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Education bouddhiste

Education bouddhiste Le 28 octobre 1932, le Résident supérieur du Laos français, ouvrant la session annuelle de l'Assemblée consultative indigène du Laos, prononçait un discours dont quelques passages sont de nature à intéresser — et à étonner, les catholiques français. Après avoir traité de questions financières et économiques, M. le Résident supérieur expose ses idées et ses projets au sujet de l'éducation de la jeunesse.
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    Education bouddhiste

    Le 28 octobre 1932, le Résident supérieur du Laos français, ouvrant la session annuelle de l'Assemblée consultative indigène du Laos, prononçait un discours dont quelques passages sont de nature à intéresser — et à étonner, les catholiques français.
    Après avoir traité de questions financières et économiques, M. le Résident supérieur expose ses idées et ses projets au sujet de l'éducation de la jeunesse.
    « Si la valeur des dirigeants joue un rôle primordial dans les destinées des peuples, il est, pour les pays civilisés, un autre fauteur de prospérité et de progrès, c'est l'éducation morale et intellectuelle des populations. Dans cet ordre d'idées, l'Administration du Laos a déjà tenté de louables efforts et, dans les chefs-lieux notamment, obtenu des résultats intéressants. Elle n'a pu néanmoins, faute de ressources financières suffisantes, intensifier son action comme elle l'eût souhaité. Elle a, d'autre part, remarqué que l'enseignement distribué aux très, jeunes enfants gagnerait à conserver un caractère familial et religieux. Cette double préoccupation l'a conduite à tenter un nouvel essai de création d'écoles de pagodes, qui, prudemment encouragé et contrôlé par la Direction locale de l'Enseignement, semble déjà, dans certaines provinces, en bonne voie de réussite.
    Je ne saurais trop vous recommander d'user de votre influence pour faire connaître aux populations la valeur morale d'une telle méthode d'enseignement, qui, grâce au dévouement et au désintéressement des religieux bouddhistes, ne manquera pas, sans entraîner des dépenses excessives, d'avoir la plus heureuse influence sur la formation intellectuelle et morale des jeunes Laotiens ».
    Il semble bien évident, aux yeux de M. le Résident supérieur, que les missionnaires catholiques et les indigènes qu'ils emploient dans leurs écoles n'ont pas autant de dévouement et de désintéressement que les religieux bouddhistes, qui, — personne ne l'ignore — sont de parfaits modèles de ces deux vertus, que ne saurait inspirer le christianisme.
    Cependant la création d'écoles de pagodes ne pouvait profiter à toute la jeunesse laotienne : il y a dans le pays, d'autres écoles et celles-là ne devaient pas être privées du dévouement et du désintéressements des religieux bouddhistes. Aussi, le 14 septembre 1933, M. le Résident supérieur adressait-il à MM. les Résidents de France au Laos la circulaire suivante.
    « Les notabilités indigènes et des pères de famille laotiens ont appelé mon attention sur l'intérêt qu'il y aurait à enseigner aux élèves bouddhistes les principes essentiels de la morale traditionnelle de leur pays. Pour donner satisfaction à ce voeu, j'ai décidé, d'accord avec M. le Président de l'Institut bouddhique à Vientiane, que les élèves des écoles, partout où les circonstances locales le permettraient et lorsque les familles intéressées en formuleraient le désir, seraient conduits, une fois par semaine, en dehors des heures de classe, à la pagode la plus voisine pour y entendre des conférences de morale ».
    Heureux enfants laotiens ! Quand les écoliers de France seront-ils aussi favorisés et se verront-ils conduits par leurs maîtres à l'église la plus voisine pour y apprendre les principes essentiels de la morale traditionnelle de leur pays !... Il est vrai que ce ne serait pas la morale bouddhiste, mais la morale chrétienne ; alors....
    Dans le Rapport de la Commission des Finances sur le Budget des Colonies pour 1934, après avoir relevé en 1933 une augmentation du nombre des écoles et des élèves au Laos : — 262 écoles et 6.039 élèves soit un accroissement de 147 écoles et 3.664 élèves, le Rapporteur est heureux de constater que : C'est au Laos, le dernier des pays de l'Union indochinoise entré dans le mouvement, que le résultat a été le plus brillant, le nombre des «écoles de pagodes » rénovées et le nombre des élèves ayant plus que doublé. Ce même pays avait été, l'an dernier, le siège ( ! ) d'une expérience très intéressante : comme de nombreux villages sont dépourvus de pagodes, des classes de lectures ambulantes périodiques ont été organisées, le maître passait environ cinq mois dans un village, enseignant les notions élémentaires les plus utiles, puis se rendant avec son matériel scolaire simplifié et transportable dans un autre village, et ainsi de suite, la durée du cycle étant de quatre ans, au bout desquels le maître revient au premier village et commence un nouveau cycle. L'essai fait dans la province de Vientiane a été concluant. Il n'a pu malheureusement être étendu malgré son prix de revient peu élevé, mais on espère pouvoir le reprendre à la rentrée prochaine ».

    Qui ne serait touché de tant de sollicitude ? Qui n'admirerait une telle ingéniosité pour suppléer au manque d'écoles de pagodes ?...
    Et pourtant, en lisant de pareils documents on croit rêver.
    N'est-il pas profondément triste de constater qu'après un demi-siècle d'expérience en Indochine les autorités coloniales persévèrent dans les mêmes errements ? Elles ne peuvent ignorer que le catholicisme est l'école du respect de l'autorité, de la discipline, de l'ordre. Elles ont dû reconnaître que pas un seul catholique n'a pris part aux troubles communistes de ces dernières années ; or on ne saurait en dire autant des élèves sortis des institutions officielles. Au contraire, on s'aperçoit que l'éducation donnée dans ces écoles produit surtout des révolutionnaires et, sous couleur de patriotisme, des ennemis de la France.
    « La France coloniale d'Extrême-Orient, a écrit Mgr de Guébriant, recueille et continuera à recueillir ce qu'elle a semé depuis cinquante ans. Elle a semé l'instruction, elle s'est désintéressée de l'éducation... « Pareille lacune est si évidente que la France coloniale s'en avise parfois Alors elle se met un faux nez et se pose en Grande Puissance Musulmane, Bouddhiste ou Confucianiste, mais jamais Catholique. Les jeunes en rient, les anciens haussent les épaules.... Le seul remède serait une politique française à la chrétienne ».
    Au Laos aussi l'avenir confirmera ces vues de la sagesse et de l'expérience.

    1934/70-75
    70-75
    France
    1934
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