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Expédition au Laos.

TONKIN OCCIDENTAL LETTRE DU P. MARTIN Missionnaire apostolique Expédition au Laos. Je ne veux point vous raconter mon voyage aujourd'hui ; dès que j'en aurai le temps, je rédigerai un récit détaillé que j'enverrai à Mgr Gendreau pour vous, afin que sa Grandeur en prenne d'abord connaissance. Cependant voici en deux mots les principaux résultats de ce voyage.
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    TONKIN OCCIDENTAL

    LETTRE DU P. MARTIN

    Missionnaire apostolique

    Expédition au Laos.

    Je ne veux point vous raconter mon voyage aujourd'hui ; dès que j'en aurai le temps, je rédigerai un récit détaillé que j'enverrai à Mgr Gendreau pour vous, afin que sa Grandeur en prenne d'abord connaissance.

    Cependant voici en deux mots les principaux résultats de ce voyage.
    J'ai trouvé des chrétiens dans plus de vingt villages laotiens, et ces chrétiens sont tous des expatriés du Lang-chanh et du Chau-hoa, d'où les avait chassés la persécution de 1884.
    Dans une tribu Na-mun, j'en ai rencontré trois cents. J'ai célébré les pâques au milieu d'eux, ils m'avaient préparé un autel de verdure sur les bords d'un grand torrent, j'ai pleuré ils récitaient le chapelet en leur touchant langage, pendant le saint Sacrifice.
    Les 400 païens de la tribu m'ont demandé à embrasser la religion. Na-mun compte sept villages, voilà pour un missionnaire.
    A un jour, au nord de Na-mun, est la belle vallée de Muong-xôi, où j'ai trouvé des fidèles dans six villages, et de nombreuses demandes de conversion, dont un chef. C'est là que j'ai l'intention d'établir le centre de la mission pour la haute région du district.
    Plusieurs familles m'ont promis, même déjà offert leurs enfants pour faire une maison de Dieu sur le modèle de celle du Tonkin.
    D'autre part, l'institution d'un collège est urgente, d'autant plus que Mgr Gendreau se refuse, et avec raison, à envoyer le personnel annamite au Laos.
    A cinq heures nord de Muong-xôi, c'est Muong-pien. Plus de 200 chrétiens, et des demandes nombreuses de conversion.
    En quittant Muong-pien, je disais, les larmes aux yeux : « Quel malheur que je ne puisse rester ici, dès aujourd'hui. Avant huit mois, j'aurais peut-être un millier de baptêmes, et j'aurais réconcilié les chrétiens avec le bon Dieu ».
    A dix lieues nord-est de Muong-pien, c'est le plateau de Na-ham, ou il l'ait froid, où il neige ; plus de 200 chrétiens et quelques païens qui veulent se convertir.
    A quatre heures, au nord de Na-ham est Muong-ai, appelé aussi Va-cua où est mort le P. Thoral, qui encore aujourd'hui, est populaire dans toutes ces régions.
    Je me suis agenouillé sur la tombe du P. Tamet, qui repose dans le foret, sous les grands arbres. Les corps des PP. Gélot, Manissol et Rival sont introuvables (1).

    (1). Tous ces missionnaires furent massacrés en 1884.

    Le pays Châu est malsain, mais j'ai la conviction que le Laos ne l'est pas. Au pays Châu, en effet, on ne voit que des forêts épaisses et des vallées étroites ; au Laos, les vallées sont plus larges et les montagnes en grande partie déboisées. Les Annamites, qui meurent vite chez les Châu, sont bien portants au Laos.
    Seul, de tout le pays Châu, Ban-pong m'a semblé ouvert, beau, et non malsain ; aussi les Pères y étaient à peine malades ; c'est le martyre du sang qui les a enlevés de ce monde.
    J'ai passé par la région de Xam-to pour voir M. C..., un Français, ami dévoué des Missions, qui me disait :
    « Père, restez ici, et avant trois ans, les trois quarts du Xam-to seront chrétiens ; ... je vous aiderai ».
    Voilà quelques résultats de mon voyage. Le bon Dieu m'a béni, je suis parti fatigué, et revenu très fort. Je vivais dans ces montagnes! Mais il ne faut pas que nous nous fassions illusion : ce sont des fatigues incroyables, inimaginables, qui attendent le missionnaire là-haut. C'est un pays de rochers, de montagnes, de torrents et de forêts impénétrables, et toujours, toujours... excepté parfois de jolies et rares vallées, au pays laotien, où je n'ai fait que passer.
    Tout le mobilier, les effets doivent être portés à dos d'hommes, pas de routes qui méritent ce nom ! Pour nourriture, le cochon, le canard et le riz gluant ne font pas défaut ; mais il est difficile de trouver autre chose, à moins de manger les tubercules de la forêt.
    Je suis redescendu par le Song-su, 6 jours en radeau, et un jour à pied jusqu'en Thanh hoa (2). J'ai vu que ce cours d'eau, encore inconnu, qu'on soupçonnait être navigable, n'est accessible qu'aux radeaux, au prix de grands dangers, et encore à l'exception d'un jour entier que j'ai du faire à pied à travers les rocs et la foret, parce que sur ce parcours, les rapides sont si furieux, et les rochers du lit du fleuve si rapprochés qu'il est impossible de passer. Un rêve évanoui pour les marchands et pour nous qui espérions sur le Song-su pour aller au Laos et pour en revenir.

    (2) Voici quelques données sur mon itinéraire :
    De Phong-y à Ban-pong, 5 jours ; de Ban-pong à Na-ham, 2 jours ; de Na-ham à My-pien, 1 jour et demi ; de My-pien à Muong-xôi, un grand jour ; de Muong-xôi à Na-mun, un grand jour ; de Na-mun à Phong-y, 6 jours ; mais je ne suis pas venu directement de Na-mun à Phong-y, j'ai passé par Xam-to.


    1899/209-210
    209-210
    Vietnam
    1899
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