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Diocèse de Yokohama : La léproserie de Kôyama

Diocèse de Yokohama : La léproserie de Kôyama Parmi les oeuvres de bienfaisance que comptait l'archidiocèse de Tôkyô, la léproserie de Gotemba ou plus exactement de Kôyamatenait le premier rang. La récente division de l'archidiocèse la fait dépendre du nouveau diocèse de Yokohama : cette circonstance nous a paru opportune pour rappeler au souvenir de nos lecteurs ce touchant témoignage du dévouement missionnaire et de la charité chrétienne. ***
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    Diocèse de Yokohama :

    La léproserie de Kôyama

    Parmi les oeuvres de bienfaisance que comptait l'archidiocèse de Tôkyô, la léproserie de Gotemba ou plus exactement de Kôyamatenait le premier rang. La récente division de l'archidiocèse la fait dépendre du nouveau diocèse de Yokohama : cette circonstance nous a paru opportune pour rappeler au souvenir de nos lecteurs ce touchant témoignage du dévouement missionnaire et de la charité chrétienne.

    ***

    Le fondateur de la léproserie fut le P. Germain Testevuide, qui, durant les quinze années pendant lesquelles il avait évangélisé les provinces qui s'étendent au sud de Tôkyô, avait souvent remarqué les lépreux mendiant le long des routes et se groupant surtout dans les lieux de pèlerinages bouddhiques. Le missionnaire savait que plus nombreux encore sont les malheureux séquestrés dans les familles, qui s'efforcent de les dérober aux regards. Il eut l'occasion de baptiser ainsi une femme de trente ans abandonnée par son mari. Pour échapper à l'existence misérable qu'elle menait dans un réduit, à peine vêtue et nourrie, elle avait résolu de se suicider. Le bon Dieu amena à temps auprès d'elle un catéchiste qui l'instruisit, et c'est ainsi que dans son âme, avec la foi, entra l'espérance d'un monde meilleur. Le P. Testevuide pensa à lui procurer un logement et en même temps l'idée lui vint d'en faire profiter 4 ou 5 pauvres gens affligés du même mal. Une maison fut louée à Gotemba au commencement de 1888, et ainsi commença l'oeuvre des lépreux.
    Mais l'établissement était précaire et le voisinage se montrait hostile à l'oeuvre. Le Père avait jeté les yeux sur les vastes terrains à peu près incultes qui s'étendent au pied du mont Fuji, mais il se heurta à l'opposition des villages refusant de lui céder une partie des biens communaux. La Providence lui vint en aide par la rencontre fortuite, en chemin de fer, d'un propriétaire qui cherchait à se défaire d'un terrain d'environ 2 hectares en grande partie en friche. Le Père se porta acquéreur pour 350 yen et se mit aussitôt en devoir de bâtir une petite chapelle et les dépendances nécessaires. Pour soutenir son oeuvre il ne cessa de quêter, surtout auprès des résidents européens de Yokohama.
    Lorsque, atteint d'un cancer à l'estomac, il mourut à Hongkong en 1891, le P. Vigroux, chargé par Mgr Osouf de continuer l'oeuvre, trouvait à l'hôpital « 14 lépreux et une caisse vide ». Il se mit à agrandir les bâtiments et d'un coup recueillit 50 nouveaux malades ; à ceux qui s'étonnaient de son audace il répondait : « N'ayez crainte ; il faut mettre le bon Dieu au pied du mur, vous verrez qu'll marchera ». Il chercha sans cesse des ressources et des malades: il trouva les unes et les autres, les derniers plus facilement que les premières, et lorsque, en 1897, souffrant d'une grave maladie, il dut rentrer en France, il laissait à son successeur, le P. Bertrand, le soin d'entretenir 80 lépreux.
    Le P. Bertrand, dès 1892, avait été placé, encore jeune missionnaire, à la léproserie pour administrer, sous la direction du P. Vigroux, le temporel et le spirituel de l'hôpital. Sa vie devait désormais s'écouler là tout entière : il s'y dépensa sans compter jusqu'à ce que la maladie eût terrassé sa robuste constitution. Il mourut en 1916, après trois années de souffrances. Mais il avait agrandi la propriété, organisé la petite exploitation agricole et surtout la culture maraîchère, bâti des écuries, acheté vaches et chevaux, construit un moulin à décortiquer le riz ; il avait essayé, pour soulager ses malades, de tous les remèdes, depuis le « hoangnan » jusqu'au « tebrod-toxin », et surtout l'huile de « chaulmoogra », qui retarde plus ou moins les progrès du mal. Il ne craignait pas de panser lui-même les plaies, de faire les injections et même les petites opérations chirurgicales urgentes. Au spirituel il avait la consolation de voir à peu près tous les lépreux hospitalisés se faire catholiques. Le nombre des malades soignés pendant ses vingt années d'administration se maintint entre 70 et 80. Le Ministère de l'Intérieur, l'Impératrice elle-même s'intéressèrent à la léproserie et, en 1910, le P. Bertrand, en reconnaissance de ses services, avait reçu la décoration de l'ordre du Trésor Sacré.
    Peu après la mort du P. Bertrand, le P. Droüart de Lézey, bien qu'il approchât de sa soixante-dixième année, accepta la direction de la léproserie, qu'il devait garder jusqu'à sa mort en 1930.
    Il y consacra tout son dévouement et apporta d'heureuses améliorations au matériel de la maison : il fit construire des chambres à part pour les malades les plus avancés, des salles de bain et buanderies, aménagea des magasins et une chambre mortuaire ; enfin il provoqua un véritable élan de générosité de la part des Japonais en faveur de son hôpital.
    Depuis bientôt huit ans, c'est un zélé prêtre, M. Iwashita, qui a pris en mains la direction de la léproserie et qui y continue les belles traditions de charité spirituelle et corporelle léguées par ses prédécesseurs.
    Quand on a franchi le pont jeté sur le torrent qui borde à l'ouest le terrain de la léproserie, les idées que l'on pourrait avoir gardées sur les lazarets du Moyen Age sont vite dissipées. Au lieu des cliquettes des infortunés signifiant aux passants de ne pas s'approcher, on entend ici et là fuser des rires joyeux, et les visages plus ou moins défigurés par l'horrible mal nous accueillent en souriant. Les uns reviennent de la montagne avec les chevaux chargés de fagots, les autres, des champs voisins, où ils sont allés cultiver les légumes ou faucher l'herbe pour les bestiaux ; ceux-ci débitent le bois pour la cuisine ou pour les bains ; ceux-là, des aveugles, tressent des cordes, font des sandales ou des manteaux de paille. A l'intérieur il y a les cuisiniers et les cuisinières, les chauffeurs des bains quotidiens ; l'un prend soin des vaches ou des chevaux, un autre surveille le moulin à décortiquer le riz. Tous ont ainsi leur emploi, celui qui convient à leurs aptitudes et est mesuré à leurs forces. La distribution du travail se fait d'un commun accord. Chacun y met son coeur, heureux de contribuer à l'utilité de tous. Le travail au grand air est particulièrement hygiénique pour les lépreux ; ceux qui ne sont plus en état de s'y livrer voient leur mal faire de rapides progrès.
    Au point de vue de la religion, la plus grande liberté leur est laissée, mais ce qu'ils en expérimentent autour d'eux suffit à la plupart pour rechercher et trouver la véritable voie de la paix et du bonheur en cette religion qui transforme leur asile de souffrances en un purgatoire où l'espoir rayonne, en un vestibule du Paradis.
    La religion est donc, pour la vie présente, le principal réconfort des lépreux. Le travail en est un autre. De plus, pour agrémenter la vie de leurs compagnons, deux ou trois fois dans l'année, les plus vaillants organisent un théâtre où des scènes, tirées de la Bible ou de l'histoire des martyrs japonais, sont jouées avec un brio qui ferait croire que tout Japonais a en lui l'étoffe d'un acteur. Les fêtes religieuses, Noël en particulier, offrent des diversions d'un autre genre. Un passe-temps fort goûté des jeunes consiste en quelque pique-nique avec déjeuner dans les bois ou aux bords d'un torrent. Ainsi les prêtres qui se sont succédé à la léproserie se sont-ils ingéniés pour rendre la vie plus douce à ces malheureux condamnés à voir s'accomplir en leur être vivant comme une décomposition anticipée de la tombe.
    Il y a quelques années, une jeune fille était amenée à la léproserie par ses oncles et tantes parce que les médecins l'avaient déclarée lépreuse. Elle avait reçu une éducation très soignée, aussi un tel changement de milieu lui fut excessivement pénible ; longtemps elle demeura triste, désespérée, au point que l'on put craindre qu'elle ne se suicidât. Puis peu à peu le calme, la résignation pénétrèrent en son âme : elle étudia la religion et reçut le baptême. Comme la maladie ne faisait pas chez elle les progrès que l'on constate d'ordinaire, une consultation de sommités médicales de Tôkyô fut demandée et la décision fut que la jeune fille était absolument indemne de la terrible maladie. Le missionnaire lui ayant communiqué cette heureuse nouvelle et l'invitant à retourner dans sa famille, elle lui répondit : « Mon Père, j'ai pris la résolution de demeurer ici comme infirmière au service des lépreux, dussé-je un jour prendre le mal dont j'ai été déclarée exempte ». Et elle resta, et elle continue de se dévouer au soulagement de ceux dont elle partage la vie.
    Ce seul fait, dans sa touchante simplicité, montre combien profondément chrétienne est l'atmosphère de la léproserie et combien de grâces surnaturelles peut espérer une mission qui possède un tel foyer de charité et de dévouement.

    1938/107-111
    107-111
    Japon
    1938
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