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Ecole normale de Thonzeh.

Ecole normale de Thonzeh. D'après l'adage : » A tout seigneur, tout honneur », je commence par notre Ecole Normale : Let établissement a passé par des péripéties et des épreuves qu'il est bon de rappeler en quelques lignes.
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    Ecole normale de Thonzeh.

    D'après l'adage : » A tout seigneur, tout honneur », je commence par notre Ecole Normale :
    Let établissement a passé par des péripéties et des épreuves qu'il est bon de rappeler en quelques lignes.
    Tout d'abord on se proposait de n'avoir qu'une catéchisât. Cétait en 1892. Etabli à Myaung-mya, sous la direction de M.Kern assisté des PP. Moïse et Rosario, le bâtiment ouvrait ses portes l'année suivante à plus d'une vingtaine de jeunes gens. En 1895, le P. Moïse quittait Myaung-Mya avec plusieurs élèves catéchistes, pour fonder à Moulmein le petit séminaire de la mission. Notre Catéchisât n'eût-il fait que hâter cette oeuvre, capitale entre toutes, de la formation du clergé indigène, c'est un résultat inappréciable, pour lequel nous ne devons cesser de remercier l'Auteur de tout bien.
    Le P.Gandon prit la place du P. Moïse à Myaung-Mya, assisté de M.Butard. Un vigoureux élan fut donné à notre école de Catéchistes. Malheureusement, pour des raisons qu'il serait trop long d'exposer, le succès ne répondit pas à tant d'efforts et de sacrifices. Des quelques jeunes gens qui devinrent Catéchistes, plusieurs ne persévérèrent pas, le salaire étant trop modeste, la tâche vraiment trop lourde. Ils étaient trop jeunes pour exercer sur leurs compatriotes, chrétiens ou païens, l'ascendant nécessaire à un Catéchiste ; vite ils se décourageaient ; on le serait à moins. C'est ce que comprirent les Missionnaires lorsque en 1897, ils proposèrent au Supérieur de la Mission de changer le Catéchisat en une Ecole Normale, où l'on préparerait des instituteurs brevetés. MM. Tardivel et Bringaud, vétérans de la mission, affirmaient que plusieurs villages païens réclamaient des maîtres d'école ; s'ils pouvaient satisfaire ces demandes, les conversions ne pouvaient manquer de suivre. C'était, disaient-ils, le système des Baptistes, système qui leur avait valu des milliers d'adeptes : Il consiste à répandre dans les villages païens des instituteurs chrétiens qui, petit à petit, font connaître la religion, la prêchent, et tout au moins ouvrent les portes du village au Missionnaire qui, sous prétexte de visiter l'école, fera bientôt son oeuvre d'évangélisation. Or, nous, catholiques, loin de pouvoir agir ainsi, nous étions souvent dans l'impossibilité de trouver un maître pour nos écoles chrétiennes de la résidence. Il fut alors proposé de fondre notre Catéchisât avec une Ecole normale. Dans la nouvelle école, l'enseignement religieux resterait, autant que possible, le même qu'au Catéchisât, et l'on suivrait de plus le programme du gouvernement pour les Ecoles Normales, de sorte que nos jeunes gens puissent être admis aux Examens et obtenir leur brevet d'instituteur. Cette proposition ayant reçu l'approbation de tous les Missionnaires présents, le P. Luce, provicaire, Mgr Cardot était alors parti pour l'Europe, commença auprès du Directeur de l'Instruction publique les démarches nécessaires pour faire reconnaître et enregistrer notre école de Myaung-Mya, comme Ecole Normale. Le Gouvernement qui désirait lui-même voir augmenter, dans le pays, le nombre d'instituteurs ayant reçu une formation spéciale, ne pouvait qu'accueillir avec plaisir la requête du P. Luce. Aussi, dès le mois d'octobre 1897, le Directeur de l'Instruction publique avait sanctionné l'ouverture de l'école, le salaire du Maître du Cours de l'Ecole Normale et 4 bourses.
    Dès la première année, 5 de nos élèves obtenaient leur brevet simple. L'oeuvre était fondée. Restait à la développer d'une manière proportionnée aux besoins de la Mission ; ils étaient grands, puisque jusqu'ici nous n'avions aucun instituteur catholique breveté. Afin d'assurer ce développement, on décida de transférer les bâtiments Catéchisât Ecole Normale à Thonzeh, poste plus central et surtout plus à proximité de Rangoon. Mais des difficultés imprévues allaient surgir. Le béribéri, maladie jusqu'alors inconnue à Thonzeh, se déclarait parmi les élèves ; ils n'en mouraient pas tous, mais tous étaient atteints. Cependant, 9 élèves présentés en 1899 obtinrent leur diplôme.
    L'année 1900 ne fut pas meilleure au point de vue sanitaire, ni moins encourageante en fait de succès ; l'année suivante nous fûmes plus heureux ; sur 27 candidats présentés, 24 étaient reçus.
    Malgré une diminution d'élèves en 1903, l'année fut excellente sous tous rapports. Point de béribéri ou autre épidémie, bon esprit dans la maison et excellent travail des maîtres et des élèves, couronné par des succès supérieurs à tous les précédents. Un seul élève, en effet, sur 18, fut refusé à l'examen et nous obtînmes le prix Copplestou, c'est-à-dire la médaille d'or offerte par celui-ci à l'élève sorti le premier de toutes les Ecoles Normales de la Birmanie. L'heureux lauréat était le plus jeune de nos élèves de 3e année. Cette année nous donnait 5 nouveaux instituteurs.
    En 1904, le nombre des jeunes gens qui se présentèrent à l'Ecole Normale fut très élevé, nous eûmes jusqu'à 40 élèves. De ce nombre, une dizaine ne suivaient pas le Cours Normal. Pour y être admis, en effet, il faut avoir passé la 5e division. Or, beaucoup de nos écoles de Mission n'enseignent que jusqu'à la 4e, de sorte que les enfants sortant de ces écoles et qui désirent devenir instituteurs, doivent étudier ici pendant un an la 5e division, avant d'être admis à l'École Normale. Au mois de septembre, nous eûmes une nouvelle visite du béribéri. Malgré cela, tous les élèves présentés aux examens de 1e et de 2e degrés et de dernière année passèrent, et comme l'année précédente, la médaille Copplestou nous restait acquise.

    JANVIER FÉVRIER 1906. N° 49.

    Les élèves qui, en 1904, obtinrent leur brevet étaient au nombre de 7. Le Directeur de l'Instruction publique qui, cette année, vint lui-même les examiner sur l'enseignement pratique d'une classe, félicita hautement élèves et maîtres. Très satisfait, il déclara l'école excellente et promit une mention spéciale dans son prochain rapport au Gouvernement.
    Dans le cours de cette même année 1904, nous avions ouvert, à notre Ecole Normale, un cours de travail manuel appelé sloïyd. Le but de ce système n'est pas de former des ouvriers, mais de développer, par une série d'exercices gradués, les facultés de l'élève, de sorte qu'il soit préparé à recevoir l'instruction technique de n'importe quel métier qu'il lui plaira d'embrasser à sa sortie de l'école. Tracer un dessin linéaire, le passer en couleurs, fabriquer différents objets en carton découpé, modeler en argile des feuilles, des fruits, travailler le bois et en faire de petits ouvrages, telles sont les occupations du sloïyd. A mon avis, ce n'est pas perdre le temps que d'enseigner ce système à nos normaliens, et ce sera, je crois, chose utile de le répandre par eux dans nos écoles de Mission. En tout cas, le Gouvernement donne de bons « grants » pour les élèves qui passent en ce sujet, et cette seule considération aurait été suffisante pour me faire ouvrir cette branche d'étude pratique dans notre Ecole Normale, afin de fournir à nos jeunes instituteurs quelque moyen d'augmenter leur maigre revenu.
    Pour l'enseignement de cette partie, j'ai dû prendre une, des salles de classe au rez-de-chaussée de l'Ecole Normale, mais elle est insuffisante, et surtout le bruit qu'on y fait gêne les élèves qui étudient à côté. D'ailleurs, l'année suivante, d'après le nouveau programme du gouvernement, je devais enseigner la 8e et la 9e division, et une partie de cette salle sera requise pour cela. Il devient donc nécessaire de construire un local séparé pour le sloïyd. Le Directeur de l'Enseignement public m'a fait espérer un secours, et j'espère que la Mission pourra aussi m'aider un peu, si je ne puis pas compléter l'installation avec ce que j'obtiendrai du Gouvernement.
    En 1905, le nombre des rentrées égale celui des sorties, de sorte que le nombre total des élèves demeure à 40, dont une trentaine Suivent le cours normal.
    Après Pâques de la présente année, nous avons eu la première réunion annuelle des anciens élèves de l'Ecole normale. Mon but, en instituant cette réunion, est de former parmi nos jeunes maîtres d'école un esprit de corps, d'entretenir entre eux une bonne camaraderie, de connaître les difficultés de chacun pour les aplanir en commun, de soutenir les chancelants et de les encourager à demeurer dans leur état, de les mettre au courant des changements et nouveautés du programme de l'Instruction publique ; enfin, de leur procurer après une année de travail, quelques jours de légitimes récréations.
    Cette année, tous ne répondirent pas à mon invitation, plusieurs étant empêchés par la maladie ou autres causes ; 18 seulement sur 30 étaient présents à notre première assemblée. Le premier jour fut consacré à la discussion de certaines questions concernant les écoles ; le second jour fut donné aux jeux ; et le troisième qui était un dimanche fut offert au bon Dieu. Le matin, nous eûmes communion générale, et le soir, à la bénédiction, consécration solennelle au Sacré Cur. La nuit suivante, après une séance de projections et les adieux, chacun s'en retournait content à son poste, se promettant bien de ne pas manquer la réunion de l'année prochaine.

    ***

    Après avoir tracé en quelques lignes la vie de notre école, année par année, depuis son établissement jusqu'en 1905, il m'en faut faire connaître le fonctionnement et ce que j'appellerai sa vie intérieure.
    Comme je l'ai déjà indiqué plus haut, le but de la Mission en établissant cette institution, était de procurer au Missionnaire des catéchistes instituteurs et par conséquent le programme devait être : instruction religieuse et instruction littéraire d'après le code du Gouvernement. Malheureusement, celui-ci est tellement chargé que le temps manque pour l'instruction religieuse qu'il serait désirable de donner à nos jeunes gens. Un catéchisme de persévérance et l'explication d'un livre de controverse est tout ce que nous pouvons avoir dans le temps laissé libre par les autres études, temps encore trop souvent abrégé par la maladie.
    Nous avons accepté le programme d'études du Gouvernement en entier, de sorte que les jeunes gens qui sortent de chez nous, peuvent produire des certificats absolument aussi complets que ceux qui sortent des écoles normales du Gouvernement.
    Pour faire face à cette multiplicité d'études, il a fallu ne laisser à la récréation qu'un temps restreint dans le règlement journalier qui a été composé comme il suit :

    5 heures. Lever.
    5 h. 40. Prière du matin et courte méditation.
    6 heures. Messe.
    6 h. 1/2. Travail, balayage, etc...
    7 heures. Etude.
    8 heures. Sloïyd.
    9 heures. Déjeuner, récréation.
    10 heures Classe.
    1 heure. Récréation.
    2 heures. Classe.
    4 h. 1/2. Récréation.
    5 heures. Dîner, récréation.
    6 heures. Visite au Saint-Sacrement, chapelet.
    6 h. 1/2. Catéchisme.
    7 h. 1/2. Latin, chant, etc...
    8 h. 1/4. Prière, coucher.

    Le dimanche, le temps laissé libre par les offices est entièrement temps de récréation ainsi que les après-midi du jeudi.
    Tous nos jeunes gens, envoyés des différents postes de la Mission, Birmans, Carians Talaeng Chins, quoique avec des caractères parfois très différents, forment une petite famille bien unie, et je dois dire que les cas de discorde sont très rares.
    L'esprit est bon, et en général nos enfants sont pieux. Depuis que je suis chargé de l'école, il n'y a eu que deux expulsions.
    Ainsi que je l'ai fait remarquer dans le courant de cet historique, nous avons toujours obtenu de beaux succès aux examens, de sorte que notre école a une excellente réputation auprès du Gouvernement. Des 30 jeunes gens sortis de l'Institution, deux sont employés comme maîtres d'École Normale, l'un à Thonzeh et l'autre à l'Ecole Normale de filles de Bassein ; un est au service du Gouvernement, et rend paraît-il, de grands services aux confrères des districts de Maubin et de Henzada. Deux enseignent à l'Ecole Normale de Thonzeh, et tous les autres, moins deux qui se sont retirés de l'enseignement, sont au service des Missionnaires dans les différents postes du Vicariat où ils donnent satisfaction. Cependant, je dois dire que, s'ils s'acquittent bien de leur devoir d'instituteur, on leur voudrait en général plus de zèle comme catéchistes.
    Somme toute, cette Institution a commencé à produire de bons fruits, et je crois que, vu le besoin où nous nous trouvions de ces aides il y a quelques années, la Mission n'a pas à regretter les dépenses d'argent qu'elle a faites à ce sujet. Ces dépenses cependant sont considérables et c'est 3000 roupies que l'école normale coûte par année.
    Le Gouvernement donne 15 bourses de 7 roupies chaque par mois ; ce qui ajouté aux 3000 roupies de la Mission couvre juste les frais. Chaque élève coûte donc en moyenne 100 roupies par an, dont les trois quarts à la Mission. Ces dépenses vont probablement être augmentées à partir de l'année prochaine.
    Le département de l'Institution publique propose un nouveau code des Ecoles Normales, d'après lequel les jeunes gens ne pourraient être admis à ces écoles avant l'âge de 16 ans, et après avoir passé la 7e division. Le cours serait ensuite de 3 ans. Quant à ce dernier point, j'espère que lorsque le nouveau code viendra en discussion devant les membres de l'Université, il sera possible de réduire le temps des études à 2 ans qui suffiront amplement. Si le Gouvernement accepte ce nouveau règlement, ce qui est à peu près certain, tous nos jeunes gens se destinant à l'enseignement devront venir passer leur 5e, 6e et 7e divisions à Thonzeh, puisque c'est le seul poste où nous ayons une école préparant jusqu'à la 7e division. Ainsi, au lieu d'être comme précédemment à la charge de la Mission pour 3 ans, ils le seront pendant 6 ou tout au moins 5 ans : d'où augmentation de dépenses en personnel et locaux proportionnés au surplus du nombre actuel de nos élèves instituteurs. Nous comptons sur la Providence. Elle ne saurait nous abandonner dans l'oeuvre capitale entre toutes en Birmanie de l'éducation et de la formation chrétiennes de la jeunesse. Dieu veuille que nous, catholiques, ne restions pas trop au-dessous de notre tâche !

    ECOLE ANGLAISE (123 élèves).

    Ouverte par le P. Gan don, en 1879, cette école après un début qui promettait, a passé, pendant plusieurs années consécutives, par des épreuves qui furent bien près de causer sa ruine. Heureusement, dans ces temps difficiles, je trouvai toujours aide et conseil auprès du Directeur de l'Instruction Publique et surtout auprès de notre Inspecteur, M.Wedderspoon, de sorte que malgré le choléra et la petite vérole, le tracas de la municipalité et le manque de fonds, notre école est aujourd'hui pleine de vie et de prospérité. J'aime à comparer les registres de 1894 et ceux de 1904 ; ceux-là accusent 21 élèves à l'école et ceux-ci 123 ; 9 élèves passent avec succès l'examen de 1894 et 96 sur 109 présentés, celui de 1904. Mais, c'est la loi de la nature : cet épanouissement, devait nécessairement briser quelque chose, et comme l'enveloppe doit s'ouvrir pour laisser passage à la fleur, les cloisons de notre première salle de classe durent tomber ponr donner place à nos écoliers quadruplés. Elargir le dessous du presbytère, où se faisait alors l'école, était à la rigueur possible, mais alors les dépenses auraient été très grandes, car c'était toute la maison, vieille de 25 ans, qu'il fallait retoucher. D'un autre côté, l'appartement était trop bas et ne pouvait jamais être transformé en un beau local. Ce que considérant, le P.Butard et moi nous résolûmes de mettre par terre le vieil édifice en bois et de bâtir en brique presbytère et école. Le projet, vu nos ressources, était sans doute considérable, mais je ne sais pourquoi le doute, en cas semblables, pour moi est inconnu, et avec des dettes comme avances, nous entreprîmes la construction qui aujourd'hui est terminée. L'édifice ayant été évalué à 17.000 roupies, le Gouvernement nous a donné un secours de 8.000 roupies. Le bâtiment mesure 112 pieds de long sur 32 de large et les deux extrémités ressortant en portiques sur une longueur de 20 pieds ont un étage. Ces messieurs de l'Instruction publique et les maîtres trouvent la salle de classe bien, les enfants dorment parfaitement dans leurs dortoirs ; c'est dire que tout le monde est content et moi aussi, malgré les 2. 000 roupies de dettes qu'il me reste à payer.

    ECOLE BIRMANE DE FILLES (60 élèves)

    Depuis plusieurs années, notre école birmane était une école mixte, sous la direction d'une religieuse indigène aidée de quelques assistantes laïques. Cette année, j'ai pu enfin la scinder en deux, une pour les filles et une pour les garçons.
    L'école de filles contient 60 enfants réparties en 6 classes et enseignées par 2 religieuses et 2 maîtresses sorties de l'Ecole Normale que nous possédons à Bassein. Une vingtaine de ces enfants seulement sont catholiques et à peu près toutes orphelines ; les autres sont de petites païennes de Thonzeh. De celles-ci, nous en aurons bientôt, davantage, j'espère, après la fermeture d'une école rivale non reconnue et qui, dès lors, ne peut pas durer longtemps. Malgré le manque de tact et d'initiative assez excusable chez des Surs indigènes, il se fait du bien dans cette école, l'Inspecteur aussi est satisfait ; il la classe parmi les meilleures, et les succès de l'année dernière ont dépassé ceux de toutes les années précédentes.

    ECOLE BIRMANE DE GARÇONS (80 élèves)

    Comme je le faisais remarquer tout à l'heure, cet établissement ne date que de cette année. Construit pour contenir 120 élèves, il y en a déjà plus de 80, et je ne serais pas surpris si, dans un avenir peu éloigné, il nous fallait agrandir. Mon intention est d'enseigner là les 7e, 8e et même 9e divisions en birman : ce qui devrait nous attirer beaucoup d'enfants. Outre mes orphelins, nous y admettons les enfants de Magyee-Kwin désireux d'étudier au-delà de la 4e division, et aussi les jeunes gens que les Confrères envoient pour l'Ecole Normale et qui n'ont pas encore passés dans la 5e division, chose requise pour l'admission. Ce doit donc être une école sérieuse ; aussi je n'y emploie que des maîtres ayant leur brevet d'instituteur, et j'en ai maintenant 4 à l'oeuvre. Je compte beaucoup sur cette institution comme devant être une pépinière d'élèves pour notre école anglaise, de même que cette dernière se recrute elle-même dans notre Kin-dergarten.

    KINDERGARTEN (40 élèves)

    Après beaucoup d'hésitations, il n'a fallu rien moins que l'ordre du Gouvernement pour me faire ouvrir une « école enfantine », car je ne croyais pas à sa possibilité avec des enfants birmans, dont les parents auraient, me semble-t-il, peine à comprendre l'utilité des jeux du Kindergarten pour leurs bébés. Je me trompais et notre asile eut un succès magnifique. Nous avions bâti pour 20, mais il fallut ouvrir les portes à 30, et aujourd'hui c'est plus de 40 bambins et bambines de 3 à 6 ans qui, bien habillés, aux petites figures jaunes de safran ou blanches de poudre de riz, des fleurs plein les cheveux, se précipitent, dès 6 heures du matin, comme à l'assaut de leur jolie petite école ; attendant avec impatience que Marguerite (Marna Gyée) vienne les faire entrer. Alors, la ruche ouverte, c'est plaisir de voir ces petites abeilles bourdonner, chanter, jouer et étudier autour de leur petite mère, qui possède toutes les qualités voulues pour diriger ce petit monde et s'en faire adorer. Elle a aussi un talent particulier pour, sans avoir l'air d'y toucher, parler à ces enfants du bon Dieu qui les a créés, qui les voit, qui les punira ou les récompensera, selon qu'ils seront bien sages ou méchants. Les histoires sont tirées de l'Ecriture Sainte et de la Vie des Saints. Elle leur fait même réciter une prière de sa composition, tout cela sans que les parents y trouvent à redire. Bref, il se fait dans cette petite maison d'excellent travail, et je suis tout disposé à donner à notre Kindergarten plus d'extension, aussitôt que nous pourrons construire. Puissé-je trouver une compagne digne de Marguerite !
    En résumé, nos écoles primaires de Thonzeh donnent l'instruction à plus de 300 enfants. Toutes, pendant l'année qui vient de s'écouler, ont donné satisfaction, et toutes sont en bonne voie de prospérité.

    ECOLES DES BOIS (80 élèves)

    Dans les bois, nous n'avons que 2 écoles mixtes : une à Toletais et l'autre à Magyee-Kwin.
    Toletais. Existant depuis une dizaine d'années, elle compte 48 élèves et ne demande qu'à grandir. Malheureusement, le maître en charge, Po Illa, est loin d'avoir les qualités nécessaires ; il néglige considérablement ses devoirs en général et ceux envers l'école en particulier. Malgré tout, il a des élèves et obtient des succès ; les enfants savent leurs prières ; ils sont surtout écartés des écoles anabaptistes, où leurs parents ne manqueraient pas de les placer, si nous n'avions pas pied dans ces parages.
    Magyee-Kwin. L'Ecole de Magyee-Kwin avec ses 32 élèves est mieux organisée, et le maître, un de nos orphelins sorti de l'Ecole Normale il y a 2 ans, nous donne entière satisfaction. Ouverte 2 fois précédemment, par 2 fois aussi elle dût être fermée à cause de la mauvaise volonté des gens qui ne voulaient pas souscrire 10 roupies par mois pour le salaire du maître. Cependant, nous ne pouvions voir plus longtemps une trentaine d'enfants de 7 à 11 ans laissés sans instruction religieuse, ni supporter que d'anciens chrétiens prissent un moindre soin de l'éducation de leurs enfants que de l'élevage de leurs animaux. Nous réussissions quand même à avoir ces jeunes gens à l'âge de 11 ans pour les préparer à la première communion. Mais quelques mois étaient insuffisants pour les forer aux pratiques religieuses. Il devenait donc nécessaire d'imposer à ces gens une école, que du reste ils pouvaient maintenir, pourvu qu'ils le voulussent. J'installai un maître d'école à l'instar de France ; l'école fut obligatoire ; mais ce dont je ne voulais pas, c'était la gratuité. J'imposai donc une taxe de 5 roupies par an par famille. Comme nous en comptons 30 dans le village, cela me fournissait la paye de mon instituteur, plus quelques sous pour le mobilier scolaire. La moitié de nos chrétiens s'exécutèrent d'assez bonne grâce, mais les autres refusèrent, sous prétexte qu'ils n'avaient pas d'argent, au fond par mauvaise volonté. Je pensai alors à mettre en oeuvre un système qui réussit très bien. Vous savez, Monseigneur, que tous nos Moricauds de Magyee-Kwin sont éleveurs de porcs. Ceci étant, s'ils ne pouvaient me verser 5 roupies, au moins pouvaient-ils m'engraisser un porc ! Je commençai par donner à chacun des récalcitrants 5 roupies pour acheter un petit habillé de soie, qui devait être élevé, et bon dans 10 mois pour le marché. On en retirerait 22 roupies, dont 12 me seraient remboursées. Les conditions étaient, paraît-il, très favorables pour eux, sûrement pas mauvaises pour nous, puisque au lieu de 5 roupies nous en recevions 7. Tout le monde fut honnête et paya fidèlement ; l'école était dès lors établie. Cette année, le maître d'école ayant obtenu un salaire mensuel de 15 roupies du Gouvernement, je diminue la taxe imposée à chaque famille ; mais tous devront encore payer quelque chose, car il importe de former un fonds qui assure l'avenir de ce modeste établissement. Nos succès aux derniers examens ont été excellents et le « deputy-inspecteur » tient en haute estime notre école qu'il va, dit-il, visiter avec le même plaisir que s'il allait à un « pic nic ». Quant à nous, ce que nous aimons à constater avec joie, c'est que maintenant les enfants savent très bien leurs prières et la lettre du Catéchisme ; notre but est donc atteint.

    1. Allusion au teint basané des Birmans originaires du Haut Pays et des rendants de Portugais.

    Dans la mission de Thonzeh il y a d'autres villages, particulièrement du côté de Hmanbi, où il nous faudrait avoir des écoles du même genre. Jusqu'ici, nous ne l'avons pu, parce que nous avons donné nos jeunes instituteurs sortis de Thonzeh à des confrères qui en avaient un plus pressant besoin ; mais j'espère que bientôt, nous pourrons nous servir à notre tour.
    F. PERROY.
    Rangoon, 16 août 1905.

    1906/32-44
    32-44
    Birmanie
    1906
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