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Epilogue du centenaire de l'Église de Corée

Epilogue du centenaire de l'Église de Corée
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    Epilogue du centenaire de l'Église de Corée

    Mgr Barthélemy Bruguière, qui fut le premier vicaire apostolique de la Corée, naquit à Raissac (Aude) le 12 février 1792 ; ordonné prêtre le 23 décembre 1815, nommé professeur au grand séminaire de Carcassonne, il n'entra au Séminaire des Missions Etrangères que dix ans plus tard et partit pour le Siam le 5 février 1926. Mgr Florens, son évêque, le choisit pour coadjuteur et le sacra à Bangkok le 29 juin 1829 sous le titre d'évêque de Capse. Sachant que la Corée se trouvait sans prêtre depuis de longues années, Mgr Bruguière offrit de s'y dévouer. Le Saint Siège accepta et, le 9 septembre 1881, un bref lui confia la Corée érigée en vicariat apostolique.

    « Epris de vérité, de justice, zélé à la manière des grands apôtres, Bruguière sentit son coeur se porter avec une fervente sympathie vers le peuple que lui confiait le pasteur suprême, et il se mit immédiatement en route.

    « Son premier compagnon fut [le futur martyr] Pierre Philibert Maubant qui, en mars 1832, s'était embarqué pour la Chine. Il devait aller au Se-tchoan ; mais au cours de son voyage il rencontra Mgr Bruguière, désira le suivre, et en demanda la permission à son vicaire apostolique, Mgr Fontana, qui la lui accorda. La hardiesse, l'endurance et la piété formaient le fond de sa nature ; il allait en donner des preuves dans son court mais pénible apostolat.

    « A cette époque il eût été imprudent à deux Européens de voyager ensemble à travers la Chine strictement fermée aux étrangers ; l'évêque décida que lui-même prendrait la route de l'ouest et remonterait ensuite vers le nord, tandis que le missionnaire se dirigerait du côté de Pékin. Tous les deux se retrouveraient soit à Sivang en Tartarie, soit sur les frontières de Corée ».

    De la Procure de Macao, où ils s'étaient rencontrés, l'évêque passa au Fokien et se rendit, au prix de bien des fatigues et à travers mille périls, dans la Tartarie ; le 8 octobre 1834, il était à Sivang.

    De son côté, le P. Maubant suivit la route qui lui avait été indiquée. « Après un voyage où il aurait dû être arrêté vingt fois, et qu'il fit presque sans incident, agissant sans bruit avec un imperturbable sang-froid, semblant ne pas même voir d'obstacles, lorsque d'autres auraient crié à l'impossible, le premier des Européens depuis plusieurs siècles, il entra en plein jour à Pékin, sans diplôme impérial.

    « La stupeur de l'évêque, Mgr de Gouvéa, fut telle qu'il mit le P. Maubant au secret pendant deux mois ; il le fit ensuite passer en Tartarie où le P. Mouly, de la Congrégation de la Mission, le reçut fraternellement.

    Le prêtre retrouva là son évêque, Mgr Bruguière, qui partit pour la Corée le 7 octobre 1835, en lui laissant l'ordre de le suivre dès qu'il le pourrait avec prudence. Hélas ! A peine quinze jours plus tard, le 20 octobre, dans le hameau de Ma-kia-tseu, non loin de Pi-li-keou, Bruguière tombait soudainement malade et mourait en quelques heures, assisté par un prêtre chinois ». (A. Launay).

    Ce n'est qu'un siècle après, que les précieux restes du premier Vicaire apostolique de la Corée purent venir reposer au cimetière de la Mission, à Ryong-san, près de Séoul. Une lettre du 23 octobre dernier nous apporte le compte rendu de cette translation où, tout le temps du voyage, ces restes vénérés ont été accompagnés par un prêtre.

    ***

    Mgr Larribeau, coadjuteur de Mgr Mutel, nous écrit de Séoul:

    La pensée des missionnaires de Corée s'était souvent tournée vers Pie-li-keou, appelé maintenant Ma-kia-tze, cette chrétienté de la Mongolie orientale où Mgr Bruguière avait été inhumé en 1835. En cette année du centenaire de la nomination de ce premier vicaire apostolique, quelqu'un eut l'idée de faire enfin entrer en Corée les restes de ce vaillant, arrêté en route, et, grâce à une série de concours très bienveillants, de la part de Mgr Abels, Vicaire apostolique de la Mongolie orientale et de ses prêtres, de la part de Mgr Blois, Vicaire apostolique de la Mandchourie méridionale et de ses missionnaires, le projet a été réalisé.

    Voici donc la conclusion de ce fameux voyage dont Mgr Bruguière annonçait la suite dans sa lettre du 2 octobre 1835 aux Directeurs du Séminaire de la rue du Bac. (Cette relation a paru dans le Bulletin des Missions Etrangères, année 1931. N. D. L. R.)

    Parti de Siwantze le 7 octobre, Mgr de Capse arriva à Makiatze le 10, mourut le 20, et fut inhumé le 21 novembre, après l'arrivée du P. Maubant, accouru de Siwantze sitôt connue la fatale nouvelle.

    Pour l'exhumation, aucun confrère des Missions Etrangères n'était présent ; Mgr Abels avait bien voulu demander aux prêtres chinois qui occupent le territoire de Makiatze de se charger de l'opération. Le travail fut bien fait, et avec toutes les précautions désirables: la meilleure preuve sera sans doute de citer les documents.

    Mgr Abels de la Congrégation des Missionnaires de Scheut écrivait de Sungchutsuitze le 14 septembre... Je viens de recevoir et vais envoyer à Kinchow les restes mortels de Mgr Bruguière. Ils ont été mis dans une boîte en étain, couverte d'une caisse en bois. Quatre prêtres indigènes ont assisté à la mise en boîte qui a été immédiatement soudée, puis ils ont signé ce témoignage écrit, dont je puis vous assurer l'authencité :

    (Traduit du latin.)

    Nous, prêtres soussignés, attestons que ce coffret renferme les ossements de l'Illustrissime et Révérendissime Evêque Bruguière (en chinois : So-tjyou-kyo), premier Vicaire apostolique de la Corée, décédé et inhumé en 1835 dans la chrétienté de Makiatzeu, du Vicariat de Jehol.

    En foi de quoi nous avons signé de notre propre main :

    Luc Tchao, prêtre ; Thomas Tchang, prêtre ; Victor Tchao, prêfre ; Thaddée Tcheng, prêtre.

    Le 4 septembre 1931.

    « Un prêtre a accompagné le trésor jusqu'ici ; c'est encore un prêtre qui l'accompagnera jusqu'à Kinchow, où il le remettra au P. Cordon.

    « Vous pouvez être assuré que la boîte contient les restes mortels de Mgr Bruguière... Je suis heureux d'avoir pu vous rendre ce petit service »

    Quand on sait que de Makiatze à Kinchow il y plus de 500 kilomètres et par des routes de Mongolie, on se rend compte que le service rendu est d'importance, et nous sommes très reconnaissants envers Mgr Abels pour l'empressement que Son Excellence a témoigné dès le début, et à tous les prêtres de son Vicariat qui ont travaillé pour nous sans épargner leur peine.

    A son tour, le Père Cordon, du Vicariat de Monkden, en résidence à Kinchow (ou Chinchow) écrivait le 17 septembre :

    « Le 15 septembre, le P. Albers, de la Mission de Jehol, m'a remis en présence du P. Marcadé, curé de Ichow, la caisse, intacte, contenant les restes mortels de Mgr Bruguière... que Mgr Abels lui avait confiée pour la convoyer jusqu'à Chinchow. Pour éviter les tracasseries de la douane qui fait ouvrir tous les colis mis aux bagages, après délibération avec le P. Marcadé, susnommé, et le P. Rigal curer de Lienchan, ici présent, je me suis décidé à ouvrir la caisse en bois et la caisse en zinc. Puis j'ai enveloppé et empaqueté soigneusement tous les restes mortels de Mgr Bruguière, pour les porter à Moukden et les remettre au Père de la Mission de Séoul, venu en prendre possession.

    En foi de quoi nous apposons notre signature.

    P. CORDON, L. MARCADÉ, H. RIGAL.

    (Fait à Chinchow, le 17 septembre 1931.)

    Et ce même jour, le P. Cordon (parti par le Transmandchourien) remettait son dépôt entre les mains de Mgr Blois, qui écrivait le 22 septembre :

    « J'aime à espérer que la dernière étape du long voyage de votre premier Vicaire apostolique se fera sans encombre. Ses restes m'ont été remis par le P. Cordon le 17 septembre au soir. Hier en présence du P. Poyaud, nous les avons mis dans la caissette qui servira pour le voyage Moukden Séoul.

    « Puisqu'il se trouvait pour la première fois, depuis sa mort, au milieu des membres de la Société des Missions Etrangères, nous l'avons honoré de notre mieux, et ce matin le Poyaud a chanté pour lui une messe solennelle praesente cor pore ».

    Enfin, le 24 septembre, vers 10 heures, le P. Poyaud arrivait de Moukden sans avoir éprouvé la moindre difficulté en route, et les restes de Mgr Bruguière firent leur entrée à la Mission, pendant que ses successeurs étaient réunis pour l'une des dernières assemblées plénières du premier Concile régional de Corée.

    Ce n'est que le 15 octobre que nous fîmes les obsèques solennelles. La veille au soir, en présence de Mgr Mutel et de nombreux prêtres, ainsi que de quelques chrétiens, on ouvrit la caissette apportée de Moukden. Les ossements étaient bien conservés ; ils furent pris un à un par les cathéchistes, enveloppés avec soin et placés avec beaucoup de respect dans un nouveau cercueil, à. peu près suivant l'ordre normal du squelette humain.

    La Cathédrale avait ses tentures de grand deuil ; le Coadjuteur chanta la messe ; Mgr Mutel assistant au trône, avec le concours d'une vingtaine de prêtres, des élèves des deux séminaires et d'une assistance assez nombreuse.

    Mgr Bruguière attendra donc la résurrection en famille, dans cette terre de Corée que son coeur avait si ardemment choisie, mais que les circonstances ne lui permirent pas de toucher de son vivant.

    Encore une fois, notre sincère reconnaissance à tous ceux qui ont contribué à nous accorder cette pieuse consolation.
    1932/38-42
    38-42
    Corée du Sud
    1932
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