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Fête de la béatification d’Augustin Schœffler au Grand Séminaire de Nancy

Fête de la béatification d’Augustin Schœffler au Grand Séminaire de Nancy Le 19 juin, le séminaire de Nancy a célébré une fête très solennelle en l’honneur d’un de nos Martyrs qui est un de ses anciens élèves, le B. Augustin Schœffier. Les cérémonies de cette belle journée, l’entrain, l’enthousiasme qui l’ont marquée ont été racontés dans la Semaine religieuse de Nancy par la plume élégante et fidèle de M. l’abbé Mangenot.
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    Fête de la béatification

    d’Augustin Schœffler
    au Grand Séminaire de Nancy

    Le 19 juin, le séminaire de Nancy a célébré une fête très solennelle en l’honneur d’un de nos Martyrs qui est un de ses anciens élèves, le B. Augustin Schœffier. Les cérémonies de cette belle journée, l’entrain, l’enthousiasme qui l’ont marquée ont été racontés dans la Semaine religieuse de Nancy par la plume élégante et fidèle de M. l’abbé Mangenot.
    Nos Annales sont trop heureuses de lui emprunter une partie (1) de son récit qui fera connaître à notre Société toute entière l’exquise bienveillance de S. G. Mgr Turinaz, l’aimable bonté du Supérieur et des directeurs du séminaire, l’activité déployée par les séminaristes.

    A neuf heures et demie, dans la cour intérieure de la maison, dont les murs sont élégamment pavoisés d’oriflammes, s’organise promptement et régulièrement une splendide procession. Derrière la croix, s’avancent lentement sur deux rangs les enfants de la maîtrise de la cathédrale en costume de chœur, les séminaristes en surplis, les prêtres in nigris et le clergé paré, les doyens et les chanoines précédant immédiatement les prélats qui formaient le centre de la procession. Les fidèles venaient ensuite avec les parents du Bienheureux au premier rang. Le service d’ordre était fait par les séminaristes soldats en congé.
    Cet imposant cortège passa sous un arc de triomphe, dressé à l’entrée de la cour par les élèves de cinquième année, puis entre deux rangées de roseaux; de sapins ou de branchages, pénétra par la grille richement décorée, dans le vaste jardin, et monta l’allée de gauche où de petites oriflammes étaient piquées comme des points blancs dans la verdure des arbres. Au fond du jardin, sous l’édicule qui protège le groupe de Jésus en agonie, un gracieux autel, encadré de sombres lauriers, portait l’image du Bienheureux et la châsse neuve de ses reliques. On fit halte au reposoir. Quand Mgr Gendreau eut encensé les précieux restes du martyr, des sous-diacres, vêtus de dalmatiques à forme antique et aux vives couleurs, prirent sur leurs épaules, non seulement le reliquaire du Bienheureux, mais encore les autres reliquaires de la chapelle, comme si les Saints venaient au-devant de celui qui désormais partagera leurs honneurs. Des diacres en chape les accompagnaient, portant des palmes à la main. La procession poursuivit sa route en descendant l’allée de droite, plus ombrée et plus ornée que la première. Guirlandes et banderoles y mariaient leurs couleurs variées au vert foncé des arbres. Que ce cortège triomphal différait de celui qui, le 1er mai 1851, sortit de la citadelle de Son-tay, parcourut les rues de la ville, passa sous la porte du Nord et aboutit au lieu du supplice !
    1. À notre grand regret l’espace nous manque pour citer l’article tout entier.
    Pendant la marche, on chantait des cantiques et des hymnes, dont les séminaristes et les prêtres alternaient les couplets. Ce changement de voix produisit un effet saisissant, quand à l’extrémité du jardin, les deux chœurs se firent face et se répondirent comme dans les vastes nefs d’une église en plein air. Au cantique du Départ des Missionnaires succédèrent l’hymne des Martyrs Sanctorum meritis inclyta gaudia et un chant de circonstance, qui résume en quelques traits heureux et qui peint exactement le caractère du séminariste nancéien, devenu apôtre et martyr au Tonkin.
    Tandis que la procession pénètre graduellement à la chapelle au chant du Magnificat, chacun prend facilement et sans encombre la place qui lui est assignée...
    Tout en se plaçant, chacun admirait l'ornementation variée de toute la chapelle. Des guirlandes étaient suspendues à la voûte et y formaient comme une forêt aérienne, couraient en serpentant le long des corniches et sous les fenêtres. De riches oriflammes étaient accrochées aux colonnes; sur les parois des murs, des écussons rappelaient les dates de la naissance, des ordinations, du départ pour les missions et de la mort glorieuse du Bienheureux. Des tentures neuves couvraient les boiseries du chœur et des parements en drap d’or, achetés pour la fête, le maître-autel. La niche, ouverte au fond du chœur, contenait en relief la scène de l’apothéose du martyr : Jésus couronnant le vainqueur. Ce beau travail était l’œuvre de M. l’abbé Mansion, vicaire à la cathédrale. L’autel collatéral, du côté de l’épître, était dédié au Bienheureux. Son portrait, délicatement peint par un séminariste, était attaché au rétable ; la châsse reposait sur le tombeau, au milieu des fleurs et des candélabres ; une peinture annamite, représentant le martyre, était épinglée à la nappe. L'ensemble de l'ornementation était élégant et plaisait à l'œil du spectateur.
    Après l'Évangile, M. le chanoine Küchly, archiprêtre de Sarrebourg et député au Reichstag, fit l'éloge du martyr, qu'étant enfant il a vu à Saint-Louis. Rappelant un pèlerinage que Mgr Turinaz fit à Dabo pour visiter le berceau de saint Léon IX, l’orateur explique par l’attrait de la sainteté l’empressement du clergé lorrain à honorer aujourd'hui un de ses membres, qui a rendu à Jésus-Christ le témoignage du sang versé. Il évoque ensuite avec une émotion contenue, ses souvenirs personnels et retrace les traits principaux de la jeunesse d'Augustin. Lui-même a subi l'ascendant du séminariste de Pont-à-Mousson et il attribue l'origine de sa vocation au sacerdoce aux exemples édifiants du futur martyr. Le missionnaire ne démentit pas les espérances que faisaient concevoir de si pieux débuts et l'heureuse influence de sa conduite. Il suivit droitement la voie que Dieu avait ouverte devant lui et qui le conduisit au martyre. En terminant, M. l'archiprêtre supplie le Bienheureux de ne pas oublier sa patrie, ses amis, le diocèse de Nancy, la mission du Tonkin, et d'attirer sur eux, par sa puissante intercession, les bénédictions divines.
    Le Credo, chanté alternativement par une voix de la tribune et par la masse des assistants de la nef, produisit un grand effet. A l'Offertoire, M. l'abbé Baumgartner, professeur à l'école Saint-Léopold, exécuta avec une force et une expression saisissante les couplets sur Le désir du martyre, que Mgr Retord avait faits à l'occasion de la mort du Bienheureux Schœffler. Le chœur reprenait les dernières paroles de chaque couplet en guise de refrain. La musique avait été composée pour la circonstance par M. Kling, l'habile organiste de Saint-Epvre.
    Le dernier Evangile récité, Mgr Turinaz, la crosse en main et la mitre en tête, prononça de son trône un panégyrique d'une inspiration très élevée et d'une éloquence vibrante et pleine d'enthousiasme. Nous ne donnerons pas l'analyse de ce beau discours, qui, nous l'espérons, sera imprimé (1). Disons seulement que l'orateur, surpassant, si c'est possible, sa réputation, après avoir remercié tous ceux qui ont travaillé à la glorification du Bienheureux, soit par leurs écrits, soit par la préparation de la fête, soit en y assistant en si grand nombre, et en particulier Mgr Gendreau, l'orateur considéra dans le Bienheureux Augustin Schœfller l'apôtre, le martyr et le triomphateur. Commentant un tableau de l'Apocalypse, Monseigneur, dans sa péroraison, contempla le héros de la fête dans la gloire du ciel au milieu des martyrs couronnés par Dieu. Le Te Deum, entonné aussitôt par Sa Grandeur, fut chanté avec un accent indicible de joie et de reconnaissance, tant était grand l'enthousiasme de tous. L'office se terminait ainsi un peu après midi.
    La fête se prolongea dans l'intimité. Durant la soirée, on continua les pèlerinages, inaugurés le matin, à la chambre du Bienheureux. Les murs étaient revêtus de riches tentures, le plancher couvert d'un tapis. Sur une table, entre des flambeaux et des fleurs, l'image du Bienheureux, cette simple image qui depuis longtemps déjà est collée à la porte de la cellule, était exposée à la vénération publique. Une inscription en vers latins dans le style lapidaire des Catacombes, indiquait quel seuil on foulait.
    1. Ce discours a été imprimé à la librairie A. Crépin-Leblond, Nancy.
    Les visiteurs priaient dans cette cellule, sanctifiée par le passage d'un saint, et j'y ai été témoin d'émotions bien vives. La chapelle du séminaire, ouverte aux étrangers, reçut aussi de nombreux visiteurs. Plusieurs maisons religieuses de Nancy, des Sœurs de Saint-Charles et de la Doctrine chrétienne y eurent des députations. Le noviciat tout entier des Frères du Montet y vint en pèlerinage. Des ouvriers en habit de travail, des femmes du peuple, les enfants du faubourg entraient, poussés peut-être par la curiosité, mais saisis bientôt de vénération et priant avec une piété simple et touchante devant la châsse du Bienheureux. Puisse ce mouvement religieux être le point de départ d'un culte qui ne fera que grandir! Les chrétiens tonkinois invoquent le Bienheureux Schœffler spécialement pour la guérison des maux de dents.
    Les Complies solennelles eurent lieu à six heures et demie avec exposition du Saint-Sacrement. Tandis que les deux prélats entraient à la chapelle, le chœur chantait un cantique au Bienheureux. Mgr Turinaz présida l'office. Au Salut, comme motet aux Martyrs béatifiés on exécuta l'antienne Gaudent in cœlis animœ Sanctorum, mise en musique par le père Lambilotte. L'office fut terminé par le chant du chœur final de saint Pius : Seigneur, à toi la gloire, arrangé par M. Thiriet.
    Au souper, le premier diacre eut l'heureuse initiative de remercier avec âme, au nom de tous ses confrères, les deux évêques. Mgr Turinaz accorda un congé pour le lendemain. Au sortir du réfectoire, nous trouvâmes tout le bâtiment Saint-Charles illuminé ; des lampions étaient suspendus aux nombreuses fenêtres qui ouvrent sur la cour. On lança des fusées, que la netteté de l'atmosphère laissait monter très haut. On chanta le Magnificat, des cantiques, Le désir du martyre de Mgr Retord. Pendant que les maîtres faisaient leurs adieux à Mgr Gendreau, les séminaristes accompagnaient le père Ky et lui faisaient une dernière ovation.
    Un vénérable prêtre me disait : « Cette journée vous fera certainement perdre quelques élèves, qui partiront aux Missions. — Ce sera un gain et non une perte, répondis-je, surtout s'ils nous reviennent, comme Augustin Schœffler, Martyrs et Bienheureux ».
    E.MANGNENOT.

    1900/187-190
    187-190
    France
    1900
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