux être guérie, me dit-elle, va à Sendai, chez les « médecins européens, et ils te diront ce que tu devras faire ».
    « Je me relevai en la remerciant, et en l'adorant de nouveau, mais sans avoir peur cette fois, car le monstre s'était enfui.
    « Sur ce, je me réveillai toute heureuse. Je me rendormis presque aussitôt, je fis encore un autre rêve. Je vis à Sendai un beau temple tout neuf, élevé non loir de votre maison. Il me fut dit que là on adorait le vrai Dieu, et que vous me le feriez connaître. Voilà pourquoi, malgré les représentations de mon mari et de mes enfants, je me suis fait amener ici pour être soignée et guérie par vous, car la belle dame m'a dit que vous me guéririez.
    « Je n'ai rien dit de tout cela à personne. Aussi tous ont cru à une fantaisie de malade. Mais je me suis trouvée bien surprise et peinée de voir que vous ne me parliez de rien, ni de la belle dame, ni du vrai Dieu ».
    En entendant le récit, la Sur et la femme catéchiste s'expliquent enfin cette obstination si étrange, et, bien que profondément émues et impressionnées, elles feignent de n'y pas apporter grande importance. Toutefois, à partir de ce moment, on continue à instruire peu à peu chaque jour cette âme privilégiée. Elle était ravie de tout ce qu'elle entendait et priait déjà le bon Dieu avec une singulière ferveur.
    Cependant la guérison annoncée n'arrivait pas ; loin de là! La pauvre femme baissait de plus en plus, et il était grand temps de lui signer son passeport pour le ciel. Elle-même désirait ardemment le baptême et voulait à tout prix voir de ses veux le beau temple qui lui avait été montré dans son rêve. Il fut décidé qu'on la conduirait à l'église pour y recevoir le baptême des mains du missionnaire.
    Trop malade pour s'y rendre en voiture, elle y est portée sur le dos du portier. A sa grande joie elle reconnaît dans l'église celle qu'elle a vue en songe. Le chemin qui y conduit, le paysage, les maisons l'entourent, c'est bien le tableau qu'elle a eu sous les yeux.
    Elle reçoit le sacrement de la régénération avec une foi et une ferveur extraordinaires. La Soeur qui là soignait, l'avait accompagnée. Elle fut sa marraine et lui donna son nom, Marthe. Revenue à la maison, Marthe ne savait comment remercier tout le monde, Elle était si heureuse que volontiers elle aurait fait le sacrifice de sa guérison pour aller tout de suite au ciel.
    La bienfaisante dame attendait sans cloute que sa protégée fût devenue enfant de Dieu et de l'Église pour accomplir sa promesse, car quelques jours après une légère amélioration se fit deviner. Elle se dessina plus nettement, s'accentua peu à peu et trois ou quatre semaines plus tard, notre obère malade, sans être guérie, se trouvait hors de danger.
    La convalescence fut très longue. Mais comment dépeindre la joie de la famille, quand Marthe put retourner chez elle? Son bon vieux père, vieillard de soixante-quinze ans, pleurait de bonheur en retrouvant sa fille sur le chemin de la parfaite santé, après l'avoir vue trois mois auparavant partir mourante, sans espoir de lui fermer lui-même les yeux
    Le mari et les enfants ne sachant comment exprimer leur reconnaissance envers les Soeurs ne manquaient jamais, à chaque voyagea Sendai, de leur rendre visite et de leur apporter comme cadeau ce qu'il savaient de mieux dans leur basse-cour et leur jardin.
    Tous bénissaient, sans le connaître, ce Dieu si puissant, ce Dieu de l'Isha sama, la Soeur infirmière, venue d'Europe, qui avait guéri leur chère malade.
    A quelques mois de là, cette même religieuse fut appelée dans leur village pour donner ses soins à des personnes souffrantes. Elle fit une visite à sa filleule. Impossible de décrire la joie de celle-ci et de tous les siens. Le vieux père demanda le baptême. Jamais âme ne fut plus docile à la grâce et ne reçut avec plus de docilité les enseignements du catéchisme. « Je n'ai pas besoin d'en entendre bien long, disait-il. Il me suffit de savoir que c'est le Dieu des chrétiens qui a guéri ma fille pour l'aimer et l'adorer jusqu'à sa mort ».
    La Soeur, toute émue, versa sur la tête blanche du vieillard l'eau sainte et purifiante qui le faisait enfant de Dieu.
    Toute la famille plus tard eut le même bonheur.
    C'est ainsi que le bon Dieu console et encourage ses épouses qui souffrent et travaillent pour sa gloire et pour le salut des âmes.

    O KANE SAN

    O Kane San a laissé dans l'orphelinat où elle a été élevée le souvenir d'une forte tête. Son père, du nom de Tada, était un bon chrétien au service du missionnaire chargé de notre paroisse.
    Un dimanche matin, comme les Soeurs finissaient à peine de s'habiller, elles entendirent frapper à coups redoublés à la porte. L'une d'elles accourut aussitôt. Que voit-elle? Le pauvre Tada était là une hache à la main, déclarant qu'il était venu pour couper la tête aux Soeurs afin de les envoyer en paradis.
    L'intention valait sûrement beaucoup mieux que l'acte qu'il se proposait d'accomplir, on ne fut pas long à constater que le malheureux Tada avait perdu la tête. Le portier le reconduisit chez lui ; quelques jours plus tard, il fallut l'enfermer dans une maison de santé.
    Il avait plusieurs enfants. Les Soeurs héritèrent des deux dernières fillettes. Leur aînée fut placée dans une famille chrétienne.
    Kane, la plus grande des deux, était loin d'être docile et donnait fort peu de satisfaction à ses maîtresses. Chez son père elle avait vécu en enfant gâtée. Presque entièrement livrée à elle-même, elle s'était habituée à agir à sa guise. Elle n'écoutait guère les observations qui lui étaient faites. Elle paraissait vraiment rebelle à toute réforme.
    Vers l'âge de quinze ans, elle se trouvait si désagréable et devenait d'un exemple si pernicieux pour les autres enfants qu'il fallut nous décider à poser la question de son renvoi de la maison.
    Son père, sans être parfaitement sain d'esprit, était cependant revenu à peu près à lui-même et sorti de la maison de santé. Dès lors, il fut décidé qu'on lui rendrait sa fille.
    O Kane San, en apprenant cette décision, avait paru se repentir et vouloir suivre désormais les enseignements et les bons conseils de ses maîtresses. Sur sa promesse de s'amender et pour lui donner un plus puissant encouragement au bien, elle fut gardée et reçue comme enfant de Marie.
    Le résultat trompa les espérances. Une fois en possession de sa médaille et de son ruban, Kane San crut qu'elle pouvait se redonner un peu plus de liberté et de latitude. Bientôt elle se montra pire qu'auparavant. Son renvoi fut décidé.
    Le Père missionnaire vint lui-même lui signifier cet arrêt. Il y eut alors une scène à laquelle personne ne s'attendait. Aussitôt que l'intraitable enfant eut entendu les paroles du Père et compris que c'était sérieux, elle se jeta à terre toute en larmes, demandant pardon et suppliant qu'on voulût bien la garder encore, promettant de se corriger de tous ses défauts.
    « Rappelez-vous depuis combien de temps, combien de fois on vous a avertie et réprimandée, lui répliquent le missionnaire et la supérieure, et malgré vos promesses souvent renouvelées, vous retombez toujours dans les mêmes fautes. Vous êtes devenue un exemple pernicieux pour vos compagnes, dont plusieurs déjà imitent votre indocilité. Il nous est impossible de vous garder plus longtemps. Nous aurions dû vous renvoyer plus tôt. Car vous ne profitez pas des instructions que vous recevez, et vous êtes un obstacle au bien pour les autres. C'est fini. Vous êtes congédiée. Vous avez trop abusé de notre indulgence et des grâces du bon Dieu.
    ― Oui, répond en sanglotant la malheureuse enfant, je reconnais que je suis bien coupable. J'ai tous les torts. Je n'ai jamais su ni écouter ni obéir. Je me suis montrée bien ingrate. Mais, de grâce! Ne me renvoyez pas. Je promets sérieusement, cette fois, de me corriger. Donnez-moi un délai aussi court que vous voudrez. Si je vous trompe, alors vous me chasserez sans plus de pitié ».
    Son accent était si sincère que tous les assistants présents à cette scène se sentirent vivement émus. Les maîtresses elles-mêmes intercédèrent pour cette pauvre repentie et demandèrent de mettre ses résolutions et ses promesses à une nouvelle épreuve.
    Le Père lui dit alors : « Ecoutez, O Kane, puisque vous promettez si sincèrement de vous corriger, la supérieure, sur les prières de vos maîtresses, vous gardera encore quelque temps à l'essai, mais à une condition : vous vous soumettrez à toutes les réparations qu'on exigera de vous. Car vous avez grandement scandalisé toute la maison par votre mauvaise conduite.
    Oh ! Je ferai tout ce que l'on voudra pourvu qu'on ne me chasse pas d'ici.
    D'abord, reprit le Père, vous allez rendre votre ruban d'enfant de Marie, que vous ne méritez pas de porter. Puis, vous demanderez pardon publiquement à toutes vos compagnes des mauvais exemples que vous leur avez donnés jusqu'à aujourd'hui et vous leur promettrez un changement de vie complet pour l'avenir ».
    Kane se soumit humblement à toutes les conditions exigées et les remplit avec un courage merveilleux. Quand elle demanda pardon à la communauté et à tous les enfants réunies, elle le fit avec une si vive componction et en termes si touchants que toutes pleuraient, y compris les religieuses.
    A partir de ce jour, notre pénitente fut vraiment tout autre. La conversion avait été aussi sincère et complète que subite et imprévue.
    Elle passa encore trois ans dans la maison, remplissant le rôle de bonne pour les pensionnaires. Elle aidait au raccommodage. Elle avait donc fort peu de temps à consacrer à la couture japonaise à laquelle toutes les enfants tiennent tant à s'exercer. Cependant, comme si le bon Dieu voulait de nouveau prouver qu'il bénit toujours la soumission et l'obéissance d'une manière spéciale, lorsque vint le jour de passer l'examen de couture pour obtenir le diplôme si désiré des candidates, Kane se présenta avec les autres et fut la seule reçue.
    En sortant de l'orphelinat elle épousa un païen qu'elle convertit très peu de temps après son mariage. Elle est restée non seulement fidèle à tous ses devoirs de chrétienne en général, mais elle se montre d'une piété solide et fervente qui fait l'édification de toute sa paroisse. Le missionnaire qui en a la charge ne tarit pas d'éloges sur le compte de cette enfant qui avait été si longtemps une véritable désolation pour nous.
    Du reste, après les humiliations auxquelles elle s'était soumise, étant considérées la nature et les habitudes japonaises, nous ne pouvions que bien augurer de son avenir chrétien. Mais elle est encore connue dans toute la maison sous le nom de la fameuse Kane.

    LA FILLE DE NAKAISHI

    O Haru (le noble printemps), fille d'un païen du nom de Nakaishi, fréquentait nos classes depuis deux ans. Gentille enfant, docile envers ses maîtresses, prévenante pour ses compagnes, elle avait toujours paru très indifférente sur la question religieuse.
    Comme elle était très assidue à l'école, sa maîtresse, surprise de son absence depuis plusieurs jours, s'informa auprès de ses élèves du même quartier si elles l'avaient vue. Elle est malade », répond une de ses voisines.
    Le dimanche suivant, les deux Soeurs de l'école et de la pharmacie dirigent leur promenade vers l'habitation des parents de O Haru. Elles désiraient connaître exactement l'état de la jeune fille.
    Comme chaque élève, pour être admise à l'école, doit fournir son état civil, les religieuses avaient son adresse.
    Arrivées dans le quartier les deux Soeurs s'adressent à un homme qu'elles rencontrent dans la rue. « Ne pourriez-vous pas nous indiquer où se trouve tel numéro? Et connaîtriez-vous une famille du nom de Nakaishi? » Aussitôt la figure de l'inconnu s'illumine. « Je suis moi-même Nakaishi que vous cherchez, et sans doute vous êtes les maîtresses de ma fille». Sur la réponse affirmative, le bon Japonais continua : « Venez, ma maison est tout près d'ici. Comme ma fille va être heureuse ! Elle est bien fatiguée, et depuis hier elle ne cesse de réclamer sa maîtresse. Elle l'appelle dans son délire. Elle nous demande sans cesse une chose qu'elle appelle baptême, déclarant que vous seules pouvez le lui donner. Nous ne savons ce que c'est. Mais, si vous pouvez la satisfaire, nous vous en serons bien reconnaissants ».
    On était arrivé à la maison. Les soeurs sont introduites auprès de la malade, qui ne sait comment leur témoigner sa joie de les voir. Cependant au premier coup d'oeil la religieuse de la pharmacie a jugé l'état de la malade très grave. « Elle est perdue, dit-elle, tout bas à l'oreille de sa compagne. La pauvre enfant n'en a pas pour longtemps ». La malade, de son côté, s'adressant à sa maîtresse : « Maîtresse, dit-elle, je suis bien mal. Je crois que je ne guérirai pas. J'avais peur de mourir sans baptême, et j'ai bien prié le bon Dieu pour qu'il m'accordât la grâce de le recevoir avant de paraître devant Lui. Vous êtes là. Je ne crains plus rien baptisez-moi tout de suite, je vous en prie. Si j'allais mourir la nuit prochaine !
    La Soeur infirmière voulut commencer à l'instruire des principales vérités de la foi, comme elle le fait toujours pour les adultes avant de les régénérer. « Je sais tout cela, dit O Haru. Je l'ai appris à la classe par mes maîtresses et mes amies et je crois de tout mon coeur ».
    Aussitôt elle se met à réciter une profession de foi admirable, qui sans avoir le mot à mot du Credo en contenait toute la substance. Les Soeurs, émues jusqu'aux larmes, lui donnent le saint baptême et l'exhortent à offrir ses souffrances au bon Dieu pour le salut de ses parents et la conversion du Japon. Mais la jeune prédestinée semblait ne plus rien sentir de ses douleurs, tant elle était dans la jubilation. Elle se confondait en remerciements pour les Soeurs et rendait grâces à Dieu de la faveur, la plus précieuse de toutes, qu'elle venait de recevoir.
    Les parents, saisis par ce spectacle, gardaient le silence. Ils ne comprenaient pas qu'un peu d'eau versée sur le front de leur enfant, eût pu la transformer et la rendre si heureuse. A leur tour ils ne savent comment remercier les Soeurs, qui par une puissance si mystérieuse pour eux, ont apporté à la malade aux portes de la mort la paix et le bonheur.
    Les religieuses se retirent en promettant de revenir le Ien-demain. De fait, dès le matin, la Soeur infirmière reprend le chemin du quartier de la famille Nakaishi. Il lui tardait de voir comment la nuit s'était passée pour la malade, car la veille elle l'avait trouvée près de sa fin.
    En entrant elle trouve Nakaishi sur la porte. Il lui apprend que son enfant avait expiré le soir même, après le départ des Soeurs. « Depuis le moment, dit-il, où vous lui avez versé de l'eau sur la tête, elle n'a cessé d'être joyeuse. Elle est morte en souriant. Elle nous annonçait qu'elle s'en allait dans le lieu de la véritable félicité et dont elle jouirait sans fin avec les âmes qui ont servi le Dieu des chrétiens sur la terre ».
    La Soeur s'agenouilla quelques instants auprès des restes précieux de cette jeune fille prédestinée, et pria moins pour elle que pour sa famille et pour obtenir par son intercession le salut des païens.
    On ne saurait assez admirer ces grâces de choix que Dieu dispense ainsi à son gré, et on ne peut s'empêcher de voir dans cette conversion sa Providence rédemptrice conduisant ainsi les religieuses près d'une enfant qu'elles savaient à peine malade, juste à temps pour lui administrer le baptême qu'elle semblait attendre pour mourir. Quel profond mystère ! D'autres personnes, sur lesquelles on a les yeux depuis longtemps, meurent sans recevoir cette grâce.
    Quel encouragement aussi pour le missionnaire ! Il sème la parole de Dieu. Il la croit perdue, parce qu'il ne la voit pas lever tout de suite. Au moment où il l'espère le moins, et là où il n'en voyait plus de traces apparentes, elle germe et la moisson suit de près l'instant où elle est sortie de terre.

    1919/272-279
    272-279
    Japon
    1912
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