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Famine et conversions (Pondichéry).

Pondichéry LETTRE DU P. DARRAS Missionnaire apostolique Famine et conversions. Chetput, août 1898. Impossible de vous dépeindre l'état de détresse dans lequel se trouve tout notre pays et par suite votre pauvre serviteur. Qu'il me suffise de vous dire que les tamoules (gens de caste) eux-mêmes en sont réduits à se nourrir de la moelle des aloès, du coeur des différentes sortes de palmiers, des feuilles et des fruits de plantes qui ne sont rien moins que comestibles. Hélas! Quil est dur de voir tant de misères.
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    Pondichéry

    LETTRE DU P. DARRAS

    Missionnaire apostolique

    Famine et conversions.
    Chetput, août 1898.

    Impossible de vous dépeindre l'état de détresse dans lequel se trouve tout notre pays et par suite votre pauvre serviteur. Qu'il me suffise de vous dire que les tamoules (gens de caste) eux-mêmes en sont réduits à se nourrir de la moelle des aloès, du coeur des différentes sortes de palmiers, des feuilles et des fruits de plantes qui ne sont rien moins que comestibles. Hélas! Quil est dur de voir tant de misères.
    Heureusement, à ces épines se mêlent de belles roses qu'il nous est donné de cueillir. Après vingt ans de résistance, les gens de caste ont enfin dépouillé leurs préjugés et commencent à venir vers nous. A Chetput, le fils du païen qui me céda un premier terrain pour l'église, a su vaincre toutes les résistances et répondre à l'appel du bon Dieu.

    J'ai eu le bonheur de le baptiser le saint jour de la Pentecôte. Malgré la misère des temps, ce fut l'occasion d'une magnifique cérémonie.
    Tout était en mouvement dans la ville. Les chrétiens allèrent prendre chez eux les catéchumènes qui s'avancèrent vers l'église, précédés de la bande des musiciens du village. Depuis vingt ans, les barbiers qui, comme vous le savez, ont le monopole de la musique instrumentale parmi les tamoules, n'avaient pas osé prendre part à quelqu'une de nos fèces. Il fallait une circonstance comme celle-ci pour les décider à marcher de l'avant; ce fut pour moi une agréable surprise.
    Des païens en grand nombre entouraient la famille, quand j'administrais le saint baptême aux heureux convertis. Je me gardais bien de les éloigner, car leur but était de voir par eux-mêmes et de constater s'il y avait quelque fondement aux bruits qu'on faisait courir parmi eux, à savoir qu'on donnait à boire de l'eau dans laquelle on avait détrempé des peaux de boeufs, qu'on leur faisait prendre des médicaments pour les fasciner, etc., etc. Il fallait voir avec quelle attention ils suivaient toutes les cérémonies! Ils furent donc des témoins avérés de la fausseté de tous les contes forgés par la mauvaise foi.
    Cette cérémonie eut un retentissement dont les résultats ne se Tirent pas attendre. Bientôt en effet, deux autres familles de la même caste se présentèrent au catéchuménat. Je les reçus de tout Cour et les baptisai après leur avoir donné l'instruction nécessaire. Depuis, quelques autres familles sont également venues, et plusieurs villages ébranlés sont en pourparlers.
    Voilà donc le mouvement lancé parmi les gens de caste. Priez beaucoup le bon Dieu et notre bonne Mère pour qu'il se soutienne et continue.
    Mais vous comprenez que, clans les commencements surtout, les dépenses doivent être plus considérables que quand il s'agit de pauvres parias. Que le bon Dieu nous vienne en aide, et bientôt les deux nefs de mon église réservées aux tamoules seront remplies. Actuellement, nous avons déjà, établies près de cette église, vingt-cinq familles, c'est-à-dire cent cinquante tamoul ers chrétiens.

    1898/217-219
    217-219
    Inde
    1898
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