Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Dix années de république chinoise 2 (Suite et Fin)

Dix années de république chinoise PAR M. L. ROBERT Assistant du Supérieur des Missions Etrangères. (Fin 1.) En 1911, la dette nationale de la Chine s'élevait à $ 1 milliard, non compris les emprunts gagés sur les lignes de chemins de fer. Le budget de cette même année 1911 s'élevait à taëls 301.910.000 pour les recettes, et tels 298.800.000 pour les dépenses. 1. Voir Ann. Missions Etrangères, n° 148, nov. -déc. 1922, p. 202. JANVIER- FEVRIER 1923. No 149.
Add this
    Dix années de république chinoise

    PAR M. L. ROBERT
    Assistant du Supérieur des Missions Etrangères.

    (Fin 1.)

    En 1911, la dette nationale de la Chine s'élevait à $ 1 milliard, non compris les emprunts gagés sur les lignes de chemins de fer. Le budget de cette même année 1911 s'élevait à taëls 301.910.000 pour les recettes, et tels 298.800.000 pour les dépenses.

    1. Voir Ann. Missions Etrangères, n° 148, nov. -déc. 1922, p. 202.

    JANVIER- FEVRIER 1923. No 149.

    Aujourd'hui la dette de la Chine est de £ 300.000.000, soit environ $ 2.500.000.000, tandis que le budget ne paraît plus pouvoir s'établir, puisque le Yunnan, le Sutchuen, le Kouangtong, ont des budgets provinciaux qui ne rentrent plus dans celui du gouvernement central .Il était cependant établi, en 1920, sur les bases de taëls 490.000.000 pour les recettes, et 495.000.000 pour les dépenses. En dix ans, sans guerre extérieure, la Chine a largement doublé sa dette nationale ; elle a désorganisé son système d'impôts à un point tel, qu'elle n'est sûre que des rentrées qui lui arrivent par ses services placés sous la direction des étrangers : service des douanes, service de la gabelle et service des postes. A cette heure, le gouvernement central accuse un déficit mensuel de $ 8.000.000; et il a recours aux emprunts à court terme ou aux bons de trésorerie pour faire face à ses paiements.
    La jeune République a puisé à toutes les sources d'emprunt depuis 1911.

    Emprunt aux cinq puissances . . . . £ 25.000.000
    Emprunt à MM. Birch, Crisp et Cie. £ 5.000.000
    Emprunt à MM. Arnold, Karbeg et à
    un syndicat autrichien .. . . £ 4.250.000
    Emprunt intérieur. . . . $ 89.000 .000
    Emprunt japonais. . . .yens 250.000.000

    D'autre part, les emprunts se tiennent mal sur le marché, et l'on ne saura bientôt plus ce que vaut un titre d'emprunt chinois non garanti par les douanes ou la gabelle.
    En effet, il est impossible de dire que le gouvernement chinois a utilisé avec sagesse les ressources mises à sa disposition par renflement des impôts ou par les emprunts. Il n'a fait aucun travail de grande importance dans l'étendue de la République. A la chute de l'Empire, la Chine avait un réseau de chemins de fer d'un développement de 6.000 kilomètres, et depuis 1911, en dix ans, dans un pays où les communications sont si difficiles, mais si rémunératrices lorsqu'elles sont bien établies, la République chinoise a pu à peine construire 2.000 kilomètres de voies nouvelles. Les résultats financiers des lignes, comme celles de Pékin-Hankow et PékinMoudken qui laissent annuellement un bénéfice net, l'une de $ 15.000.000, et l'autre de $ 12.000.000, dictaient au gouvernement la marche à suivre pour se créer des revenus et développer le commerce.
    Le service postal établi depuis une vingtaine d'années est une création du service des douanes. Dès 1911 il fut rattaché au Ministère des Communications (Yu Chuan Pu) et devint une administration distincte, avec un directeur général chinois, mais sous la direction effective d'un Européen, lequel, en ce moment, est M. Picard-Destelan. En 1901, ce service comprenait 176 agences ; en 1920, 10.469 agences couvraient une ligne postale de 300.000 kilomètres, et distribuaient 400.886.935 articles postaux et 4.126.220 colis postaux.
    Les recettes de ce service s'élevaient en cette même année 1920 à $ 12.679.121,95 et ses dépenses à $ 10.467.053,07, laissant un surplus de $ 2.212.068,91.
    Le faible aperçu que je viens de donner de l'état général de la Chine ne doit pas laisser dans l'esprit du lecteur une impression dé pessimisme qui n'est justifié qu'en apparence. En réalité la situation est loin d'être désespérée, si l'on considère que la Chine à une population de plus de 400.000.000 d'habitants, que la classe des agriculteurs et celle des marchands représente des éléments sains, intelligents, actifs, d'une honnêteté souvent surprenante, sobres, entreprenants, et doués d'un remarquable esprit d'économie. La Chine a tous les climats, par conséquentes toutes les cultures; son sol est, toutes proportions gardées, au moins aussi fertile que celui des pays les plus favorisés ; son sous-sol est intouché et tente d'une façon si spéciale les Anglo-Saxons que « l'Economiste » de février, énumérant ses immenses gisements de charbon, les estimait à 995.587.000 tonnes, et trouvait très naturel d'affirmer que l'Angleterre devait considérer la Chine comme le meilleur marché du mondes celui qui offrait au commerce et à l'industrie anglaise des occasions illimitées, permettant à l'exportation des produits chinois de gagner suffisamment pour payer tout ce que l'Angleterre pense pouvoir vendre à ce pays.
    En Chine, avec un gouvernement sage et une administration honnête, la dette publique que nous pouvons estimer à $ 6 par tête, c'est-à-dire environ 36 francs, est si peu considérable qu'elle pâlit à côté de celle d4 pays occidentaux. Celle de la France est présentement de 8.000 fr. par citoyen, soit au change de 6 francs $ 1.333. Au surplus, les impôts, bien que lourds pour certaines classes, sont, comparativement à ceux qui pèsent sur la France, très faciles à supporter ; et pour peu que la Chine se développe, le peuple trouverait la vie très supportable. Bien que les .Célestes ne sortent pas tous de la même souche, ils forment cependant une race assez homogène, écrivant avec les mêmes signes, s'habillant et se nourrissant de la même manière, ayant les mêmes coutumes et les mêmes moeurs.
    La révolution actuelle est indifférente à 95 % de la population, laquelle ne demande qu'à travailler, faire le commerce, et vivre en paix sans payer trop d'impôts.
    Les questions politiques, celles qui ont amené les divisions, la guerre civile, etc..., n'intéressent qu'une infime minorité, quelques milliers d'hommes, plus conduits par leur ambition et leurs intérêts personnels que par ceux de la nation.
    On a beaucoup dit et redit que les Mandchoux avaient fait le malheur de la Chine. Dans tous les pays du monde, le bonheur des peuples ne dépend pas de la couleur du régime, mais des hommes qui gouvernent. Les actes arbitraires des anciens Empereurs de Chine sont presque de la justice à côté de ce que les républicains se permettent à cette heure, de même que tout l'autocratisme des tsars était d'une douceur infinie à côté des horreurs du régime soviétiser. En théorie, ceci est vrai ; en pratique, il faut reconnaître que les grands courants démocratiques sont difficilement brisés. La République chinoise n'est pas nécessairement mauvaise. Elle a eu à sa tête des hommes inexpérimentés, maladroits ou ignorants, mais tout cela peut changer demain avec des équipes mieux choisies. Lorsque nous voulons une paire de lunettes, nous allons chez un opticien, et lorsque nous avons un ami malade, nous appelons un médecin compétent pour qu'il nous indique les remèdes qui doivent éloigner la maladie. La Chine, républicaine par surprise, a cru qu'elle trouverait immédiatement des législateurs et des administrateurs. Dans notre République déjà ancienne, nous savons combien nombreuses sont les ambitions et combien rares les compétences. Parmi les 600 députés qui forgent les lois au Palais-Bourbon, combien seraient à même de nous donner la définition d'une loi, de dire la raison des lois, les caractères de justice qu'elles doivent revêtir pour atteindre leur but? La Chine ancienne, ayant été théoriquement détruite, reste ce qu'elle était pratiquement : un pays profondément patriarcat sans aucune teinte d'individualisme, en dehors de quelques centaines d'étudiants généralement peu formés, qui sont revenus de l'étranger avec de modestes connaissances, une grande ambition, et beaucoup d'appétits.
    Sous l'ancien régime tout le haut fonctionnarisme se composait d'une centaine de personnes, élite assurément, tandis que sous le régime actuel, c'est la poussée par en bas d'une jeunesse ardente, mais sans traditions et sans expérience, voyant trop souvent dans le pouvoir le moyen de s'enrichir, plus rarement celui de travailler au bien public. Ce qu'il faudrait à la Chine, c'est une direction, une surveillance éclairée, un contrôle étranger. Mais je dois avouer que c'est ce qu'elle redoute le plus et ce qu'elle n'a fait que tolérer jusqu'à ce jour, bien qu'elle reconnaisse les heureux résultats du contrôle européen dans le service des douanes, de la gabelle et des postes. Ces expériences si satisfaisantes ne vont cependant pas jusqu'à l'amener à accepter le contrôle étranger sur ses finances et sur les autres administrations de l'Etat. C'est là cependant qu'est pour elle le salut, si elle ne veut pas sombrer au milieu de l'incohérence financière dans laquelle elle se débat.

    1923/1-5
    1-5
    France
    1923
    Aucune image