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Evangélisation de l'Indochine

L'Evangélisation de l'Indochine D'après l'Annuaire Pontifical de 1942, l'Indochine comprend dix-sept Vicariats apostoliques (Bacninh, Buichu, Haïphong, Hanoï, Hué, Hunghoa, Kontum, Langson et Caobang, Laos, Phatdiem, Pnom-penh, Quinhon, Saigon, Thanh-hoa, Thai-binh, Vinh, Vinh-long), et une Préfecture apostolique (Vientiane et Luang-Prabang), répartis dans le Tonkin, l'Annam, la Cochinchine, le Cambodge et le Laos. PREMIÈRE PÉRIODE (1550-1639)
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    L'Evangélisation de l'Indochine



    D'après l'Annuaire Pontifical de 1942, l'Indochine comprend dix-sept Vicariats apostoliques (Bacninh, Buichu, Haïphong, Hanoï, Hué, Hunghoa, Kontum, Langson et Caobang, Laos, Phatdiem, Pnom-penh, Quinhon, Saigon, Thanh-hoa, Thai-binh, Vinh, Vinh-long), et une Préfecture apostolique (Vientiane et Luang-Prabang), répartis dans le Tonkin, l'Annam, la Cochinchine, le Cambodge et le Laos.



    PREMIÈRE PÉRIODE (1550-1639)



    Les débuts de l'apostolat dans ces régions sont plutôt obscurs. On sait cependant que les premiers aptes vinrent de Malacca par le golfe de Siam et qu'ils pénétrèrent par le Cambodge. Très probablement le P. Gaspard de la Croix, dominicain portugais, fut le premier à planter la croix (1550 ou 1555) dans cette partie de l'Indochine qui comprenait les provinces actuelles de la Basse Cochinchine. Après un an de travaux infructueux, il partit pour la Chine.

    Quelques années plus tard, à la demande du roi, deux missionnaires, les PP. Lopo Cardoso et Joan Madeira, furent envoyés au Cambodge ; à eux se joignirent bientôt le P. Sylvestre de Azevedo. Ce dernier sut gagner les bonnes grâces du roi, mais les espérances qu'il avait fondées ne se réalisèrent pas.

    De leur côté, les franciscains avaient pénétré au Cambodge à peu près en même temps que les dominicains, puisque dans une lettre, le roi leur dit qu'ils furent les premiers à prêcher la religion dans son royaume.

    A leur tour, les dominicains espagnols voulurent évangéliser le pays. En 1588, les PP. Pierre de la Bastide et jean Maldonat débarquaient au Cambodge. Mais déjà la jalousie des bonzes avait déchaîné la persécution ; ordre leur était donné de se rembarquer aussitôt. Au moment où ils allaient quitter le port, le P. de la Bastide, attaqué par les païens, tomba percé de coups de lance. Il fut le premier dominicain à rougir de son sang cette terre des martyrs.

    C'est en 1596 que commença l'évangélisation de l'Indochine proprement dite, avec le P. Diego Adverte, dominicain espagnol. Grâce à la faveur du roi, son apostolat donnait les plus belles espérances, lorsque l'arrivée inopportune de soldats de son pays vint compromettre ses succès. On l'obligea à repartir avec ses compatriotes.

    A la Compagnie de Jésus était réservé l'honneur d'implanter définitivement le christianisme en Indochine. En 1616, les PP. Buzzoni, Barreto et de Pina sont à l'oeuvre, et les conversions sont si nombreuses qu'ils ne peuvent suffire à la tâche. En 1624, on leur envoie du renfort : cinq nouveaux missionnaires, et parmi eux le célèbre P. de Rhodes. Celui-ci, après un séjour de deux années, devait passer au Tonkin.

    En 1639, la Cochinchine comptait 12.000 chrétiens, lorsque éclata une première persécution, qui devait être suivie de tant d'autres. Les missionnaires furent expulsés du pays.

    L'année suivante, obéissant à un ordre de ses supérieurs, le P. de Rhodes, accompagné du P. Benoît de Mattos, venait reprendre l'oeuvre interrompue. Trois autres missionnaires essayèrent de les suivre, mais après avoir prêché et baptisé pendant cinq mois, ils furent envoyés à Macao. Le P. de Rhodes, pour suppléer au manque de missionnaires, établit la société des catéchistes dont le premier, Jérôme, était si zélé qu'en six mois il amena 1.300 catéchumènes au missionnaire. Le nombre des fidèles croissait ; on en comptait même dans la famille royale et parmi les autorités tant civiles que militaires. Mais la reine, personne ambitieuse, poussa un préfet à persécuter les chrétiens : ce dernier fit arrêter et mettre à mort un jeune catéchiste, André. Ce fut le premier martyr de ce pays. Le P. de Rhodes réussit à se cacher pendant quelque temps. Finalement arrêté, condamné à mort, puis gracié, il dut quitter le royaume.



    ***



    Au Tonkin le premier missionnaire fut le P. Baldinotti, S. J. Il arriva vers la fin de 1626. Peu après, le P. de Rhodes le rejoignit (19 mars 1627) en compagnie d'un autre missionnaire. Il fut reçu avec honneur par le roi qui lui fit construire une église et une résidence dans la ville royale. Une soeur du roi, ainsi que dix-sept de ses proches parents embrassèrent le christianisme. En trois ans, les missionnaires baptisèrent respectivement 1200, 2.000 et 1.500 catéchumènes.

    Mais l'ennemi du bien veillait. En 1630, sous un prétexte futile, un édit parut, enjoignant aux missionnaires de quitter le pays ; l'année suivante, le P. Gaspard Amaral et deux autres missionnaires parvinrent à rentrer, suivis de près par le P. de Rhodes, qui séjourna au Tonkin jusqu'en 1640, époque à laquelle il retourna en Cochinchine jusqu'à son expulsion peu après.

    En 1639, l'Eglise d'Annam comptait 80.000 fidèles.



    ***



    SECONDE PÉRIODE (1640-1933)



    En présence du développement des missions, le P. de Rhodes vit la nécessité d'un clergé indigène ; il avait compris qu' « une église ne peut subsister longtemps quand sa base n'est pas adhérente au sol. Il voulut donc préparer des prêtres choisis parmi ses nouveaux chrétiens et greffer ainsi le sacerdoce chrétien sur la tige nationale en faisant circuler la sève évangélique dans les veines populaires ».

    Pour réaliser ce plan, il vint en Europe demander au Pape Innocent X des évêques et des prêtres. Il réussit non sans peine, et contribua à la fondation de la Société des Missions Etrangères dont le but spécial et premier a toujours été et sera toujours la formation d'un clergé indigène. Des évêques furent envoyés pour compléter l'organisation des églises naissantes. Les deux premiers furent NN. SS. Pallu et Lambert de la Motte, fondateurs de la Société des Missions Etrangères. Ils partirent en 1660 et 1662.

    Une ère nouvelle s'ouvrait, celle de la création du clergé indigène. En 1668, les premiers prêtres indigènes furent ordonnés. En 1670, nouvelle ordination de sept prêtres, Le 14 février de la même année se tenait le premier synode, qui fut approuvé en 1673.

    En 1679, Innocent XI divisait le Tonkin en deux Vicariats : le Tonkin occidental et le Tonkin oriental.

    En 1680, l'Eglise d'Annam comptait plus de 200.000 fidèles. Mais aux jours de calme allaient succéder de furieuses tempêtes. Déjà vers la fin du XVIIe siècle, quelques chrétiens avaient été condamnés à mort, néanmoins le nombre des fidèles n'avait cessé de s'accroître. Avec le XVIIIe siècle devait s'ouvrir vraiment l'ère des persécutions, qui ne se fermera complètement qu'en 1887.

    En Cochinchine, en 1700, cinq missionnaires furent jetés en prison ; deux d'entre eux furent mis à mort. Il y eut ensuite une période de calme relatif jusqu'en 1750, année pendant laquelle deux évêques et vingt-sept prêtres européens furent emprisonnés, puis conduits à Macao. Dès ce moment, la chrétienté de Cochinchine se trouva en butte aux plus cruelles vexations : plus de deux cents églises furent démolies, les néophytes exposés à la rapacité des gouverneurs et à la brutalité des soldats virent leurs maisons pillées et saccagées. Sous le gouvernement de Hué-vuong, les circonstances devinrent meilleures, et l'Eglise de Cochinchine commençait à se relever de ses ruines lorsque éclata la révolte des Tay-son.

    Pendant ce temps, au Tonkin, le catholicisme était encore plus violemment persécuté car, tandis qu'en Cochinchine on se contentait ordinairement de chasser les prédicateurs de l'Évangile, au Tonkin on les jetait en prison et on les condamnait à mort. De 1686 à 1778, douze missionnaires furent décapités, et un beaucoup plus grand nombre eurent à subir les plus cruels supplices. Plus de trente prêtres européens scellèrent de leur sang ou de la perte de leur liberté la vérité de la doctrine catholique.

    En Cochinchine les rebelles Tay-son sévirent avec rigueur contre le christianisme. Après leur défaite, l'empereur Gia-long, qui devait la vie à l'évêque d'Adran, n'osa pas persécuter les chrétiens. Cette tolérance permit de fonder rapidement de nouvelles chrétientés. En 1820 le nombre des fidèles s'élevait à plus de 400.000, répartis dans trois vicariats apostoliques et administrés par douze ou quinze prêtres européens assistés d'une cinquantaine de prêtres indigènes.

    A l'avènement de Minh-mang, l'horizon s'assombrit visiblement. On connaissait la haine du roi à l'égard des chrétiens : en 1830, l'orage éclata. « Quatre-vingt mille chrétiens abandonnèrent leurs maisons et leurs champs pour se réfugier dans les montagnes ; quatre cents chapelles furent détruites, les communautés religieuses dissoutes, le séminaire indigène dispersé, tous les établissements missionnaires qui avaient coûté deux cents ans de travail et de sacrifices se trouvèrent anéantis en quelques jours, et l'Eglise annamite se trouva plus pauvre que jamais dans la voie des catacombes. (Ann. de la Prop. de la Foi, Tome XXVII, p. 263) ». Plusieurs missionnaires furent mis à mort : dans leur nombre nous comptons les Bienheureux Gagelin (1833) Marchand (1835), Cornay (1837), Borie (1838), Jaccard (1838), et aussi le Vénérable Delamotte (1840). Parmi les chrétiens, le nombre des victimes fut considérable (90.000 environ en 1833). Pendant près de 10 ans, l'Eglise d'Annam subit sans faiblir cette horrible tempête.

    Une réaction commençait à s'opérer lorsque l'empereur mourut en 1841. Son fils, intimidé par la présence des pavillons européens dans les eaux chinoises, n'osa persévérer dans la voie de son père. Mais en 1851, sous le roi Tu-duc, la persécution recommença plus terrible que jamais ; elle dura 12 ans, jusqu'au moment où la France et l'Espagne intervinrent au nom de la religion et de l'humanité. C'est à cette époque que furent mis à mort les Bienheureux Schoeffler (1851), Bonnard (1852), Néron (1860), Vénard et Cuenot (1861).

    En 1884, la persécution devait de nouveau ravager l'oeuvre de rédemption. L'Eglise d'Annam comptait alors plus de 600.000 chrétiens répartis dans huit Vicariats apostoliques, dont trois confiés aux dominicains et cinq à la Société des Missions Etrangères.

    L'intervention française de 1883 avait produit un état de malaise qui ne tarda pas à dégénérer en persécution ouverte. Au Tonkin, un ordre de la capitale enjoignait de mettre à mort les missionnaires du Laos et d'anéantir les chrétientés. En 1884, sept missionnaires, ainsi que des catéchistes et de nombreux chrétiens, versèrent leur sang pour la foi, quatre-vingt-quatre chrétientés et trente-deux églises pillées ou brûlées, tel fut le bilan. Les missionnaires de notre Société qui eurent l'honneur de mourir pour Notre Seigneur pendant ces années 1883 et 1884 sont les PP. Bechet, Gélot, Rival, Manissol, Séguret, Antoine et Tamet.

    Durant l'année 1885, la persécution s'étendit à la Cochinchine : dix missionnaires, douze prêtres indigènes, trois cents religieuses indigènes et trente mille chrétiens furent mis à mort, et deux cent cinquante églises furent détruites. Puis en 1886, ce fut le tour du Tonkin, où les troubles furent cependant de moindre importance. Les confrères qui payèrent de leur vie le crime d'avoir été messagers du Christ en ces années 1885 et 1886 sont au nombre de onze, ce sont les PP. Guyomard, Poirier, Guégan, Garin, Macé, Barrat, Dupont, Iribarne, Châtelet, Sâtre et Gras.

    L'année 1887 vit la fin des persécutions qui avaient ensanglanté l'Indochine : les chrétientés se reconstituèrent, les demandes de conversions affluèrent, prouvant une fois de plus la vérité de l'adage Sanguis martyrum semen christianorum, le sang des martyrs est une semence de chrétiens. En 1889 on enregistrait dix mille conversions au Tonkin, cinq mille en Annam et un mouvement encore plus accentué en Cochinchine orientale, la Mission la plus éprouvée en 1885. Malgré l'hostilité de certains en qui les missionnaires auraient pu espérer trouver plutôt un appui, l'Eglise d'Indochine s'est développée magnifiquement, se complétant par les annexes nécessaires : plusieurs carmels ont été fondés, et une trappe, Notre Dame d'Annam (1919), est en plein épanouissement.

    En terminant, disons que l'Indochine, dont la population est de 26.740.000 habitants, compte à ce jour environ 400 missionnaires, 1.400 prêtres indigènes, 4.200 religieuses indigènes (parmi lesquelles les Amantes de la Croix qui ont 250 ans d'existence) et 1.570.000 catholiques. A côté des 10 Vicariats apostoliques confiés à la Société des Missions Etrangères de Paris, quatre autres sont administrés (ceux-ci au Tonkin) par les dominicains, et enfin les trois Vicariats de Bùi-chu, Phat-Diem et Vinhlong sont actuellement entièrement dirigés par des évêques annamites ; quant à la Préfecture apostolique de Vientiane et Louang-Prabang, elle est confiée aux Missionnaires Oblats de Marie Immaculée.

    La création de trois évêchés indigènes en 1933, 1936 et 1938 a inauguré la troisième période de cette Eglise, période définitive, couronnement normal de l'oeuvre missionnaire



    RAYMOND MICHOTTE,

    Procureur des M.E.P. à Rome




    1942/98-103
    98-103
    Vietnam
    1942
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