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Exemple vivant d'action catholique

Un Exemple vivant d'Action catholique Sheuntak peut s'enorgueillir de M. Joseph Liou Soui-ting. Ancien séminariste d'il y a cinquante ans, fils exemplaire, il a conservé une âme d'apôtre. Nous ne dirons pas les fruits de ses travaux à Canton, ses visites aux vieillards de Shik-paï, sa sollicitude pour les fidèles dispersés dans la grande ville, son hospitalité, sa libéralité, son zèle pour la beauté de la maison de Dieu.
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    Un Exemple vivant d'Action catholique



    Sheuntak peut s'enorgueillir de M. Joseph Liou Soui-ting. Ancien séminariste d'il y a cinquante ans, fils exemplaire, il a conservé une âme d'apôtre. Nous ne dirons pas les fruits de ses travaux à Canton, ses visites aux vieillards de Shik-paï, sa sollicitude pour les fidèles dispersés dans la grande ville, son hospitalité, sa libéralité, son zèle pour la beauté de la maison de Dieu.

    Au bourg natal de Kwaichow, en collaboration avec ses deux frères, il a élevé quadruple édifice : église, école, résidence et maison d'oeuvres. L'église est sans nul doute la plus belle, la mieux ornée de toute la région de Sheuntak. Pas une année qui n'apporte quelque amélioration, un nouvel ornement, un nouveau tableau. Le jardin central, merveilleusement entretenu, sert à fleurir l'église aux grands jours.

    La salle d'Action Catholique est une vraie galerie de cartes, de portraits. Citons la photographie du Pape, de Mgr de Canton et des autres évêques de la province, celle du P. Dejean qui, il y a 75 ans, ressuscita la station déjà bicentenaire. Une mention spéciale aux photographies des PP. Antony Liou et Mathias Liou décédés, l'un du clergé de Hongkong, l'autre chanoine et curé de Notre Dame à Macao, le premier, frère, le second, cousin du maître de céans : Le P. Antony mourut à Canton en 1922 ; en un pacifique délire, en pleine agonie, il était censé encore faire le catéchisme à l'un de ces groupes d'enfants qu'il avait tant choyés ; il s'en allait comme il avait vécu, le coeur débordant de ce qu'il avait aimé. Le chanoine Mathias s'éteignit jeune encore, âgé de 56 ans, et tout aussi saintement, après avoir fait ses voeux de religion dans la Compagnie de Jésus.

    M. Joseph Liou a de qui tenir ; sans être prêtre lui-même, il a vraiment une âme de prêtre. Le prêtre est reçu, hospitalisé chez lui en véritable ambassadeur de Dieu. Annuellement, M. Liou prélève une somme rondelette pour contribuer à l'entretien de l'un des deux catéchistes de la station. Il se surpasse pour la fête patronale de N.-D.- du Rosaire : grand pavois, grand gala ce jour-là, cent à cent cinquante invités au moins, tant fidèles que catéchumènes ou même païens, sont de la fête, mais c'est pour le lustre de la foi. Des prêtres, des missionnaires, des amis de Canton Hongkong, Macao sont mobilisés, délicate façon de les intéresser les uns et les autres au progrès de la station. Une fanfare de Canton vient parfois pour la fête. L'organiste de circonstance était M. Lao Yap, un ancien séminariste lui aussi et excellent catéchiste : il périt le 16 janvier 1937 dans l'horrible incendie du train Hongkong Canton, alors qu'il était en route pour le Congrès d'Action Catholique qui allait se tenir à la capitale provinciale ; digne émule de M. Liou par le zèle, par le feu surnaturel qui brûlait son cur !

    Chacun met du sien à la solennité. Elle s'ouvre généralement par quelques baptêmes d'adultes, une dizaine comme moyenne annuelle ces dernières années ; les baptêmes sont précédés d'une instruction adéquate et suivis de la messe de communion à laquelle participent les néophytes, le tout dans le plus bel ordre, comme dans le mieux réglé des couvents ; à 9 h., messe solennelle avec diacre et sous-diacre, et l'après-midi, salut solennel du T. S. Sacrement et deuxième instruction.

    L'ambiance païenne a eu ses entrées libres, elle a vu, elle a écouté, elle a admiré, elle a dit : voyez comme ils s'unissent, comme ils s'entre aident, comme ils s'aiment, et les préventions enracinées de disparaître à grands pas. Il y a douze ans à peine, le missionnaire du lieu y était encore lapidé de cailloux et de mottes de terre ; pas un enfant, pas un adulte qui ne le saluent, qui ne s'entretiennent aimablement avec lui aujourd'hui.

    M. Joseph Liou a gardé pour l'autel et son hôte divin une dévotion de séminariste, de vrai religieux : il sert pieusement la messe, il participe aux chants, et ainsi agissent ses neveux de Hongkong, de retour de la fête. L'ostensoir magnifique de l'autel où ils servent est vraiment l'image du rayonnement de leurs âmes.

    Il est encore essentiellement prosélyte, et prosélyte ambulant, lumière et charité débordent chez lui. Celle-ci demeure le grand argument ; c'est elle qui échauffe, qui console, qui éclaire, elle est vraiment comme l'aiguille qui entraîne après elle le fil de la foi. La préoccupation de M. Liou est de trouver du travail aux néophytes que veut conquérir son zèle, ses deux frères l'aident dans cette oeuvre, l'un en recommandant aux Jardins publics de Hongkong, l'autre aux Compagnies du bâtiment. Cette préoccupation de procurer à ses recrues le pain quotidien ne va pas sans enlever parfois le sommeil à M. Liou.

    Il prêche à l'occasion, même dans la rue, et son argumentation est brève, sèche, incisive. Par sa droiture, par son esprit de justice, il en impose à ses amis, seraient-ils protestants ou païens. Il en est en ce moment à conquérir la nombreuse et respectable famille d'un ancien prêtre taoïste.

    Il est le bienvenu surtout parmi les enfants des néophytes. Chaque nouvelle arrivée du « deuxième grand-oncle » (il est ainsi appelé familièrement) leur apporte quelque gâterie, fruits ou gâteaux. Il se console de la sorte de n'avoir pu lui-même avoir des enfants. Au jour de leur baptême, les tout petits des néophytes tiennent en main un joli bijou, moyen délicat de fixer en leur mémoire le souvenir d'un si beau jour.

    A chaque ménage de néophytes, il a préalablement fourni tout un matériel religieux : belles et grandes images dans un cadre non moins beau. L'installation a été solennelle, autant que possible présidée par le prêtre accompagné de M. Liou et des catéchistes. A la même occasion, sont apposés distiques et inscriptions catholiques ; le diable et tout son mobilier sont expulsés, et les locaux sont solennellement bénis.

    M. Liou est un artiste. Il tient de saint François d'Assise, en particulier pour la confection des crèches de Noël. Celle de 1936 était un chef-d'oeuvre : toute la faune, du tigre, de l'éléphant, de l'aigle, du chameau au boeuf, à l'âne, à l'agneau ; paysage complet, montagnes aux pics neigeux, torrent à l'écume d'argent; murailles de Jérusalem, tours du bonheur, porte de Bethléem, rois, mages et bergers, lampe sourde à la crèche, et jusqu'à un dispositif secret imitant les vagissements du divin Enfant. Les petits païens n'en finissaient pas d'admirer le spectacle.

    Encore une remarque. Une fondation de la famille Liou permet de recevoir les enfants abandonnés. Les non moribonds sont dirigés sur la Crèche centrale de Canton, au nombre d'une cinquantaine par an.

    Cette série de gestes grands et petits fait brèche peu à peu dans le paganisme ambiant trop longtemps malveillant ; lentement mais sûrement monte l'édifice catholique. Puisse celui-ci s'élever à l'exemple de la vieille flèche de l'église du Rosaire qui, à quelque cent mètres du fleuve aux gracieux méandres, face aux collines, domine un des plus beaux paysages de la région ! Et puisse chaque station catholique de Chine posséder au moins une âme de feu, émule de celle de M. Joseph Liou !



    Alfred FABRE,

    Missionnaire de Canton (Chine)


    1943/243-245
    243-245
    Chine
    1943
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