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Faits extraordinaires Un apôtre malgré lui

YUN-NAN Faits extraordinaires. Un apôtre malgré lui A la fin de juin 1906, M. Barnabé, missionnaire dans le nord du Yun-nan, essayait de créer une station nouvelle à Kong-pa, en pleine gentilité. Dieu merci ! Sa tentative a été couronnée de succès. Kong-pa ne compte encore qu'une dizaine de familles converties ; mais beaucoup d'autres s'apprêtent à les imiter ; l'avenir est plein de promesses.
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    YUN-NAN





    Faits extraordinaires. Un apôtre malgré lui





    A la fin de juin 1906, M. Barnabé, missionnaire dans le nord du Yun-nan, essayait de créer une station nouvelle à Kong-pa, en pleine gentilité. Dieu merci ! Sa tentative a été couronnée de succès.


    Kong-pa ne compte encore qu'une dizaine de familles converties ; mais beaucoup d'autres s'apprêtent à les imiter ; l'avenir est plein de promesses.


    Au court de sa dernière visite aux catéchumènes, notre confrère entendit le récit d'un fait assez étrange. En homme avisé, il ne se pressa pas d'ajouter foi à la narration ; en constater l'authenticité de visu lui parut plus sûr. Il se transporta donc sur les lieux témoins de l'événement ; voici le résultat de son enquête.


    A Pa-mao-po, à 35 kil. de Kong-pa demeure Tsin Sse-hay, originaire du Su-tchuen, immigré au Yun-nan depuis sept à huit ans. L'an dernier, il eut quelques relations avec le catéchiste de Kong-pa, à la suite desquelles il se déclara chrétien, et afficha chez lui la tablette traditionnelle. On l'avait bien pourvu d'un catéchisme et d'un livre de prières, mais absorbé par son négoce, loin de la direction du catéchiste, il a fait peu de progrès dans l'étude de la doctrine. Le fils unique de Tsin, âgé de 17 ans, apprenant la conversion de son père, suivit aussitôt son exemple. Puis, à son instigation deux de ses amis embrassèrent aussi la religion ; ce n'était qu'un commencement. Bientôt, grâce à l'active propagande de Tsin Sse-hay, une dizaine de familles songeaient sérieusement à emboîter le pas à sa suite, lorsqu'elles entendent tout à-coup l'orage gronder sur leur tête. Un bachelier du pays, Ouang Ta lao-sse, homme puissant et redouté, menaçait de ses foudres, quiconque se déclarerait prosélyte des diables d'Europe, d'où grande perplexité...


    Les choses en, étaient là, lorsqu'au soir du 7 janvier dernier, Tsin Sse-hay voit son fils se diriger péniblement vers la porte du jardin, le visage pâle, avec l'expression sur les traits d'une tristesse mortelle. Le père inquiet suit son fils, et son anxiété redouble lorsqu'il le voit s'affaisser sur un banc, obstinément sourd à toutes les questions. Aussitôt de le prendre entre ses bras et de le déposer sur un lit, avec force sanglots. Attirés par les doléances de Tsin, les voisins accourent nombreux ; en quelques instants, la maison se trouve remplie. Chacun s'étonne de la brusque révolution opérée dans un jeune homme, qu'on avait vu plein de vie quelques instants plus tôt, tous croient sa fin prochaine. En effet, les yeux clos, une face terreuse, tous les indices de l'angoisse extrême ne permettent guère de douter de sa mort imminente.


    Mais, voici que l'agonisant change tout à coup d'attitude. D'une voix sonore qui devient parfois tonnante dans un langage autrement châtié que celui de son entourage, il débute ainsi :


    « Moi Esprit, je viens à toi pour me faire connaître. Sais-tu ce qu'est ma Religion ? Seigneur, qui suis-je, et comment pourrais-je le savoir ? C'est précisément parce que tu l'ignores que moi Esprit je viens te la révéler. Jusqu'ici tu n'as guère fait preuve de vertu ; si à l'avenir tu n'observes pas mieux mes commandements, je te précipiterai en enfer.


    « O ! Gens de Pa-mao-po, jusques à quand mépriserez-vous et repousserez-vous ma doctrine ? Que de fois ne vous ai-je pas donné des preuves de ma puissance et de ma miséricorde ! Toujours vous m'avez méconnu. Ouang Ta-lao-sse a soutenu devant Tchen Chao-jou que la Religion chrétienne est fausse ; s'il persiste dans son opposition, je le châtierai sévèrement ».


    Tchen Chao-jou, beau-frère de Ouang Ta-lao-sse, païen comme lui, connaît vaguement le catholicisme, à la suite de quelques entretiens, tant avec le missionnaire qu'avec le catéchiste. Chacun ignorait à Pa-mao-po qu'au cours d'une rencontre, les deux parents avaient effectivement discuté sur cette question. Le fait a été confirmé séance tenante par Ouang Ta-lao-sse, présent lui aussi à ce prône d'un nouveau genre. Quant à Tchen Chao jou, désormais convaincu, il se dispose à se faire chrétien.


    Cependant le médium continuait :


    « Ton père, lui-même, après avoir embrassé ma Religion, pourquoi a-t-il préconisé la déesse Kouan-in, au marché de Oua-kiao ? Comme s'il ignorait que cette prétendue déesse n'est qu'un mythe ; que son culte m'est en abomination ! Ne sait-il pas que Moi, Esprit, je suis seul la vérité ? En punition de sa lourde faute, je l'abaisse d'un degré. (Le fils ignorait complètement cette conversation de son père avec les païens.)


    « De plus pourquoi fréquente-t-il Lin-fong, cet être pervers et sans conscience ? Pourquoi lui a t-il emprunté de l'argent ? Pour cet autre prévarication, je l'abaisse encore d'un degré. (Il faut noter que cet emprunt n'était nullement connu du médium. Le jour suivant, de grand matin, Tsin Sse-hay s'empressa de vendre à Lin-fong l'argent reçu en prêt.) Lo U-tang, puisque toi aussi tu as embrassé ma Religion, comment es-tu assez osé pour entretenir un commerce illégitime avec ta belle-soeur la veuve ? Tu n'échapperas pas à ma vindicte ».


    Les relations de Lo avec cette veuve étaient totalement ignorées du public, d'autant que depuis la mort de son mari, celle-ci n'habitait plus sous le même toit que Lo. Ni l'un ni l'autre des inculpés n'a protesté. Le lendemain dès l'aube, Lo U-tang transportait ses pénates au marché de Tsi-lou, à 35 kilom de Pa-mao-po.


    Aux réprimandes succède un exposé doctrinal très net, très intelligible de la formation de l'univers par Dieu éternel et omnipotent ; de la création d'Adam et d'Eve ; de leur innocence primitive au paradis terrestre ; de la chute originelle, suivie de la promesse d'un Rédempteur.


    L'orateur explique ensuite merveilleusement l'économie du mystère de l'Incarnation ; décrit la naissance et la vie du Sauveur ; dépeint ses souffrances et sa mort ignominieuse sur la croix, avec force détails.


    Puis il en vient au Décalogue, dont il énonce et commente chaque commandement avec une clarté, une justesse d'expression remarquables.


    Depuis deux ou trois heures, l'assistance émue, émerveillée, écoutait avidement le nouveau prophète, lorsque changeant tout à coup de physionomie, celui-ci s'écrie d'une voix courroucée :


    « Dernièrement, avec ton ami Kiang, pourquoi as-tu ri, en lisant les mots : tong chen ngu Ma-ly-ia (la Vierge Marie) ? Ton père t'a gourmandé, je le sais, mais tu n'as tenu aucun compte de sa réprimande. Tu ignores donc, malheureux, que Marie est la plus parfaite, la plus noble des créatures. Je devrais te punir de ton outrecuidance. Si tu promets de t'amender, je te ferai grâce, en considération des mérites de ton père, mais à la condition toutefois qu'il s'interposera en ta faveur.


    « Sais-tu ce qu'est ton père ? Cest le rejeton choisi de dix générations. Je compte à son avoir beaucoup d'actions vertueuses et d'oeuvres charitables que les hommes ignorent. Qu'ils s'entremettent à titre de caution, je consens à me laisser fléchir ».


    Alors le jeune homme de s'écrier : « Père ! Père ! Je t'en prie, implore mon pardon ! »


    Tsin Sse-hay ému jusqu'aux larmes tombe aussitôt à genoux, et dit d'une voix étranglée : « Seigneur Esprit, si je vous ai offensé, c'est sans y prendre garde. Maintenant que vous vous êtes révélé à nous d'une façon si notoire, je vous demande pardon pour tous mes errements passés, souffrez encore que je demande grâce pour mon fils ».


    A peine a-t il prononcé ces derniers mots, qu'à la stupéfaction générale, l'agonisant ouvre de grands yeux, s'assied sur sa couche, s'étonne de l'affluence des spectateurs.


    Parents et amis le pressent alors de questions ; mais il affirme n'avoir conscience de rien. On lui rappelle sa harangue de tout à lheure ; il jure n'avoir pas ouvert la bouche. « Je l'ai questionné à mon tour, dit M. Barnabé, sans obtenir d'autre réponse ». Donc en l'occurrence, ce jeune homme a joué un rôle purement passif. Comment expliquer autrement une telle précision de doctrine, jointe à la clarté et à l'élégance de la diction dans un sujet à peu près illettré et des moins entendus en matière de Religion ? D'où lui serait venue l'intuition de circonstances occultes, de dispositions intimes connus des seuls intéressés ? Je me garderai de conclure vivement à une intervention surnaturelle. Mais il semble que l'hypnotisme, en dépit de ses progrès modernes, donnerait difficilement une explication rationnelle de ce fait singulier.


    Toujours est-il que prenant aussitôt les proportions du prodige, l'événement a produit une vive commotion dans la contrée. Puissent-elle être l'origine de nombreuses conversions à Pa-mao-po et dans sa banlieue.


    En attendant, Tsien, l'apôtre malgré lui, a été reçu à l'école centrale du district. Il travaille avec entrain à l'étude du catéchisme. Lorsque sa formation chrétienne sera achevée, pourquoi ne jouerait-il pas le rôle de catéchiste parmi ses compatriotes ?


    Voilà le fait authentique, attesté par la population entière de Pamao-po, tel que le rapporte M. Barnabé. Comme il ne me paraissait pas dénué d'intérêt, je me permets de vous le communiquer.





    E.-E. MAIRE,


    Sup. de la Miss. du Yun-nan.








    1907/364-368
    364-368
    Chine
    1907
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