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Fables indiennes 3 (Suite et Fin)

Fables indiennes (Fin1) FABLE IV Près du Bhagirati croissait un arbre immense, Que le temps qui tout ronge avait aussi creusé. Un renard vieux, aveugle, y faisait résidence, Et quoiqu'en l'indigence, Y menait, m'a-t-on dit, un train de vie aisé, Car les oiseaux, nichés au-dessus de sa tête, Laissaient toujours tomber sur le pauvre animal Quelque friand morceau dont il se faisait fête. Un jour, un certain chat (s'il y a quelque mal A faire en ce bas monde, un chat toujours s'y trouve)
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    Fables indiennes
    (Fin1)

    FABLE IV

    Près du Bhagirati croissait un arbre immense,
    Que le temps qui tout ronge avait aussi creusé.
    Un renard vieux, aveugle, y faisait résidence,
    Et quoiqu'en l'indigence,
    Y menait, m'a-t-on dit, un train de vie aisé,
    Car les oiseaux, nichés au-dessus de sa tête,
    Laissaient toujours tomber sur le pauvre animal
    Quelque friand morceau dont il se faisait fête.
    Un jour, un certain chat (s'il y a quelque mal
    A faire en ce bas monde, un chat toujours s'y trouve)
    Un chat, dis-je, survient; Fine Oreille est son nom,
    Guette les oiseaux, le fripon,
    Les nids, ces doux berceaux où maint frêle oisillon
    Dort sans songer à rien, des deux yeux il les couve.
    Le premier qui le voit jette l'alarme au camp
    On se rassemble, on crie, on vole, on se démène,
    Car chacun connaît trop le sujet qui l'amène.
    Mais le renard à ce bruit s'informant
    Quel était le motif de ce remue-ménage,
    Et pourquoi dans les airs tout ce vilain tapage ;
    Le chat le vit
    Et dit :
    — Au diable le coquin, car sans lui quelle aubaine !
    (Les renards sont toujours où l'on ne les veut point)
    Pourtant comme César, je dois dire en ce point
    Qu'étant venu si loin
    Je ne veux pas perdre ma peine,
    Le sort en est jeté !

    Sur cela, maître chat du renard se rapproche,
    Lui fait un grand salut, mais se tient de côté.
    — Ton nom ? dit le renard de colère emporté.
    — Hélas ! Je suis un chat ! » Le renard lui reproche,
    Avec emportement, son nom, sa parenté,
    Son regard effronté,
    Sa mine de matois, le traite d'hypocrite,
    Qu'il va le mettre à mort, qu'il connaît son mérite
    Que les dieux... ! I ... Mais le chat
    Aussitôt, par frayeur sur l'arbre se percha,
    De là lui débita

    1. Voir Ann, M.-E., n° 122 et 123.

    Deux proverbes sans plus, faisant la chattemite,
    C'est un moyen très sûr de juger du mérite :

    Pour être né d'un sot l'homme est-il méprisé,
    Pour être né d'un sage en est-il plus prisé ;
    S'il est sot à son tour, les autres le méprisent ;
    S'il est sage au contraire, ils l'aiment et le prisent.

    L'homme est un animal qui dort, et mange et boit
    Il propage, il a peur, en tout il suit sa loi,
    Par la raison pourtant il peut lever la tête,
    Et privé de raison il n'est plus qu'une bête.

    Ce qu'entendant
    Le renard dit au chat : Il serait bon pourtant
    Que tu me rendis compte
    De toi-même, surtout
    Ne me fais pas un conte
    A m'endormir debout.

    Et le chat sur sa branche
    Comme un prédicateur prend des airs et se penche,
    Puis d'un ton radouci;
    Comme un moine augustin qui prêche l'abstinence,
    Il dit :
    — Je me lave à deux eaux tous les jours de ma vie,
    La chair, ni le poisson ne me font nulle envie,
    Car je suis brahme et brahme je mourrai
    Où ne pourrai.
    Toi, qui connais si bien la science sacrée,
    Les livres, les sâstras, dont l'âme est éclairée
    Au flambeau du savoir,
    J'étais venu te voir,
    Car les oiseaux partout portent ta renommée,
    Quand de ces oisillons cette bande alarmée
    Voyant un étranger
    A craint quelque danger,
    Lancé maint quolibet sur un ton très acerbe
    Dont je pense enrager,
    Et voulu me chasser en dépit du proverbe :

    Toujours reçois ton hôte en ta maison gaîment,
    Fût-il un ennemi traite le largement :
    L'arbre du bûcheron retire-t-il son ombre ?
    Le soleil aux méchants apparaît-il plus sombre ?

    Es-tu si pauvre enfin que l'hôte en ta maison
    Pour assouvir sa faim ne trouve rien de bon,
    Au moins traite le bien de geste et de parole
    S'il pleure, fais de même, un pleur d'ami console.

    Un lit pour reposer, une chambre où loger,
    Pour se laver de l'eau donne à tout étranger,
    Mais surtout sois poli, par mot agréable
    Au pauvre qui se plaint rend son sort supportable.

    L'honnête homme à tout être étend son amitié,
    Pour le vil animal a du moins sa pitié,
    La lune des pariahs éclaire la chaumière,
    Sans peur de se souiller leur donne sa lumière.

    — A cela je réponds
    Dit le renard, baissant pourtant la voix d'un ton
    Que le chat est carnivore,
    Qu'il dévore
    Sans façon
    Les oiseaux, et le bain n'a pas changé ta race,
    Et cela m'embarrasse
    Car là-haut
    Se balance le nid de maint petit oiseau.

    Le chat en toute hâte,
    Comme saisi, d'horreur
    Lève la patte
    A l'une et l'autre oreille il la met, le farceur
    Dans sa barbe riant sans le montrer se gratte,
    Des cinq membres il touche au sol qui n'en peut mais,
    Et larmoyant d'un oeil dit au renard : — Jamais !
    Il se relève alerte
    Et dit :
    — Crois-tu que je voudrais accélérer ma perte ?
    Que les chats carnassiers soient en tous lieux maudits,
    Moi, qui sais mes devoirs, moi qui sais lire un livre,
    Moi, qui jamais du corps aux désirs ne me livre,
    Moi qui peux te citer proverbes à millier
    Que de sang, que de chair j'aille ainsi me souiller,
    Non jamais ! Mais écoute
    Avant de me frapper et de me dépouiller ;
    Puis frappe alors, s'il te reste aucun doute :

    Si loin de massacrer le plus vil animal
    Tu lui portes joyeux du secours en son mal,
    Quand il est poursuivi si tu lui sers d'asile,
    Ton chemin vers le ciel sera court et facile.

    Avec le corps tout meurt, richesse, amour, plaisir,
    Mais quand l'âme du corps voit la prison s'ouvrir,

    Elle trouve un ami qui l'attend à la porte,
    C'est la religion qui jusqu'au ciel l'emporte,

    Pourquoi vivre de chair ? Pour un plaisir brutal
    Qui s'il te réconforte à la brute est fatal ?
    Tu jouis un moment; la brute a pour partage
    Le néant éternel. Est-ce juste ? Est-ce sage ?

    Sais-tu ce que l'on souffre au moment de la mort,
    Quand l'âme avec terreur va déchirer son corps
    Comme un vieux vêtement qu'aux vers elle abandonne ?
    Et l'animal qui meurt souffre autant que personne.

    Qui voudrait donc souiller et sa bouche et sa main
    Du sang d'un animal, qui n'apaise sa faim
    Que de l'herbe des champs ? Qui commet un tel crime
    Est digne de rouler eh l'éternel abyme.

    Le renard
    Se montra satisfait : Les vieillards sont crédules,
    Surtout quand on les flatte et souvent ridicules.
    Et comme il était tard
    Le renard et le chat s'endorment l'un et l'autre,
    Disant aux oisillons qu'ils pouvaient être en paix,
    Que le chat d'abstinence était certes l'apôtre
    Qu'il ne voudrait jamais
    Pour les trésors du monde
    En se souillant de sang rendre son âme immonde.

    A quelque temps de là
    Oiseaux de disparaître,
    Et si bien, que voilà
    Qu'on soupçonné lé traître ;
    Et lui dé s'esquiver,
    Et du trou de son hôte
    A temps de se sauver,
    Lui laissant à payer la peine de sa faute ;
    Car lui parti
    Les oiseaux font enquête,
    Trouvent près du renard les os de maint petit.
    L'animal est jugé sans appel, on l'arrête,
    On s'assemble, on le tue et sur l'arbre on grava
    Ces vers qu'un peu plus haut dans ce conte on trouva,
    Et qu'ici je répète

    Ne va pas te fier à celui qui n'a rien,
    Car il peut s'enrichir en te volant ton bien,
    Par la fourbe d'un chat qui faisait chattemite
    Un renard fut occis, c'est l'exemple qu'on cite.

    A ces mots le renard de parle de celui
    Qui vint avec le cerf pour tenter aventure,
    Du sultan de Coeurbas, car c'était bien à lui
    Que le corbeau contait cette déconfiture
    D'un sien cousin, la donnant à l'appui
    De son dire)
    Le renard, dis-je, au corbeau s'adressant,
    Le traite d'espion, de mauvais garnement
    Et lui dit même un mot difficile à traduire
    — Etais-tu mieux connu
    De l'animal cornu,
    Ou de son père, ou de sa mère,
    Quand la première fois
    Il te vit dans les bois ?
    Et pourtant maintenant votre amitié prospère
    Serait-il l'un de nous ? Serait-il étranger ?
    Tous ces que si, que non de bête trop prudente
    Me font bien enrager,
    Il en aurait dit plus, car de colère ardente
    Il était emporté
    Quand le cerf qui bien triste avait tout écouté
    Sans souffler mot, entre les deux se pose.
    On laisse là l'injure, on se met à jaser,
    L'on cause
    De tout et d'autre chose
    Avant de reposer ;
    Le cerf sa conscience en secret examine
    Et pour se consoler ce proverbe rumine :

    On ne naît point ami, par choix on le devient,
    On n'est point ennemi sinon qui le veut bien :
    Les deux naissent du coeur comme un fruit de sa graine,
    L'amour produit l'amour et la haine la haine.

    Lors ils s'endorment tous les trois,
    Mais quand vient le matin chacun gaîment se lève
    Fait sa prière aux dieux et sa toilette achève.
    Le corbeau vole aux champs, le cerf gambade aux bois,
    Et le rusé renard va dans le voisinage
    Au plus prochain village,
    Tant il était poli,
    Visiter quelque coq qu'il connaissait de vue,
    Le prend au lit,
    Et le salue,
    Et pour jaser à l'aise il l'emporte gaîment
    (Jamais on n'a bien su si le coq fut content),
    Il alla de la sorte
    Pendant vingt jours au plus, Coeurbas toujours rapporte
    Quelque fraîche nouvelle à ses amis le soir.
    Il était espion, philosophe à son heure,
    Même il voulait s'asseoir
    Par un long jour d'été devant quelque demeure
    Où folâtraient poulets, dindons, poules, faisant
    Mainte observation, sur ce philosophant.
    Un jour de la bête cornue
    Il s'approche, et tout bas à l'oreille il lui dit :
    — Jusqu'ici je n'ai pu, j'en suis vraiment navré,
    Payer la bienvenue,
    Mais sans retard,
    Foi de renard !
    (Bonne foi de renard à présent t'est connue),
    Je le fais aujourd'hui si n'en suis empêché.
    Différer plus longtemps serait plus qu'un péché,
    Ce serait une faute,
    Car qui peut se fier à qui n'a pour son hôte
    Nul sentiment.
    Partant
    En certain champ, où l'herbe vient si haute,
    Qu'on n'y pourrait pas voir de tes cornes le bout,
    Je vais guider tes pas, et pendant que tu broutes
    Pour veiller sur tes jours, attentif aux écoutes
    Je vais me tenir tout debout
    Sur la haie
    A l'écart.
    Ainsi dit le renard.

    Aussitôt fait que dit. Le cerf que rien n'effraye
    A bouche que veux-tu s'en donne jusqu'au soir,
    Mais à la nuit tombante
    Il entend quelque bruit, et saisi d'épouvante
    Il se sauve à grands pas, mais comme il fait très noir
    Il ne peut voir
    Les lacets que dans l'herbe avait tendus le maître,
    Il y tombe, as sitôt voyant Cœurbas paraître
    Il reprend coeur et dit : — Pourquoi te tenir loin ?
    Ne vois-tu point
    Ce filet qui retient mon pied dans une maille
    Sauve qui peut l glapissait la canaille,
    Il voulait voir si le filet
    Résisterait.
    Le cerf pleure et l'appelle ; il fait la sourde oreille,
    De mémoire de cerf jamais fourbe pareille
    N'avait ainsi trompé les bêtes dans les bois.
    Enfin couché sur l'herbe
    Aux abois
    Pour un peu l'attendrir il risque ce proverbe :

    Au sein de l'infortune on connaît un ami,
    Un héros dans les camps en pays ennemi.
    Et dans la pauvreté la femme que l'on aime,
    L'honnête homme en tous lieux tant qu'il reste lui-même.

    Cependant le renard, en renard connaisseur,
    Approche du filet, le reconnaît solide,
    Et puis comme saisi d'horreur,
    Il s'éloigne à six pas, d'un mouvement rapide :
    — Fi ! Les cordes sont de boyaux
    D'animaux,
    Et c'est aujourd'hui dimanche,
    Et moi j'allais les toucher de ma dent !
    Demain de bon matin je reviendrai pondant;
    En attendant
    Fais moi la planche
    Dans le sillon
    Tout de ton long,
    Et moi je veillerai : sans crainte donc sommeille
    Sur l'une et l'autre oreille.
    Et le pendard
    A vingt pas dans un coin s'assoupit à merveille
    Car il se faisait tard,
    Et le remords jamais ne gêna le renard.
    Cependant le, corbeau ne dormait point sur l'arbre,
    Quand l'ami n'est pas là quel ami peut dormir ?
    Il se disait : « I1 vient, il Va venir,
    Mais perdant tout espoir son coeur froid comme marbre
    Se serrait de douleur, puis n'y pouvant tenir
    Il part à tire d'aile,
    Vole de-ci, de-là, du haut des airs appelle.
    Enfin il l'aperçoit ;
    Du plus loin qu'il le -voit :
    — Est-ce là mon ami, objet de ma tendresse ?
    Lui dit-il essouffler, beau cerf est trop léger
    De la tête et des pieds. Ecoute, le temps presse ;

    Celui qui dans la nuit, aveugle passager,
    Livre sa lampe au vent, ou qui dans le danger
    Méprise d'un ami le conseil doux et sage
    Moqué des ennemis à sa perte s'engage.
    Mais, dis-moi donc, mon cher,
    Où le renard est-il ? Et le cerf de lui dire :
    D'animaux carnassiers il est certes le pire,
    Il est là dans un coin, attendant que ma chair
    Lui serve de curée.
    — Hélas, dit le corbeau, j'avais prévu cela
    Et par delà.
    De qui croit un fripon la perte est assuré,
    Ne me blâme doue point, car de notre amitié
    Il était trop indigne.
    Ton front de la vertu porterait-il le signe
    Le coeur de l'assassin ignore la pitié.
    Puis poussant un soupir au renard il s'adresse,
    Le traite de coquin et même sans mentir
    Lui jette, quoiqu'il fût un corbeau de sagesse,
    Un injure qui fait rougir.
    Les animaux parfois ressemblent fort aux hommes,
    Ils sont ce que nous sommes
    Et dépassent le but quand ils sont irrités,
    Et que la passion les a trop emportés.
    Mon corbeau le comprend, et reprenant haleine,
    Honteux de son emportement
    Proverbe sur proverbe il enfile à l'instant
    Une demi-douzaine :

    C'est dur d'être trompé par l'homme au doux parler,
    Par qui peut nos secrets sans honte révéler ;
    C'est dur d'être trompé, soit dans notre croyance,
    Dans nos affections ou dans notre espérance !

    Traître est qui sous tes yeux te loue à tout propos
    Et se moque de toi, si tu tournes le dos :
    C'est le poison mêlé de lait au même vase,
    Le poison est au fond, le lait à là surface.

    O terre, se peut-il que tu portes longtemps
    Le traître qui trompa deux amis si constants ?
    Honte à qui sait mentir, c'est le hideux reptile
    Qui meurt en se glissant dans le plus saint asile.

    Oh ! Ne t'unis jamais, même pour un instant.
    Même pour t'amuser avec un coeur méchant
    Le charbon s'il est chaud brûle encor sous la cendre,
    S'il est froid il noircit la main qui veut le prendre.

    Ne crois pas le méchant qui parlé avec bonté,
    Redoute tout de lui, même sa charité,
    La perle en un serpent sous le crâne est cachée,
    Qui sans être mordu l'a jamais arrachée ?

    Ouvre les yeux; il fuit ; ferme-les, il te mord,
    Es-tu fort, il est faible, es-tu faible, il est fort ;
    Il est-là, non plus loin, il bourdonne, il te pique,
    Vrai portrait du méchant sous les traits du moustique.

    Enfin vient le matin,
    Et le corbeau qui voit furieux apparaître
    Le maître
    De ce champ dévasté, dans les mains un gourdin,
    Comprit de son ami quel serait le destin :
    Fais le mort, lui dit-il, ferme les yeux, ne bouge,
    Et tiens toi
    Coi,
    Car l'homme qui s'avance est de fureur tout rouge,
    Et quant à moi
    Perché sur la branche,
    Sur ton front,
    Si tu m'entends sonner la charge,
    D'un seul bond
    A vingt pas bondissant vite gagne le large.
    Le maître vint plus près,
    Ses yeux brillent de joie,
    En voyant cette proie
    Dans ses filets ;
    Puis le considérant il le croit mort, et jette
    Comme inutile son bâton
    Sur le sillon ;
    Puis à la pauvre bête
    Avec un gros juron,
    Très vilaine épithète,
    Mais c'était un païen,
    Je pense qu'un chrétien.
    N'en voudrait faire autant. Cependant il se penche
    Sur le filet, défait les noeuds et sur son bras
    Met le paquet, s'éloigne à peu près de trois pas.
    Lors le corbeau croasse sur la branche,
    Le cerf bondit,
    Partit,
    Et puis avec l'oiseau, dans les bois s'ébaudit.
    Mais cependant mon homme
    Prend son gourdin, la lance, et le gourdin lancé
    Vole jusqu'au renard, en fait un trépassé,
    Car roide mort il vous l'assomme.

    Maintenant le lecteur a peut-être oublié
    Que c'était la souris qui récitait ce conte,
    (Je confesse à part moi qu'il est fort embrouillé,
    Et même le corbeau n'y trouvait pas son compte)
    Tire-d'aile assoupi
    La tête sous son aile,
    Se réveilla pourtant. — Ecoute, lui dit-elle,
    Un proverbe, rien qu'un, car le conte est fini,
    Et des contes toujours la Morale est fort belle :

    Soit du bien, soit du mal le résultat te suit,
    Comme un ardent coursier rapide il te poursuit,
    Il t'atteindra, sois sûr, qu'il faille trois journées,
    Trois semaines, trois mois, qu'il faille trois années !

    Chat, buffle, bélier, moins encore un corbeau,
    Moins que tout animal un homme sans cerveau,
    Ne sont dignes qu'en eux l'honnête homme se fie,
    Que son coeur un secret à garder leur confie,

    De plus, le sort t'a mis
    Du côté des corbeaux nos mortels ennemis,
    Et le sage
    Pour régler notre choix nous a laissé l'adage :

    Avec un adversaire impossible est l'accord,
    Ferait-il cent serments que je craindrais encor,
    Chauffe l'eau tout un jour, à cent degrés chauffée,
    La flamme qu'elle touche est par elle étouffée.

    Ce qu'on a pu se peut, mais l'impossible est là ;
    Impossible toujours, nul dieu ne l'essaye.
    Vit-on jamais char rouler sur la plaine liquide ?
    Un bateau naviguer sur un terrain solide ?

    1918/616-626
    616-626
    Inde
    1918
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