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Diocèse de Tulle

Le Diocèse de Tulle et la Société des Missions Etrangères
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    Le Diocèse de Tulle et la Société des Missions Etrangères

    Le 24 novembre 1938 des cérémonies solennelles ont eu lieu à Beynat, bourg du diocèse de Tulle, pour célébrer le centième anniversaire du martyre d'un enfant du pays, le Bienheureux Pierre Dumoulin Borie ; mis à mort pour la foi au Tonkin, le 24 novembre 18 38. S. Exc. Mgr Castel, évêque du diocèse, présidait les offices ; le P. Sy, Assistant du Supérieur général, et le P. Pasteur, du Conseil Central, représentaient la Société des Missions Étrangères, à laquelle appartenait le Bienheureux ; un nombreux clergé et une foule de fidèles de toute la région étaient venus apporter au glorieux Martyr l'hommage de leur vénération et de leurs prières.
    Ces fêtes, très solennelles, ont laissé une impression profonde dans l'âme de tous les assistants et renoué le lien spirituel qui unissait le diocèse et la Société des Missions Étrangères, et c'est pour contribuer à resserrer ce lien que les Annales rappellent aujourd'hui le souvenir de quelques-uns des missionnaires donnés à la Société par le diocèse de Tulle.

    La Société des Missions Étrangères avait près de deux siècles d'existence et avait envoyé déjà plus de 350 missionnaires en Extrême-Orient lorsque, pour la première -fois, un séminariste corrézien vint demander à être admis au Séminaire de la rue du Bac. Né en 1801 à Bassignac le Haut, il se nommait Jean-Pierre Barbe et, âgé de vingt-quatre ans, il était minoré. Ordonné prêtre en 1826, il partit pour le Siam l'année suivante. Après quelque temps à Penang, il fut chargé d'une paroisse à Moulmein, où il bâtit une église. Lorsque la Malaisie fut détachée de la Mission du Siam, il appartint au nouveau Vicariat et exerça son ministère à Malacca. En 1858, la Birmanie fut érigée en mission indépendante ; le P. Barbe en fit partie : il fut successivement curé de Bassein, puis de Rangoon, où il mourut en 1861.
    Le deuxième Corrézien missionnaire est le Bienheureux Martyr Pierre Rose Ursule Dumoulin Borie. Né le 20 février 1808 au hameau de Cors, paroisse de Beynat ; il étudia successivement au collège de Beaulieu, au petit Séminaire de Servi ères et au grand Séminaire de Tulle. Il entra sous-diacre au Séminaire des Missions en 1829 et, l'année suivante, ordonnée prêtre, il fut destiné, au Tonkin, où il pénétra par la Cochinchine en 1832. Son évêque, Mgr Havard, l'envoya dans la partie méridionale de la mission. Il y travailla avec zèle, mais en 1838, la persécution redoublant, il dut se cacher. Arrêté le 31 juillet, il fut conduit à Donghoi, et c'est pendant sa captivité qu'il reçut sa nomination d'évêque d'Acanthe et Vicaire apostolique du Tonkin Occidental. Sa détention dura quatre mois, pendant lesquels il subit plusieurs interrogatoires auxquels il répondit toujours avec prudence et fermeté. Au mois de novembre 1838, il fut condamné à la décapitation : après avoir entendu lecture de la sentence, il dit : « Depuis mon enfance je ne me suis encore prosterné devant personne ; aujourd'hui je remercie le Grand Mandarin de la faveur qu'il m'a procurée et je lui en témoigne ma reconnaissance par cette prosternation. » Et il se mit à genoux devant le mandarin, qui, très ému, ne put que balbutier quelques mots pour refuser cet hommage, dont il parut comprendre la grandeur. Le 24 novembre, il souffrit le martyre non loin de la citadelle de Donghoi : le bourreau, qui s'était enivré pour se donner le courage d'accomplir sa sinistre besogne, portait ses coups à faux et ce n'est qu'au septième qu'il fit tomber la tête de la victime. Les restes du Martyr furent envoyés en France en 1843 ; ils sont maintenant dans une châsse sous l'autel Sainte-Anne, dans la crypte de l'église du Séminaire des Missions Étrangères, Où l'on conserve encore d'autres souvenirs du Martyr, entre autres sa cangue. Mgr Borie a été béatifié en 1900 par le Pape Léon XIII, en même temps que huit autres Martyrs de la même Société, dont trois autres du Tonkin, trois de Cochinchine et deux de Chine.
    Jean Baptiste Vachal, né en 1821 à Saint Merd de Lapleau, après ses études à Servières et à Tulle, fut ordonné prêtre en 1838, l'année même du martyre de son compatriote le P. Borie. Vicaire à Neuvic d'Ussel pendant trois ans, il entra ensuite au Séminaire des Missions Étrangères et, en 1842, il était envoyé au Siam. Il y exerçait son ministère avec succès lorsque, atteint de la fièvre des bois, il dut passer au Yunnan (Chine) pour y trouver un climat plus salubre. Il y travaillait depuis cinq ans, mais, dénoncé comme prédicateur d'une religion étrangère et perverse, il fut arrêté et conduit au tribunal de Kaihoa. Là il fut frappé de quatre-vingts soufflets et de quarante coups de rotin, puis il fut laissé plusieurs jours sais nourriture et c'est ainsi qu'il mourut dans sa prison le 11 avril 1851.
    Après que la nouvelle de cette mort fut connue en France, Mgr Berteaud, l'évêque de Tulle, se rendit à Saint Mord de Lapleau et, avec cette éloquence poétique qui était une des caractéristiques de son talent, il exalta le courage de l'ouvrier apostolique mort pour la foi.
    Jean-Baptiste Barot, né en 1818 à Meyssac, parti pour Pondichéry en 1844, y travailla pendant dix ans, mais la maladie le ramena en France ; il fut Vicaire de Meyssac de 1858 à 1868 et mourut à Saint Viance en 1896.
    Pierre Gouyon naquit en 1818 à Couffy, fut ordonné prêtre à Tulle et, trois ans après entra aux Missions et fut envoyé dans le Vicariat de Pondichéry en 1844. Il travailla dix années à Salem, où il bâtit une église, puis fut nommé Procureur de la Mission et Aumônier du Carmel. Il mourut à Pondichéry en 1880, après trente-six ans d'un ministère zélé et fécond.
    Antoine Moncourrier, d'Ussel, où il naquit en 1821, reçut la prêtrise en 1845 et fut envoyé aussi à Pondichéry. Sa carrière apostolique se passa presque tout entière à Vellore, où il sut se faire aimer de tous, chrétiens et païens. Il y mourut en 1876.
    Pierre-Henri Dumoulin Borie était le frère du Bienheureux. Né à Beynat en 1820, douze ans après son frère, il voulut, comme lui, embrasser la carrière apostolique et entra aux Missions en 1843. Prêtre deux ans plus tard, il fut destiné à la presqu'île malaise, où il travailla surtout à l'évangélisation des indigènes Mantras. Après vingt-cinq ans de ce pénible ministère, la maladie l'obligea à rentrer en France. Il fut curé de Chartrier Ferrières et de Saint Julien Maumont ; il se retira en 1880 dans son village natal, puis passa ses derniers jours au sanatorium Saint-Raphaël, à Montbeton (Tarn-et-Garonne), où il mourut en 1891.
    Pierre Négrerie, né en 1814 à Viam, était prêtre depuis sept ans lorsqu'il entra, en 1845, au Séminaire des Missions Étrangères. L'année suivante il partait pour la Mandchourie. Affecté au district de Heisouei, il fut arrêté par un roitelet mongol, emmené à Oulanhata et emprisonné avec une centaine de brigands. Le gouvernement chinois le fit conduire à Canton, mais il retourna dans sa Mission, où il mourut en 1852.
    Jean Page, originaire de Ladignac, où il naquit en 1824, prêtre en 1847, fut destiné au Thibet. Avant de pouvoir y pénétrer il passa plusieurs années au Yunnan et y étudia à fond la langue chinoise. En 1854 il se rendit au Thibet et, avec le P. Renou, s'installa à Bonga : les deux missionnaires y supportèrent une suite ininterrompue d'épreuves et de fatigues de tout genre. Chassé du Thibet en 1865 avec tous les autres prêtres, il se fixa à Bongmet et y fonda une petite chrétienté qui fut détruite par les lamas. En 1875 il revint en France, puis passa quelques années au sanatorium de Hongkong et enfin se fit agréger au Yunnan, où il mourut en 1888.
    Louis Aussoleil, né en 1822 à Marcillac la Croisille, missionnaire de Cochinchine en 1848, appartint à la Mission du Cambodge quand celle-ci fut détachée de Saigon. Il fut provicaire, puis Supérieur de la nouvelle Mission ; occupa les postes de Pinhalu, de Phnompenh, de Culaogieng. En 1874 il quitta la mission et revint en France ; il mourut à Gimel en 1906.
    Jean-Baptiste Bringaud, d'Ussel, entra à vingt-trois ans au Séminaire des Missions et trois ans après, en 1863, partit pour la Birmanie. Il fut placé d'abord à Thinganaing pour s'initier à la langue et aux usages du pays, puis on lui confia le district de Mittagon Zaungdan, où il devait passer toute sa carrière apostolique consacrée à l'évangélisation des Karians et des Chins. Il mourut en 1904, après quarante années de mission.
    Jules Dubernard, né à Ussel en 1840, entra aux Missions à vingt ans. Quatre ans après il recevait la prêtrise et était envoyé dans l'ingrate mission du Thibet. A peine installé à Kiangka, il en fut chassé ainsi que tous les autres missionnaires du Thibet. Il s'établit alors à Tsekou et y demeura quarante ans ; construisit une église, un presbytère, des écoles. Après une vie si bien remplie, Dieu lui accorda la grâce et l'honneur de sceller de son sang la foi qu'il avait prêchée avec un zèle infatigable : il fut massacré le 26 juillet 1905 par des païens soudoyés par les lamas. Une montagne voisine du lieu de sa mort a été nommée « Mont Dubernard ».
    Jean Baptiste Jurbert, originaire de Servières, où il naquit en 1869, fut ordonné prêtre en 1893 et destiné à la Cochinchine Orientale. Après deux années dans la plaine d'Annam, il fut envoyé dans la mission des sauvages, où, miné par la fièvre, il mourut en 1898.D'autres noms mériteraient d'être rappelés, mais une mort plus récente rend leur souvenir plus vivant dans le coeur de ceux qui les ont connus et aimés.
    En résumé, le diocèse de Tulle, de 1826 à 1927 a donné à la Société des Missions Étrangères 39 de ses enfants. Sur ce nombre, 22 sont morts dans leur mission, 7 ont quitté la Société, pour raison de santé ou autre, après un certain nombre d'années d'apostolat ; 10 travaillent encore dans les missions. Pariai ces derniers il en est 2 qui combattent depuis 56 ans, l'un à Pondichéry, l'autre au Tonkin, pour la cause de. Dieu ; 3 ont plus de 40 ans de mission, 2 plus de 30 ans. Nous devons, avec regret, constater que depuis quinze ans aucun aspirant missionnaire corrézien ne s'est présenté au Séminaire de la rue du Bac. Le sang des Borie, des Vachal, des Dubernard aurait-il donc perdu sa fécondité ? Ou la terre limousine serait-elle devenue ingrate ? Écartons ces suppositions pessimistes et gardons confiance en l'avenir.

    1939/50-56
    50-56
    France
    1939
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