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Epreuves de Setchoan

EN CHINE Epreuves a Setchoan Le P. Bourgeois, missionnaire de Chungking, revenu en France pour affaires et dont le voyage par Madagascar et le Cap de Bonne-Espérance a duré six mois, nous a écrit, à son arrivée au pays natal, ce qu'il sait de la situation de la Mission qu'il a quittée en automne 1940. Nos amis et bienfaiteurs liront sa lettre avec le plus grand intérêt, nous en sommes persuadés, aussi allons-nous la reproduire à peu près in extenso :
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    EN CHINE

    Epreuves a Setchoan

    Le P. Bourgeois, missionnaire de Chungking, revenu en France pour affaires et dont le voyage par Madagascar et le Cap de Bonne-Espérance a duré six mois, nous a écrit, à son arrivée au pays natal, ce qu'il sait de la situation de la Mission qu'il a quittée en automne 1940. Nos amis et bienfaiteurs liront sa lettre avec le plus grand intérêt, nous en sommes persuadés, aussi allons-nous la reproduire à peu près in extenso :

    A la suite des bombardements répétés de 1939 et 1940, les trois quarts de la ville de Chungking et les faubourgs (on y comptait environ 800.000 habitants) n'offraient plus aux regards que des amas de ruines. Les chambres de l'évêché étaient remplies de débris des toitures et plafonds écroulés ; S. E. Mgr Jantzen y demeurait malgré tout, ainsi que son procureur le P. Brun, son secrétaire le P. J. Yang, et le curé de la cathédrale le P. Gibergues, curé sans église ni résidence puisque la cathédrale et le presbytère étaient détruits. Heureusement l'église de Notre Dame de la Miséricorde, située à proximité, pouvait encore alors recevoir les fidèles de toute la ville, les trois autres ne laissant plus voir que leurs murs pantelants et leurs toitures défoncées. Tout autour de l'évêché et sur un large espace, ce n'était plus que des ruines.
    L'hôpital catholique était encore debout, mais deux bombes l'avaient rudement secoué, dont l'une tombée sur le dispensaire, et l'autre sur le couvent, explosant à l'étage et ouvrant dans les murs deux larges baies. L'école Sainte-Thérèse, école secondaire de filles, était détruite et, à côté, le couvent des religieuses chinoises du Sacré Coeur n'était plus utilisable.
    Au faubourg de Tsenkiagai, l'école secondaire de garçons, dirigée par les Frères Maristes et qui comptait les plus beaux succès scolaires de Chungking, n'offrait plus qu'un spectacle de désolation. Même amas de décombres sur l'emplacement de notre imprimerie catholique voisine, les ateliers de composition avaient été dispersés aux quatre vents, et le P. Valentin, directeur, était allé se construire ailleurs un abri de fortune pour y recueillir les matériaux encore utilisables. Là aussi l'église et l'école paroissiale s'avéraient hors d'usage.
    Malgré cinq bombes tombées dans son jardin, le Carmel restait encore debout, et les moniales refusaient de l'évacuer tant que le monastère offrirait un abri suffisant.
    Dans la ville de Kiangpeh, séparée de Chungking par la rivière Kialing, l'église du voeu, dédié à Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, était à peine touchée ; mais les vitraux riches et symboliques qui ornaient sa façade avaient été réduits en miettes : presbytère, écoles et maisons avoisinantes n'étaient plus qu'un souvenir.
    A Chapinpa, situé à 4 lieues à l'ouest de Chungking, le grand orphelinat de la Sainte Enfance, tenu par les Soeurs Franciscaines. Missionnaires de Marie, qui abritait 250 orphelines, et, à côté, l'Institut des femmes catéchistes, avaient subi plusieurs bombardements et étaient en ruines ; les orphelines s'étaient transportées ailleurs dans des abris provisoires.
    Sans doute, depuis cette fin de septembre 1940, la Mission de Chungking a encore subi de nouveaux désastres. Une lettre de Mgr Jantzen, datée du 6 juin 1941, me disait qu'en la fête de la Pentecôte, douze nouvelles bombes explosives tombèrent sur l'évêché et que, pour la troisième fois, il avait adopté un nouveau local ; la seule église qui restât, Notre Dame de la Miséricorde, venait à son tour d'être blessée gravement. Presque plus rien ne subsistait de nos oeuvres et de nos maisons en cette ville de Chungking. C'est la ruine ! Ruine de 100 ans de travaux et de sacrifices ! Civitas plena dolore !
    Viæ lugent ! Sur nos routes désolées, Sainte Thérèse fera refleurir un jour, nous n'en doutons pas, les roses de la charité qui construit et relève !

    **

    Voici, par ailleurs, des détails sur le terrible bombardement de Cheng-tu, capitale de la province du Setchoan, détails tirés du « Journal » de S. E. Mgr Rouchouse, Vicaire apostolique de Chengtu, et qui nous sonti parvenus très tardivement à Paris.

    Samedi 12 octobre 1940.

    11 h. 30, alerte ; 12 h. 45, alarme, silence de mort pendant une heure ; 13 h. 45, les avions approchent en formation pressée. Le P. Combe est dans sa chambre, les PP. Poisson et Clavières se retirent au hangar du charbon ; je rentre dans ma chambre à coucher où brûle un cierge bénit et m'agenouille à la tête de mon lit, aux pieds d'un crucifix rapporté en 1937 de Tayuen, où les communistes l'avaient mutilé ; devant moi se trouvent aussi la statue de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et des reliquaires. Deux ou trois minutes plus tard, j'entends la chute et l'éclatement de bombes qui ne semblent pas très éloignées.
    A 13 h. 50 précises, heure à laquelle se sont arrêtées nos horloges, les bombes tombent sur nos établissements. Tout s'écroule autour de moi. Je ne ressens aucune douleur, aucune émotion, aucun battement de coeur, seule une impression de vouloir me faire plus petit, de songer même à passer sous mon lit, chose impossible. Toutes ces sensations durent à peine une minute. J'ai vu le cierge bénit s'éteindre sous la force du vent, je vois la statue de Sainte Thérèse couchée entre le bois du lit et la petite table qui lui servait de piédestal. N'entendant plus rien, je me dresse au milieu de la poussière et des débris ; mon regard se porte à travers les ouvertures béantes où étaient la fenêtre et les panneaux. Voici des pas sur le trottoir, et les voix des PP. Poisson et Clavières. De suite je les interpelle pour leur faire savoir que je suis vivant et tout à la joie de les savoir sauvés. Ensemble nous nous rendons à l'arrière de mes appartements. Juste en face de mon bureau, d'un trou de moins de 50 cm de diamètre sort une épaisse fumée blanche... Le tas de charbon devant lequel étaient mes deux confrères est intact, mais tout à côté le mur du hangar a été renversé par une explosion qui a haché les bambous et abattu aussi le mur voisin... A deux pas, la chambre du P. Combe a eu des panneaux arrachés... Tout le personnel de l'évêché est sain et sauf, Deo gratias ! Il en est de même du P. Aug. Ouang qui se tenait dans les appartements de la cure : portes et fenêtres furent brisées et le Père s'en tira avec quelques égratignures faites par les vitres volant en éclats...
    A la cathédrale, devant l'autel de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, un trou d'obus non explosé proclame la protection de la Patronne des Missionnaires. Un peu partout des plâtras tombés du plafond. A la tribune, les verrières de la façade sont en miettes, mais les orgues n'ont pas souffert sérieusement.
    Revenons à l'évêché. Dans le quadrilatère occupé par les cuisines, les dépenses, et des chambres de domestiques, une bombe est tombée, démolissant deux arcades ogivales en briques et presque tout le toit de la cour intérieure où se trouve le puits. Cette explosion a fait ressentir son effet dans notre réfectoire, enfonçant panneaux, fenêtres et portes, et dans une partie des appartements du P. Poisson ; sa chambre à coucher, et surtout son bureau de procureur ont souffert de l'éclatement d'une bombe tombée en face du salon, près des appartements du P. Aug. Ouang ; néanmoins il pourra coucher dans sa chambre, au grand air. Le pavillon sur lequel est tombée cette bombe est en miettes ; le déambulatoire a eu le mur enfoncé en partie et les briques se sont amoncelées sur l'auto qui dormait paisiblement depuis le départ du P. Josset.
    Le salon semble avoir été mis à sac. Cependant le Christ qui domine le tout est intact. Sainte Jeanne d'Arc est restée droite sur la pendule de la cheminée, le portrait du Saint Père Pie XII est resté accroché comme celui de Mgr de Guébriant. Le Bx Dufresse est descendu sur le parquet, mais il demeure debout sa palme à la main. A la chapelle, les portes sont arrachées, les fenêtres n'ont plus de vitres, mais les murs ont tenu bon. Remercions le bon Dieu, et passons au petit séminaire.
    Aucun projectile tombé directement dans son enceinte, mais il a été encadré au nord-ouest et à l'ouest par trois bombes de très gros calibre, à en juger par l'énormité des cratères (12 à 15 m. de diamètre). La chapelle est à moitié démolie. La statue de Saint François de Sales a été brisée en deux. Trois travées du toit au-dessus de la sacristie et de la chapelle sont à jour. L'aile ouest de l'établissement (35 m. environ) est inhabitable ainsi que les dépendances, lavabos, etc., des élèves. Dégâts des plus importants au réfectoire et à la salle d'études ; les plafonds et planchers du dortoir sont tombés avec la toiture. Les appartements du P. Charel, supérieur, et ceux du P. Tchan, sont dans un désordre indescriptible. La cuisine est entièrement debout, mais toutes les boutiques qui vont de l'arrière de la chapelle de l'évêché à cette cuisine ont été renversées. Des pierres et débris ont été projetés des rues voisines sur l'évêché et jusque dans la cour du petit séminaire.
    Un peu plus loin, dans la rue Ma-tao-kai, où se trouvent orphelinat, pensionnat, couvent, hôpital, une seule bombe tombée dans les dépendances est de l'orphelinat a suffi pour démolir cuisine, dépense, grenier à riz, etc., et deux travées de l'orphelinat. Trois bombes non explosées sont enterrées, elles sont dans l'eau actuellement pour quelques mois. En face, de l'autre côté de la rue, la maison qui abrite le docteur de notre hôpital a reçu des blocs de pierre et de ciment, qui ont percé le toit comme une écumoire ; de même pour le toit de l'école paroissiale tenue par les Oblates. Le pensionnat a été atteint par des projectiles venus de l'explosion d'une bombe non loin de là, plusieurs boutiques démolies, dont l'atelier de modelage et de moulage des Soeurs, vitres brisées, fenêtres et portes arrachées. Pendant le bombardement, 20 religieuses et 7 agrégées se tenaient en prière entre leur sacristie et la chapelle, elles s'en sont tirées sans une égratignure. La chapelle a ses vitres brisées, des portes arrachées, des plâtras tombés du plafond, ses murs sont troués de mille projectiles. Le rez-de-chaussée et l'étage de ce pavillon de l'hôpital, heureusement vides à ce moment, ont perdu portes et fenêtres et une grande partie du balcon. Les bambous plantés entre les deux bâtiments atteints sont littéralement déchiquetés...
    1941/11-14a
    11-14a
    Chine
    1941
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