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En Chine.

En Chine
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    En Chine

    Plusieurs de nos lecteurs et des associées de I'OEuvre des Partants, émus de la situation dépeinte dans la lettre de Mgr Chouzy relatant le meurtre du P. Bertholet, nous ont à diverses reprises demandé de les tenir au courant de l'état des esprits dans l'empire du Milieu et des périls que pouvaient courir nos missionnaires. Pour répondre à une si sympathique sollicitude, nous allons, à la première page de ce numéro de nos Annales, citer une nouvelle lettre de Mgr Chouzy et une du P. Blettery, pro vicaire apostolique du Su-tchuen oriental. Nos amis verront que tout n'est pas encore tranquille en Chine, et combien il est. nécessaire de s'adresser au ciel pour qu'enfin se rétablisse la paix, qui permettra aux ouvriers apostoliques d'exercer avec fruit leur ministère.
    SEPTEMBRE-OCTOBRE 1898. N° 5.

    LETTRE DE Mgr CHOUZY
    Préfet apostolique du Kouang-si
    Ou-Tcheou-fou, le 8 août 1898.

    J'ai dû descendre à Ou-tcheou-fou avec les PP. Poulat et Barrière, nos séminaristes et nos orphelins. La rébellion qui a éclaté sur la frontière cantonaise, menaçait la ville de ma résidence.
    Les parents avaient retiré leurs enfants de notre pensionnat; le commerce était anéanti; c'étaient des alertes continuelles'; plus de la moitié de la population avait déjà émigré. Tout le monde me pressait de m'éloigner, au moins temporairement, car, disait-on, les rebelles en voulaient aux mandarins et aux étrangers d'abord.
    Dès le 7 juillet, confrères et personnel de la mission s'étaient embarqués avec le gros de nos effets, se tenant dans le port, prêts à tout événement. Le même jour, le fleuve était intercepté à quelques lieues au-dessus de la ville. Le 10, on annonça que les brigands, maîtres de presque tout le pays de Yo-lin-tcheou, allaient dès le lendemain barrer le fleuve au-dessous, puis marcher sur Kouy-hien où les mesures de défense étaient à peu près nulles.
    Les chrétiens arrivaient pour me presser de nous soustraire au danger ; un télégramme du consul de France me sollicitait dans le même sens; la retraite allait nous être coupée.
    Le soir même du Io juillet, je descendis en barque et rejoignis mes confrères. A deux heures de la nuit, nous levâmes l'ancre, afin de prévenir les rebelles que l'on disait devoir être au point du jour à cinq ou six lieues au-dessous de la ville. Grâce à Dieu, nous n'avons pas fait de rencontres fâcheuses, et nous sommes arrivés sans encombre à Ou-tcheou-fou. Un jour plus tard, nous n'aurions pas pu accomplir ce trajet dans des conditions aussi favorables.
    Le P. Renault, mon pro préfet, était en ce moment occupé à terminer notre procure de Ou-tcheou. Les confrères et moi, nous nous sommes logés tant bien que mal dans cette habitation inachevée. Par ailleurs, j'ai réussi à louer une maison pour notre personnel. De la sorte, nous avons pu rester au Kouang-si au lieu de nous rendre à Hong-Kong.
    Aujourd'hui, les nouvelles sont un peu meilleures. Les troupes impériales qui ont fini par arriver, ont pris le dessus Kouy-hien n'a pas été occupé par les rebelles. Nous espérons pouvoir sous peu regagner nos postes.

    LETTRE DU P. BLETTERY
    Pro vicaire apostolique du Su-tchuen oriental.
    Tchong-kin, le 8 juillet 1898.

    Nos stations de la sous-préfecture de Ta-tsuou ont eu beaucoup à souffrir, depuis bien des années, d'un vrai brigand qui se fait gloire de se dire persécuteur des chrétiens. Il s'appelle U-man-tse.
    Ses brigandages lui ont valu une redoutable renommée; il a même lutté contre les troupes envoyées pour se saisir de sa personne. Depuis quelques années, lui et quelques-uns des principaux de sa bande ont été condamnés à mort par Pékin; mais il n'en est pas moins vrai qu'on les laisse tranquilles, et ils inquiètent le pays, surtout nos néophytes.
    En ces derniers temps, les mandarins ont semblé vouloir obéir aux ordres du gouvernement et envoyé quelques soldats pour les exécuter. Ce n'était qu'une comédie qui ne trompa personne et donna plus d'audace aux brigands.

    Dans la nuit du 4 juillet dernier, deux confrères se trouvaient réunis dans la station de Hô-fao-tchang. Tout à coup, arrivent U-man-tse et sa bande. On va droit à l'habitation des. Pères. On enfonce les portes; on égorge le domestique et un, autre Chinois de façon à ne pas donner I'éveil, on se saisit des deux Pères. Puis on pille la maison, et après l'avoir vidée de fond en Comble, on y met le feu.
    Je viens d'apprendre que le plus jeune des missionnaires a été assez adroit pour se faufiler au milieu de la bagarre. Il put se cacher dans un coin, en dehors de la maison, où des chrétiens le trouvèrent et le mirent en sûreté. Il doit se trouver maintenant à Lou-tchéou, et on I'attend d'ici peu à Tchong-kin.
    Quant à notre autre confrère, il a été conduit sous bonne escorte à Long-chou-tchen, au repaire de U-man-tse. On lui lia les mains derrière le dos, et on le força à parcourir, pieds nus, plus de trois lieues. A la première étape, on lui servit quelque nourriture, puis sans rester longtemps à Long-chou-tchen, on le dirigea vers une pagode située sur une haute montagne. Cette pagode, depuis cinq ou six ans, sert de forteresse à U-man-Use et à sa bande.
    C'est là que les brigands gardent le missionnaire comme otage.
    Le mandarin de Ta-tsuou est très méchant; on le soupçonne fort d'être mêlé à cette levée de boucliers. Pékin, en effet, doit avoir entendu les nombreuses plaintes dont il a été I'objet; il est assez habile pour avoir voulu en même temps et se venger et faire croire qu'il avait réussi à rétablir I'ordre troublé à dessein par lui. Maintenant il fait I'empressé et il essaye de faire valoir ses services.
    On est fort inquiet sur le sort de notre confrère prisonnier: les autorités locales sont harcelées par le consul de France: niais comment faire pour se rapprocher du malheureux missionnaire, quand on s'arrange pour que les télégrammes relatant les événements n'arrivent pas à pékin?
    C'est I'éternelle réponse : « Le télégraphe est brisé. » Les Chinois, vous le savez, ne se rendent jamais à la raison, à la justice; ce qu'il faut avec eux, c'est la force. C'est la seule chose qui puisse les amener à composition.

    1898/194-197
    194-197
    France
    1898
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